Luc Gnacadja livre sa vision pour la capitale économique : Sept ans pour changer d’échelle   

 Luc Gnacadja livre sa vision pour la capitale économique : Sept ans pour changer d’échelle   

Cent jours de mandat, et déjà une méthode. Luc Gnacadja, maire de Cotonou, assume pleinement le choix de ne pas multiplier les inaugurations pendant cette première période. Son objectif, plus modeste en apparence mais plus profond dans sa portée, était de préparer les réformes indispensables à la transformation durable de la capitale économique. Dans un entretien accordé à la télévision nationale, l’architecte et ancien ministre a posé les jalons d’un programme conçu pour s’étendre sur sept ans. La confiance des habitants et la qualité des services publics figurent parmi ses priorités premières. Il en va de la crédibilité d’une institution qui se doit d’être au rendez-vous des attentes de la population.

Pour mener cette ambition, la nouvelle équipe municipale a structuré son action autour de sept leviers. La méthode est sans ambiguïté : réformer l’administration en profondeur, investir dans des équipements de proximité et associer les citoyens aux décisions qui les concernent. Dès les premières semaines, une réorganisation interne a été engagée, avec des objectifs mesurables et des délais de traitement clairement définis. Une lettre de mission a été adressée au secrétaire exécutif, accompagnée d’indicateurs de performance. Ce cadre a ensuite été décliné dans tous les services de la mairie, afin de garantir une meilleure réactivité face aux besoins quotidiens des Cotonois.

La dématérialisation occupe une place centrale dans cette réforme. La municipalité souhaite permettre aux habitants d’effectuer leurs démarches sans avoir à se déplacer. Une application dédiée, « 229 Cadre de vie », sera renforcée pour signaler les incidents sur la voie publique, qu’il s’agisse d’un pavé endommagé, d’un couvercle de caniveau brisé ou de tout autre dysfonctionnement urbain. Parallèlement, un audit foncier est en cours pour sécuriser les réserves administratives de la ville. A l’en croire, les premières vérifications auraient d’ailleurs « révélé que leur nombre est deux fois plus important que ce que les consultants avaient initialement estimé. La sécurisation du patrimoine communal et la simplification des permis de construire constituent des étapes essentielles pour attirer les investissements privés et donner confiance aux acteurs économiques. »

Les inondations, fléau récurrent de la capitale, sont également au cœur des préoccupations. Après l’annonce de pluies précoces, la mairie a anticipé le curage des caniveaux. Lors des fortes précipitations du 7 mars, l’eau s’est retirée en environ deux heures dans plusieurs secteurs déjà aménagés. Mais Luc Gnacadja veut aller plus loin. Il propose de préserver les couloirs naturels de l’eau et de les transformer en espaces verts et bleus, véritables poumons pour la ville. « Près de 12 000 habitations étant situées dans des zones lacustres ou régulièrement inondées, une réflexion est engagée sur un cadastre lacustre et l’aménagement des berges. La végétalisation accompagnera cette stratégie, avec un objectif ambitieux : porter la superficie des espaces verts de 80 à 400 hectares d’ici 2033. », a-t-il confié.

La mobilité dira-t-il constitue un autre défi majeur : « Les feux tricolores défaillants seront remplacés dans le cadre d’un système centralisé couvrant l’ensemble du Grand Nokoué. Les travaux doivent débuter au second semestre 2026. » Mais le maire voit plus grand. Il défend une ville où l’on peut se déplacer à pied, grâce à des trottoirs sécurisés et arborés, ou par voie d’eau, avec une liaison lagunaire entre Abomey-Calavi et Cotonou. Pour les conducteurs de taxi-moto, une transition vers les engins électriques est envisagée, sans exclure les acteurs actuels. L’idée est de créer un système multimodal, dans lequel chaque moyen de transport pourrait être accessible avec un même titre de paiement.

Sur le plan de la salubrité, la ville affiche des objectifs concrets. Une centaine de toilettes publiques seront installées dans une première phase, couvrant près des deux tiers des quartiers. Une seconde phase étendra le dispositif à l’ensemble de la commune. Par ailleurs, des opérations mensuelles de nettoyage ont débuté, et la municipalité reconnaît la nécessité d’installer davantage de poubelles dans les espaces publics. L’économie populaire, qui concentre environ 90 % des emplois de la ville, bénéficie d’une attention particulière. La mairie entend professionnaliser ses acteurs, sécuriser leur foncier et faciliter leur accès aux outils numériques. Des investissements sont prévus dans les marchés d’arrondissement, avec des modèles de gestion conçus pour maintenir des coûts abordables pour les commerçants.

Les ressources actuelles de la ville ne suffisent pas à financer un tel programme. Luc Gnacadja mise sur la hausse des recettes propres : «  le nouveau Fonds d’investissement communal et les partenariats public-privé. La future gare routière pourrait ainsi être réalisée avec le secteur privé, libérant des fonds municipaux pour les écoles, les centres de santé et les équipements de proximité. Des médiathèques seront installées dans les établissements scolaires pour faciliter l’accès des élèves à l’intelligence artificielle et aux outils numériques. » La culture, enfin, occupe une place de choix dans cette stratégie. La mairie souhaite construire une identité commune autour des 165 quartiers, à travers des festivals, des carnavals et des rencontres. L’horizon 2030, année du bicentenaire de Cotonou, servira de repère à cette transformation. Le maire veut faire de sa ville une référence africaine en matière de résilience, d’innovation et d’attractivité. Le cap est fixé.

Arnaud ACAKPO (Coll)

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