Sportives et menstruations : Le mois dans le corps des championnes

 Sportives et menstruations : Le mois dans le corps des championnes

Le ballon fuse. Une passe rapide, une course vers l’avant, un saut puissant, un tir tendu. Sur le parquet comme sur la piste, dans un bassin ou sur un court, chaque seconde compte. Pourtant, derrière cette mécanique bien huilée, un phénomène naturel accompagne chaque mois les sportives de haut niveau : leur cycle menstruel. Longtemps ignoré dans les vestiaires, ce sujet trouve enfin sa place dans la préparation physique.

Le corps féminin n’est pas une machine figée. Les variations hormonales entraînent des changements physiques et émotionnels dont l’intensité varie fortement d’une personne à l’autre. Comprendre ces périodes ne signifie pas chercher une bonne ou une mauvaise période pour jouer. Il s’agit d’apprendre à connaître son corps pour identifier ce qui influence le confort, l’entraînement, la récupération et parfois la performance. Cette réalité concerne toutes les disciplines.

Quelques jours avant les menstruations, certaines sportives ressentent déjà des changements : fatigue, ballonnements, seins sensibles, maux de tête, irritabilité ou difficultés de concentration. Sur un terrain, ces manifestations rendent certaines séances plus difficiles. Une joueuse peut arriver avec moins d’énergie ou ressentir une gêne absente quelques jours plus tôt. Mais toutes les femmes ne vivent pas cette période de la même manière. « Il m’arrive d’avoir des douleurs terribles juste avant mes règles, confie Aïcha, basketteuse dans un club de la sous région. Parfois je préfère prévenir mon coach pour qu’il adapte ma charge de travail. » Cette écoute entre l’athlète et son encadrement reste rare, mais elle progresse.

Quand les menstruations arrivent en pleine compétition, la situation se complique. Pour certaines, cette période se déroule sans véritable perturbation. Pour d’autres, elle commence avec des douleurs abdominales, des crampes, des maux de tête ou une fatigue intense. Or, le sport de haut niveau exige des efforts violents : courir, freiner, changer de direction, sauter, tirer, défendre et subir des contacts. Une douleur abdominale devient alors particulièrement inconfortable. À cela s’ajoute une préoccupation invisible du public : la gestion de la protection menstruelle. Une athlète peut se demander si sa protection est bien positionnée, si elle doit la changer ou si une fuite pourrait survenir. Cette inquiétude peut paraître secondaire. Elle ne l’est pas pour celle qui doit rester concentrée pendant une heure.

Après les règles, le corps change à nouveau

La fin des menstruations marque le début de la phase folliculaire. Certaines sportives ont alors l’impression de retrouver de l’énergie. Mais il n’existe pas de calendrier universel. Chaque femme possède son rythme, sa durée, ses symptômes. C’est l’observation individuelle qui compte.

Au milieu du cycle survient généralement l’ovulation. Cette période est souvent présentée comme un moment où la sportive serait automatiquement plus forte. La réalité est plus nuancée. Certaines athlètes ont de bonnes sensations ; d’autres ne constatent aucune différence. « Personnellement, je ne remarque pas de changement particulier pendant l’ovulation, témoigne Fatou, athlète spécialiste du demi fond. Ce qui compte pour moi, c’est de bien dormir et de bien manger. » Les recherches ne permettent pas d’affirmer que les variations hormonales améliorent systématiquement la performance. L’ovulation reste une étape à observer dans son propre cycle. Après l’ovulation vient la phase lutéale. Chez certaines sportives, cette période s’accompagne de nouvelles sensations, notamment lorsque les règles approchent. La fatigue, les changements d’humeur ou certains symptômes prémenstruels peuvent réapparaître. Là encore, aucune athlète ne réagit de la même manière.

Une question de sensations et de connaissance de soi

Sur le terrain, la perception du corps joue un rôle essentiel. Une sportive peut remarquer qu’à certaines périodes elle récupère plus facilement, dort mieux, se sent plus énergique. À d’autres moments, elle ressent davantage de fatigue. Noter les dates, l’intensité des douleurs, la qualité du sommeil et les sensations pendant les entraînements aide la sportive à mieux comprendre son fonctionnement. L’objectif n’est pas de déterminer à l’avance qu’elle sera performante ou non, mais de lui permettre d’anticiper ses besoins.

Dans une saison, une sportive ne choisit pas le moment de ses règles. Le championnat continue, les matchs s’enchaînent, les déplacements sont imposés. Elle doit composer avec son corps tout en répondant aux exigences de son équipe. Cette réalité concerne les sportives africaines comme celles d’autres régions. Mais les conditions varient selon les clubs et les pays.

En Afrique, une réalité aussi matérielle

Parler des menstruations dans le sport africain, ce n’est pas uniquement parler de physiologie. Il faut aussi parler des moyens. Dans certains environnements, l’accès aux protections menstruelles, aux sanitaires adaptés ou à un accompagnement médical régulier constitue une difficulté supplémentaire. Une sportive qui quitte sa ville pour un tournoi doit prévoir ses protections, gérer ses changements et composer avec des conditions parfois inadaptées. Les menstruations deviennent alors non seulement une question de confort, mais aussi de conditions de pratique. Un autre adversaire reste difficile à affronter : le silence. Dans certaines communautés, parler ouvertement des règles demeure embarrassant. Une jeune sportive peut hésiter à expliquer à son entraîneur qu’elle souffre. Cette situation est plus délicate lorsque l’entraîneur est un homme. Pourtant, une douleur menstruelle importante n’est pas un manque de courage. Une meilleure communication entre sportives, entraîneurs, préparateurs physiques et professionnels de santé contribue à créer un environnement plus adapté.

Le cycle, un indicateur de santé à ne pas négliger

Le cycle menstruel renseigne sur l’état général d’une sportive. Des règles très abondantes, des douleurs fortes, des cycles irréguliers ou la disparition des menstruations ne doivent pas être banalisés. Chez une athlète qui s’entraîne intensément, une alimentation insuffisante peut perturber le cycle. Ces signes justifient un avis médical. Le corps est l’un des principaux outils de travail de la sportive. L’écouter fait partie de la préparation.

Sur le terrain, certaines encadrantes ont développé des approches pragmatiques. « Quand une fille vient me voir et me dit qu’elle a mal, je lui demande d’abord quel comprimé elle prend, raconte Yélie, professeure d’éducation physique et ancienne handballeuse. Si elle n’en a pas, je lui conseille de pratiquer. Parce que quand elle pratique, en courant, en faisant du sport, elle va bien saigner. Les douleurs vont cesser. Souvent ça marche. Après, elle vient me dire que j’avais raison parce que quand on fait du sport on oublie la douleur. Quand on reste assise, la douleur reste. »

Une autre spécialiste précise : « S’il s’agit des douleurs de règles, du bas ventre, s’il n’y a pas de médicament, le fait de travailler, de transpirer, ça amoindrit la douleur, explique-t-elle. Donc le fait de faire l’échauffement, ça fait diminuer la douleur. Mais s’il s’agit des douleurs musculaires, crampes, au niveau des jambes par exemple, là on propose l’étirement. On peut faire de la cryothérapie ou de la thermothérapie pour relâcher le muscle. »

Comprendre plutôt que subir

Le cycle menstruel n’est pas une succession de périodes où la sportive serait automatiquement forte ou faible. C’est un fonctionnement biologique complexe qui varie d’une femme à l’autre. La véritable évolution consiste moins à chercher une période idéale qu’à apprendre à reconnaître ses propres signes. Une sportive qui connaît son cycle peut anticiper ses menstruations, préparer ses protections, identifier les symptômes qui reviennent et signaler les changements inhabituels.

Le terrain n’attend pas. Le corps, lui, parle. Pendant longtemps, les menstruations ont été considérées comme une affaire privée à gérer en silence. Mais une athlète n’est pas seulement une joueuse derrière son numéro. C’est une femme dont le corps évolue. Comprendre ce cycle ne signifie pas chercher des excuses. Cela signifie donner aux sportives les moyens de mieux se connaître, de mieux récupérer et de pratiquer dans de meilleures conditions. Sur le terrain, la joueuse doit penser au ballon, à ses coéquipières, à sa défense et à son tir. Pas à la honte de parler de ses règles. Mieux connaître le cycle menstruel peut devenir non pas une contrainte, mais un nouvel outil de connaissance du corps et de préparation sportive.

Milca Bona Gani KINNOU

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