» Mon identité, mon parapluie  » : Zéro Béninois sans existence légale d’ici 2028

  » Mon identité, mon parapluie  » : Zéro Béninois sans existence légale d’ici 2028

A l’occasion de la Journée internationale de l’identité, le 16 septembre 2025, le Bénin n’a pas organisé un simple colloque. Sous la Direction de l’Agence Nationale d’Identification des Personnes (ANIP) a brandi l’étendard d’une révolution silencieuse. Sous le thème poétique et puissant « Mon identité, mon parapluie », l’hôtel Azalaï a vibré d’une énergie rare. Ici, on ne parle pas de bureaucratie poussiéreuse. On parle de dignité. De souveraineté. D’avenir.

D’entrée de jeu, le ton est donné. Aristide Guy Adjinacou Gnahoui, le maestro de l’Agence Nationale d’Identification des Personnes, pose les mots comme des pierres fondatrices : « L’identité dont nous parlons dépasse les simples papiers. Elle constitue une dignité affirmée. » Traduction : fini le temps où l’on naissait, vivait et mourait sans laisser de trace autre que le souvenir de ses proches. L’identité n’est plus un bout de carton. C’est un passeport pour l’humain. L’ambition est vertigineuse : zéro Béninois sans existence légale d’ici 2028. Soit deux ans avant l’échéance mondiale fixée par l’ONU. Le Bénin ne suit pas le rythme. Il le dicte. Déjà, plus de 2,5 millions d’actes de naissance sécurisés, délivrés depuis 2017, ont fait sortir de l’ombre des millions de compatriotes. Ils sont désormais des citoyens à part entière. Ils peuvent étudier, se soigner, voter, ouvrir un compte, hériter. Exister, enfin.

La magie de la dématérialisation

Le secret de cette métamorphose ? Une vision audacieuse, cristallisée dans la loi de 2021 sur la dématérialisation de l’état civil. Le Bénin construit non pas une base de données, mais une « infrastructure de confiance ». Imaginez : un numéro unique, clé de voûte de votre vie civique. Un fichier national, impénétrable et fiable. Une liste électorale informatisée, garante d’élections transparentes en 2026. C’est l’État qui entre dans votre smartphone, pour vous servir, vous protéger, vous inclure. Ce chantier pharaonique ne se fait pas en solo. La Banque mondiale (projet WURI) et l’UNICEF apportent leur pierre à cet édifice, convaincus que l’identification inclusive est le socle de tout développement.

Le parapluie universel

Aura Merveille Hountondji, ambassadrice d’ID4Africa, élève le débat. Son discours résonne comme une évidence universelle : « Avoir une identité (…) c’est accéder à l’éducation, à la santé, à la protection sociale. C’est un rempart contre l’exclusion. » L’identité est ce parapluie qui protège des intempéries de la vie. Elle abrite la petite marchande du marché, l’écolier du village reculé, le futur entrepreneur. Elle est le premier droit, celui qui ouvre la porte à tous les autres. Son plaidoyer est clair : construisons des systèmes robustes, qui se parlent entre pays, tout en gardant sacro-saint le respect de la vie privée. L’objectif 2030 n’est pas une date, c’est un horizon humanitaire.

Le futur s’écrit en ligne de code

Et le Bénin, dans sa folle ingéniosité, ne s’arrête pas là. Adebissi Adedjouma, Directrice en charge des données à l’ANIP, lance le Challenge Data Innovation. Le message est ultra-stimulant : « Vos données ne dorment pas dans un coffre. Transformons-les en solutions ! » L’Agence tend le micro – ou plutôt le clavier – aux cerveaux du pays : chercheurs, start-upeurs, étudiants. Inventez des applications qui fluidifient les services publics. Imaginez l’administration de demain. Les meilleurs projets décrocheront le graal : une collaboration directe avec l’ANIP. L’innovation n’est pas invitée, elle est au cœur de la stratégie. Pendant ce temps, sur le terrain, la mobilisation est totale. Campagnes dans les écoles, les guichets sociaux, les administrations. On explique, on forme, on rallie. Parce qu’une révolution technologique n’a de sens que si elle est comprise et adoptée par tous. La conclusion du DG de l’ANIP claque comme un manifeste : « Nous bâtissons un Bénin où nul n’est invisible, où chaque citoyen trouve dans son identité un parapluie de protection et d’opportunités. »

Le message est on ne peut plus clair. Le Bénin n’attend pas son futur. Il l’encode, ligne après ligne, donnée après donnée, pour garantir qu’aucun de ses enfants ne sera plus jamais une ombre. Il ne construit pas seulement un système. Il forge une nation. Digitale, inclusive et fièrement africaine. Et le continent regarde, prend des notes, et s’inspire. Le futur de l’identité s’écrit à Cotonou.

Patrice ADJAHO

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