CES en tournée de sensibilisation des lois protectrices des femmes : Vers un changement des mentalités à Cotonou et Abomey-Calavi

 CES en tournée de sensibilisation des lois protectrices des femmes : Vers un changement des mentalités à Cotonou et Abomey-Calavi

Permettre aux Béninoises et Béninois de mieux comprendre les lois qui les protègent. Tel est l’objectif d’une campagne de sensibilisation menée par le Conseil Économique et Social (CES) du Bénin. Cette initiative vise à faire connaître deux textes de loi majeurs adoptés le 20 décembre 2021 : la loi n°2021-11, qui réprime les infractions commises à raison du sexe d’une personne, et la loi n°2021-12, qui modifie la législation sur la santé sexuelle et reproductive. Lundi 1er septembre et mercredi 3 septembre 2025, les populations de Cotonou puis d’Abomey-Calavi ont bénéficié de ces sessions d’information.

Présidée par Conrad Gbaguidi, président du CES, l’étape de Cotonou a rassemblé une audience variée et engagée : responsables administratifs déconcentrés, leaders religieux, représentants d’organisations de la société civile et personnalités politiques du Littoral. D’emblée, le président du CES a rappelé l’importance de cette campagne qui vise à faire connaître des lois « à portée sociale considérable », indispensables pour instaurer « une communauté plus équitable et plus saine ». Il a insisté sur le rôle des acteurs socio-économiques comme relais essentiels pour diffuser l’information auprès de la population. Les retours positifs recueillis depuis le début de la tournée à Savalou et Bohicon confortent le CES dans sa démarche.

La suite des échanges a été marquée par des exposés techniques et pédagogiques. Yannick Dossavi-Messy, Chef de la Cellule Juridique du Ministère des Affaires Sociales et de la Microfinance, a détaillé les sanctions civiles et pénales prévues par la loi. Ainsi, en cas de harcèlement sexuel, l’auteur s’expose à une amende allant de 500 000 à 1 million de FCFA et à un emprisonnement de 1 à 2 ans. Si l’agresseur est un ascendant (naturel, adoptif ou légitime) ou un enseignant s’en prenant à une mineure, la peine peut atteindre 3 à 5 ans de prison, avec une amende comprise entre 1 et 5 millions de FCFA, doublée en cas de récidive.

D’autres infractions ont été passées en revue, telles que le mariage précoce, les mutilations génitales, l’abus sexuel, l’avortement clandestin et le viol. Thierry Lawale, Directeur de la Santé de la Mère et de l’Enfant au Ministère de la Santé, a apporté des précisions glaçantes mais nécessaires. Pour un viol, la peine encourue va de 5 à 10 ans d’emprisonnement, assortie d’une amende de 500 000 à 2 millions de FCFA. Si l’auteur est un parent ou une personne ayant autorité sur la victime, la sanction peut s’élever à 10 à 20 ans de réclusion criminelle et une amende allant jusqu’à 5 millions de FCFA. Ces précisions visent à dissuader les potentiels agresseurs et à encourager les victimes et témoins à briser le silence.

Au-delà de la répression, l’accent a également été mis sur la prévention et l’éducation. La loi sur la santé sexuelle et reproductive vise à garantir l’accès à l’information, aux services de planification familiale et à une prise en charge médicale et psychologique des victimes. Il s’agit de créer un environnement où les droits de chaque individu sont respectés, indépendamment de son genre. Les participants, visiblement impressionnés par la clarté des exposés, ont été invités à devenir des « vecteurs de relais » de leurs communautés respectives.

En clôturant la séance, le président du CES a exprimé sa gratitude envers les ministères partenaires, l’ABPF et le Royaume des Pays-Bas, dont le soutien financier et technique a rendu possible cette initiative. Il a également salué le travail de l’équipe technique du CES pour la qualité de la préparation intellectuelle et logistique. Une telle mobilisation plurielle témoigne d’une volonté nationale de lutter résolument contre les violences basées sur le genre et de promouvoir une santé reproductive respectueuse des droits. C’est un pas de plus vers un Bénin plus juste et plus protecteur pour toutes ses citoyennes.

L’étape de Calavi

Comme dans les autres localités déjà visitées par la délégation du CES, toutes les sensibilités concernées par ces questions étaient présentes. Razack Amouda, Premier Vice-président du CES, représentant le président empêché, a présidé les travaux aux côtés du représentant du préfet de l’Atlantique, Zinsou Wilfried Ayiyéton, et du coordinateur départemental du CES, Cyprien Togni. Dans leurs interventions, ils ont unanimement souligné l’importance de ces lois, dont l’objectif ultime est le respect de la dignité humaine. Razack Amouda a exhorté les participants à faire preuve d’assiduité et à accorder une attention particulière aux communications afin de relayer efficacement l’information dans leurs milieux respectifs.

La première communication, animée par Yannick Dossavi-Messy, Conseiller Technique Juridique du Ministère des Affaires Sociales et de la Microfinance, a porté sur la Loi n° 2021-11. Celle-ci instaure des dispositions spéciales pour réprimer les infractions commises à raison du sexe des personnes. Le contexte, les défis et les perspectives de cette loi ont été expliqués avec clarté, permettant à l’assistance de saisir l’étendue des protections qu’elle offre. La seconde intervention, assurée par Irénée Guèdèhounguè, Chef de la Cellule Juridique du Ministère de la Santé, a présenté la Loi n° 2021-12, qui modifie et complète la législation relative à la santé sexuelle et reproductive.

Les experts ont méthodiquement passé en revue les infractions et les sanctions prévues. Parmi les actes désormais sévèrement réprimés figurent le harcèlement sexuel, les atteintes sexuelles, le viol, les mutilations génitales, les mariages forcés et précoces, les violences en milieu familial ou professionnel, ainsi que l’incitation des mineurs à la débauche. Des exemples concrets ont été donnés pour illustrer la rigueur des peines. Ainsi, le viol ou la tentative de viol est puni de 5 à 10 ans de réclusion criminelle et d’une amende de 500 000 à 2 millions de FCFA. Si l’acte est accompagné de tortures, d’actes de barbarie ou s’il entraîne la mort, la peine encourue est la réclusion à perpétuité. De même, toute personne ayant connaissance d’un harcèlement sexuel et gardant le silence risque un à douze mois d’emprisonnement et une amende de 50 000 à 500 000 FCFA. Pour le mariage forcé, les sanctions vont de 10 à 20 ans de prison et de 500 000 à 2 millions FCFA d’amende. Les mutilations génitales, quant à elles, sont punies de six mois à trois ans de prison et d’une amende pouvant atteindre 2 millions FCFA, et le consentement de la victime est considéré comme inopérant.

Les participants, visiblement attentifs et engagés, ont activement pris part aux échanges. Leurs questions, pertinentes et précises, ont reçu des réponses éclairées de la part des communicateurs. Cette interaction témoigne de l’importance accordée à ces enjeux sociétaux et de la volonté collective de faire reculer les pratiques néfastes et discriminatoires. En clôturant la séance, le Vice-président du CES a exprimé sa gratitude pour la qualité des échanges et réaffirmé l’engagement institutionnel à poursuivre ces actions de sensibilisation. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique nationale plus large visant à ancrer l’égalité des sexes et le respect des droits humains dans les mentalités et les pratiques.

Etienne YEMADJE

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