Verdict du procès Dangnivo : Lourde peine pour Alofa, Amoussou relaxé
Le tribunal de première instance de Cotonou a rendu son verdict dans l’affaire Dangnivo, un procès très suivi par l’opinion publique béninoise. Après plusieurs semaines d’audience et de débats intenses, la juridiction a prononcé une condamnation sévère à l’encontre de Codjo Alofa, tout en acquittant son coaccusé Amoussou. La décision, lue en audience publique, met un terme à une procédure judiciaire marquée par des zones d’ombre et des demandes de la défense qui n’ont pas toutes été satisfaites.
Codjo Alofa a été reconnu coupable des faits d’assassinat dans l’affaire qui a coûté la vie à Dangnivo. Le tribunal lui a infligé une peine de trente années de réclusion criminelle, une sanction lourde qui correspond à la gravité des charges retenues contre lui. Les juges ont estimé que les éléments du dossier et les témoignages recueillis permettaient d’établir sa responsabilité pénale dans la mort de la victime. Cette condamnation marque un tournant décisif dans un dossier qui avait suscité de nombreuses interrogations sur les circonstances exactes du drame.
L’acquittement de Donatien Amoussou constitue l’autre volet majeur de ce verdict. Le tribunal a estimé que les charges pesant sur lui n’étaient pas suffisamment étayées pour justifier une déclaration de culpabilité. La présomption d’innocence a donc joué en sa faveur, et il a été libéré des poursuites. Cette décision a été accueillie avec soulagement par ses proches et ses avocats, qui n’ont cessé de clamer son innocence tout au long du procès.
Le tribunal a également pris plusieurs décisions procédurales notables. Il a tout d’abord rejeté la demande d’expertise graphologique formulée par les conseils de la défense. Ceux-ci espéraient sans doute que cette analyse puisse apporter des éléments nouveaux ou contredire certaines pièces du dossier. Mais les juges ont considéré que cette mesure n’était pas nécessaire à la manifestation de la vérité. Par ailleurs, le ministère public avait sollicité une requalification des infractions, c’est-à-dire un changement de la qualification juridique des faits poursuivis. Le tribunal a également écarté cette demande, confirmant ainsi la qualification initialement retenue.
Au-delà des peines et des acquittements, le tribunal a ordonné une mesure symbolique forte : la restitution des restes de Pierre Dangnivo à sa famille. Cette décision répond à une attente des proches de la victime, qui réclamaient depuis longtemps la possibilité d’organiser des funérailles dignes et de tourner une page douloureuse. La remise des dépouilles devrait intervenir dans les prochains jours, sous le contrôle des autorités judiciaires. Les avocats de Codjo Alofa disposent d’un délai de 15 jours pour faire appel de cette décision.
L’affaire trouve son origine dans la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, survenue le 17 août 2010. Dans les semaines qui ont suivi, un corps a été découvert à Womey, dans la commune d’Abomey-Calavi. Pourtant, la famille du disparu n’a jamais accepté qu’il s’agisse des restes de leur proche. Ce refus obstiné a entretenu pendant des années le mystère autour de cette affaire, nourrissant les doutes et les spéculations. Au fil du temps, ce dossier est devenu l’un des plus épineux que la justice béninoise ait eu à traiter. Sa dimension politique, les reports successifs du procès et les vifs débats sur les conditions de manifestation de la vérité ont contribué à en faire une affaire particulièrement sensible, suivie de près par l’opinion publique. La justice béninoise, en tout état de cause, a rendu une décision souveraine, fondée sur les preuves et les débats contradictoires qui ont animé ce procès.
LA REDACTION


