Entre opposition et ralliement : Les Démocrates et la FCBE, deux destins

 Entre opposition et ralliement : Les Démocrates et la FCBE, deux destins

La vie politique béninoise connaît en ce mois de mai 2026 un tournant rarement observé dans l’histoire récente du pays. Deux grandes formations d’opposition, qui ont marqué la dernière décennie par leur critique du régime de Patrice Talon, prennent des routes opposées. L’une choisit de rester vigilante. L’autre décide de rejoindre les rangs de la majorité présidentielle. Ce mouvement de balancier redessine en profondeur le paysage des forces politiques à l’approche de la passation de pouvoir prévue le 24 mai 2026.

Du côté des Démocrates, le parti a affirmé haut et fort son attachement à l’opposition. Lors d’un conseil national extraordinaire tenu à Fifadji, les responsables ont rappelé que leur statut d’opposition est officiel et enregistré au Ministère de l’Intérieur. Ils ont toutefois précisé qu’ils entendent jouer ce rôle « de façon républicaine, constructive et vigilante ». Autrement dit, ils ne fermeront pas la porte au dialogue avec le nouveau gouvernement dirigé par Romuald Wadagni. Ils veulent simplement garder un œil critique et proposer des alternatives crédibles. Leur objectif reste le progrès du Bénin et le bien-être des populations.

Concernant la trêve politique prévue par la récente loi constitutionnelle, les délégués réunis en conseil ont dégagé trois idées fortes à l’issue de leur séminaire interne. D’abord, les activités habituelles des partis restent « pleinement autorisées » pendant cette période. Ensuite, l’expression critique de l’opposition demeure tout à fait « compatible avec les nouvelles exigences constitutionnelles », à condition qu’elle s’inscrive dans « une démarche responsable, argumentée et assortie de propositions alternatives crédibles ». Enfin, les réformes institutionnelles en cours pourraient déboucher sur un mécanisme permanent de concertation politique, placé sous l’égide du Sénat. Le parti appelle tous ses militants à se conformer à ces orientations « dans un esprit de responsabilité républicaine et de préservation de la stabilité nationale ». Cette position mesurée, ni agressive ni complaisante, semble trouver un écho favorable chez leurs militants. Les Démocrates, présidés désormais par Nouréinou Atchadé, deviennent ainsi la principale force d’opposition.

FCBE prend la route de la Mouvance Présidentielle

Pendant ce temps, l’autre grande formation, la FCBE, prend un virage complètement opposé. Fondée en 2003 par les partisans de l’ancien président Thomas Boni Yayi, cette force politique a longtemps été l’une des critiques modérées du régime de Patrice Talon. Mais les temps ont changé. Le 28 avril 2026, dix jours après l’élection présidentielle, Paul Hounkpè, le candidat malheureux du parti, a officiellement démissionné de son poste de secrétaire exécutif national. Son score dans les urnes n’avait pas été significatif, ce qui a été interprété par beaucoup comme un signe de fragilité. Certains observateurs y ont vu « une crise profonde », d’autres « une stratégie de repositionnement ». Quoi qu’il en soit, ce départ a ouvert la voie à une réorientation complète du parti.

Prosper Adoukonou, conseiller juridique et secrétaire administratif par intérim de la FCBE, a tenu à rassurer les militants. Il a expliqué que ce repositionnement s’inscrit dans le cadre des accords de gouvernance conclus avec les partis UP le Renouveau et Bloc Républicain. Selon lui, la FCBE « ne disparaît pas pour autant ». Le parti entend garder son autonomie et continuer ses activités politiques en restant fidèle à ses « valeurs fondatrices ». Autrement dit, rejoindre la mouvance ne signifie pas se dissoudre. C’est plutôt un choix pragmatique pour retrouver de l’influence.

Idrissou Bako, ancien député et responsable influent de la FCBE, s’est montré encore plus direct dans un entretien accordé à Daabaaru Tv. Il a déclaré sans détour : « La FCBE est aujourd’hui dans une logique de repositionnement. Nous sommes un parti d’opposition à la gouvernance de la rupture du président Talon. Après bientôt dix ans d’opposition, nous avons pris la résolution d’être de la mouvance de 2026. Nous serons de la mouvance de 2026 Inch’Allah ». Ces paroles sont claires : l’heure n’est plus à la contestation mais au ralliement. Idrissou Bako ajoute que si l’on observe des rapprochements avec le Bloc Républicain ou l’Union Progressiste le Renouveau, « il n’y a rien de plus normal ». Pour lui, il est légitime de « poser des pas pour séduire l’adversaire d’aujourd’hui, afin de pouvoir bénéficier de lui peut être tout ce qui est parrainage ». Cette approche purement réaliste montre combien la logique électorale et les calculs d’alliance priment désormais sur la fidélité à une posture d’opposition.

Idrissou Bako va même plus loin en évoquant la gestion locale. Il rappelle que la FCBE a perdu certains conseillers après leur destitution le 27 août 2025. Désormais, le parti va procéder à de nouvelles nominations. Il précise : « Si nous n’avons pas de conseillers, puisque la plupart ils sont partis, nous allons positionner les conseillers pour lesquels nous pensons que nous aurons de l’intérêt, peu importe leur formation politique ». Cette déclaration surprend par son franc réalisme. Elle signifie que la FCBE est prête à collaborer avec toutes les forces en place, sans exclusive idéologique. Enfin, Idrissou Bako confirme que le parti négocie un accord avec les partis de la mouvance actuelle dans le cadre des élections générales de 2026. « S’il faut négocier avec celui qui est aujourd’hui un adversaire pour pouvoir avoir un accord dans le cadre des élections générales, gouvernance, ou bien un accord de législature, nous allons le faire », affirme-t-il.

Ce ralliement intervient dans un contexte particulier. La FCBE n’a plus d’élus depuis plusieurs années. En raison du code électoral de juillet 2018, le parti n’a pas pu participer aux élections législatives de 2019. Puis, aux législatives et communales du 11 janvier 2026, la FCBE n’a obtenu ni siège à l’Assemblée nationale ni élu dans les conseils communaux, avec seulement 4,78 % des suffrages au scrutin proportionnel. Sans représentation parlementaire depuis sept ans, le parti avait déjà choisi la voie de « la culture de la paix, du dialogue et du vivre ensemble » dès 2019. Il s’était alors progressivement éloigné d’une opposition frontale. Le basculement actuel n’est donc que l’aboutissement logique d’un long processus.

Ce n’est pas la première fois qu’un parti d’opposition rejoint la mouvance. On se souvient du Parti du renouveau démocratique (PRD) qui, à la veille de la présidentielle de 2016, alors qu’il était dans l’opposition, a rejoint l’alliance des partis au pouvoir. Après l’échec du candidat porté par cette alliance, le PRD a tout de même soutenu les actions du président Patrice Talon. L’histoire semble donc se répéter, avec la FCBE dans le rôle de celui qui franchit le Rubicon.

Pour l’heure, Idrissou Bako précise que la FCBE reste encore officiellement un parti d’opposition au régime de Patrice Talon, en attendant que le nouveau gouvernement prenne pleinement ses fonctions. « Le jour où nous ne serons plus de l’opposition, nous allons le déclarer », souligne-t-il. Cette prudence de langage ne trompe personne : le cap est désormais clair. La FCBE se prépare à entrer dans la majorité présidentielle de Romuald Wadagni, laissant les Démocrates seuls face au pouvoir.

Damien TOLOMISSI

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