Pratiques funéraires au Bénin : Deux voix pour une seule urgence à légiférer
Le débat sur les pratiques funéraires au Bénin refait surface. Mgr Clet Fèliho évêque de Kandi relance l’appel en réclamant une concertation nationale et une loi pour protéger les familles. Son initiative rejoint celle du député Nazaire Sado qui avait déjà déposé en 2017 une proposition de loi contre les cérémonies ruineuses restée sans suite.
L’initiative de Mgr Fèliho ne cible pas seulement les députés. Sa lettre s’adresse aussi aux pouvoirs publics aux têtes couronnées aux figures religieuses aux édiles locaux et à quiconque se sent concerné par le devenir de la société béninoise. Il s’agit selon lui d’instaurer des règles pour limiter les dérives et mettre les ménages à l’abri des pressions et des abus liés à ces événements. L’évêque tient à préciser que sa démarche ne s’oppose pas à l’héritage culturel local. Il plaide que réformer les funérailles ce n’est pas combattre la tradition mais sauver les familles préserver la jeunesse et préparer un avenir où les coutumes demeurent des sources de vie plutôt que des causes de pauvreté et de division. Il appelle à une réaction rapide pour maintenir l’harmonie sociale et la solidarité familiale. Les représentants du peuple ont été informés du contenu du courrier dès l’ouverture des débats. Rien n’indique encore si ce dossier fera l’objet d’un examen formel ou d’une proposition de loi. La chambre pourrait toutefois l’inscrire à son agenda sans qu’un calendrier précis n’ait été communiqué jusqu’ici.
Cette sortie de Mgr Clet Fèliho n’est pas un événement isolé dans l’histoire récente du pays. Elle rejoint une initiative parlementaire portée en 2017 par le député Nazaire Sado. À l’époque ce dernier avait déposé une proposition de loi portant interdiction des cérémonies ruineuses et répression des dépenses excessives lors des cérémonies familiales au Bénin. Ce texte ambitieux voulait mettre un terme aux abus qui gangrènent les mariages, les naissances et surtout les funérailles. La proposition prévoyait par exemple que les rassemblements liés aux décès ne donnent lieu à aucun autre attroupement que ceux prescrits par les rites religieux ou coutumiers. Elle interdisait les réjouissances et les manifestations fastueuses ou exhibitionnistes. Elle prohibait la consommation de boissons alcoolisées au cours de ces rassemblements. Elle limitait même le séjour des personnes non indispensables dans la maison mortuaire à 24h après l’enterrement. Le texte fixait aussi des plafonds de dépenses pour les mariages et les autres cérémonies. Il punissait d’amendes et d’emprisonnement ceux qui organiseraient des manifestations interdites ou qui contribueraient sciemment à des dépenses excessives.
La proposition de Nazaire Sado prévoyait également que les cérémonies rituelles traditionnelles ne soient pas soumises à ces dispositions mais qu’elles fassent l’objet d’une autorisation délivrée par le maire de la commune. Elle instaurait un délai de six mois après le vote pour une sensibilisation généralisée de toutes les couches sociales. Elle abrogeait toutes les dispositions contraires notamment celles de l’ordonnance de 1967. Ce texte n’a jamais abouti. Il est resté dans les tiroirs de l’Assemblée nationale.
Pourtant les problèmes qu’il dénonçait n’ont fait que s’aggraver. Les familles béninoises continuent de s’endetter pour offrir des funérailles dignes à leurs défunts. Les veuves sont souvent dépouillées de leurs biens. Les orphelins se retrouvent sans soutien. Les tensions familiales explosent autour de l’organisation des obsèques. Les dépenses ostentatoires et les contributions imposées transforment le deuil en une épreuve économique et sociale. Cette situation n’est plus tolérable.
Il devient donc urgent d’ouvrir un vaste débat national sur les pratiques funéraires au Bénin. Ce débat doit rassembler les autorités publiques les chefs traditionnels les responsables religieux les élus locaux les associations de femmes les organisations de la société civile et toutes les personnes attachées à l’avenir du pays. Il ne s’agit pas de condamner les coutumes ni de mépriser les traditions. Il s’agit de les interroger pour distinguer ce qui relève du respect des morts et ce qui relève de l’exploitation des vivants. Il s’agit de protéger les familles contre les abus et les pressions. Il s’agit de permettre à chacun d’honorer ses défunts sans ruiner sa propre existence. Ce débat doit aboutir à une loi claire et applicable.

Cette loi doit encadrer les pratiques funéraires sans les interdire. Elle doit fixer des limites raisonnables aux dépenses. Elle doit interdire les collectes forcées et les contributions imposées. Elle doit protéger les veuves et les orphelins. Elle doit prévoir des sanctions contre ceux qui organisent des cérémonies ruineuses ou qui contraignent les familles à des dépenses excessives. Une telle loi ne doit pas être un instrument de répression aveugle mais un outil de protection des plus vulnérables.
Le courrier de Mgr Clet Fèliho est donc un appel intéressant. Il rappelle aux élus que le peuple attend des actes mais également que la question des funérailles n’est pas un simple sujet de société. Le moment d’agir est arrivé. Il ne faut plus attendre qu’une nouvelle génération soit sacrifiée sur l’autel de traditions dévoyées. Le Bénin a besoin d’une loi pour encadrer les pratiques funéraires et protéger ses citoyens.
LA REDACTION


