Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Penser, rêver, agir, le triptyque de l’existence »
Dadah Bokpè Houézrèhouèkè. Philosophe du quotidien, invite à tisser ces trois fils en une tresse indissociable : la pensée est la graine, le rêve la sève, l’action le fruit. À l’heure où tant de vies piétinent entre projets avortés et utopies sans lendemain, cet appel résonne comme une urgence. Retrouver l’équilibre vivant entre l’intelligence, le désir et le geste, pour devenir artisans de notre propre chemin.
« Ceux qui me connaissent savent que je ne sépare jamais la pensée, le rêve et l’action comme des mondes étanches. Pour moi, ils forment un même souffle, une unique respiration de l’être qui s’éveille à sa propre existence. La pensée est la graine, le rêve est la sève et l’action est le fruit. Aucun de ces trois mouvements ne peut vivre pleinement sans les deux autres. La pensée est ce murmure intérieur qui précède toute chose. Elle est le premier pas, celui qui ne franchit aucune porte mais qui ouvre toutes les fenêtres. Je compare souvent la pensée à la lumière du matin qui caresse doucement le visage du monde avant que le jour ne s’annonce. Elle n’est pas encore bruyante, elle n’est pas encore agissante, mais elle porte en elle toutes les promesses de ce qui va naître.
Pourtant, combien de personnes se contentent de penser sans jamais laisser leur pensée se transformer en une énergie qui les dépasse. Elles tournent en rond à l’intérieur de leur esprit comme un oiseau prisonnier d’une cage invisible. Elles croient que penser suffit, que l’intelligence est une fin en soi. Mais une pensée qui ne s’ouvre pas sur le rêve est une pensée stérile, une eau dormante qui finit par croupir.
Le rêve est ce pont fragile et magnifique qui relie la pensée à l’action. Il est l’élan du cœur, la flamme qui danse au-dessus de la raison. Le rêve donne des couleurs à la pensée, il l’habille de désir et de courage. Sans le rêve, la pensée reste froide comme un caillou au fond d’un puits. Avec le rêve, elle devient une rivière qui cherche son chemin vers la mer. J’ai toujours dit à mes proches que le rêve est la part la plus sacrée de l’être humain, car c’est en rêvant que nous touchons du doigt ce qui n’existe pas encore mais qui mérite d’exister.
Le rêve n’est pas une fuite loin de la réalité. Il est au contraire une manière profonde de s’y confronter en imaginant une autre manière d’être au monde. Le rêveur n’est pas celui qui ferme les yeux pour oublier, mais celui qui les ouvre grand pour voir au-delà des apparences. Il est le jardinier du possible, celui qui prépare la terre avant même d’avoir la graine en main. Le rêve est patient, il sait attendre son heure sans jamais s’éteindre. Mais le rêve sans l’action est une belle demeure inhabitée. Il est le navire amarré au port, magnifique et inutile. L’action est le mouvement qui donne vie à tout ce qui a été pensé et rêvé. Elle est le geste concret, la main qui se tend, le pied qui avance. L’action est la parole qui sort de notre bouche après avoir longtemps mûri dans le silence de notre cœur. Elle est la preuve tangible que nous existons et que nous choisissons de laisser une trace dans ce monde.
L’action n’a pas besoin d’être grandiose pour être juste. Elle peut être humble, quotidienne, presque invisible. Une parole douce à une personne triste, un pas vers un but lointain, une œuvre commencée dans l’incertitude. Chaque action est un témoignage de notre foi en la vie. Elle est le rire de l’enfant qui court après un ballon, elle est la sueur du paysan sous le soleil, elle est le poème que l’on écrit à la lueur d’une bougie.
Pourtant, beaucoup d’entre vous connaissent cette paralysie étrange où la pensée tourne en rond, où le rêve brille mais ne bouge pas, où l’action semble inaccessible. C’est là que réside le plus grand piège de l’existence humaine. On attend le moment parfait, la condition idéale, le courage suffisant. On se dit qu’on agira demain, la semaine prochaine, quand les étoiles seront mieux alignées. Mais le temps passe et la pensée s’épuise, le rêve s’étiole et l’action reste à jamais une promesse non tenue. J’ai appris au fil des saisons de ma vie que les trois doivent avancer ensemble, main dans la main, comme trois frères et sœurs qui se soutiennent mutuellement. La pensée sans le rêve est aride, le rêve sans l’action est vide, l’action sans la pensée est aveugle. Et sans le rêve, l’action perd sa poésie et se transforme en un devoir pesant. L’équilibre est tout.
Il faut oser penser des choses nouvelles, rêver des horizons encore inexplorés, agir même quand le doute nous étreint. La pensée éclaire le chemin, le rêve le rend désirable et l’action le parcourt. Celui qui sait réunir ces trois forces en lui devient un artisan de sa propre vie. Il n’attend pas que les circonstances soient favorables, il les crée par son intelligence, son imagination et sa détermination.
J’invite chacun à regarder à l’intérieur de soi et à se demander sincèrement laquelle de ces trois énergies est la plus faible. Peut-être est-ce la pensée qui manque de clarté, peut-être le rêve qui s’est endormi, peut-être l’action qui n’ose pas sortir. Il n’y a pas de honte à constater ses fragilités. L’important est de les reconnaître pour mieux les transformer. Une pensée peut s’affiner par l’étude et la réflexion. Un rêve peut se raviver par le désir et l’espérance. Une action peut se libérer par la pratique et la persévérance.
La vie est un jardin que nous devons cultiver. La pensée en est la graine, le rêve l’eau qui l’arrose et l’action la lumière qui la fait croître. Quand ces trois éléments sont présents et harmonieux, la vie fleurit dans toute sa splendeur. Les fruits sont savoureux, les branches sont fortes et les racines profondes. L’être humain, alors, n’est plus un simple spectateur de son destin, il en devient le jardinier, le poète et le bâtisseur.
Si vous retenez une seule chose de ce que je vous dis ici, que ce soit ceci. La pensée, le rêve et l’action ne sont pas des étapes successives mais un seul mouvement continu. Ils sont le battement d’un même cœur, la respiration d’un même souffle. Quand vous pensez, rêvez déjà un peu. Quand vous rêvez, préparez déjà votre geste. Quand vous agissez, n’oubliez jamais d’où vous venez et où vous allez. Ainsi votre vie sera pleine, votre chemin lumineux et votre œuvre durable.
N’attendez pas le moment idéal pour commencer. La pensée peut naître maintenant, le rêve peut s’enflammer tout de suite, l’action peut surgir à l’instant. Chaque jour est une occasion nouvelle de tresser ces trois fils en une tresse solide et belle. Le monde a besoin d’hommes et de femmes qui pensent avec profondeur, rêvent avec audace et agissent avec cœur. Soyez de ces êtres-là. La terre entière vous en sera reconnaissante.
Que la pensée vous éclaire, que le rêve vous porte, que l’action vous accomplisse. Et dans cet équilibre fragile et puissant, vous trouverez le secret d’une vie qui a du sens. Car au fond, être pleinement humain, c’est cela. C’est penser ce qui est juste, rêver ce qui est grand et faire ce qui est bon. Le reste est silence ou bruit, mais la vie véritable est dans cette danse des trois. Alors avancez, mes amis. Le chemin est devant vous. Le monde est encore à construire. Et vous êtes les bâtisseurs que la terre attend.
UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE


