L’Afrique des certitudes : A l’écoute du souffle nouveau

 L’Afrique des certitudes : A l’écoute du souffle nouveau

Dans un monde bruyant et pressé, la discrétion est une force. Sa Majesté Dadah Bokpè Houézrèhouèkè incarne cette vertu avec une exemplaire sérénité. Bien dans sa peau, il puise une conviction inébranlable dans une culture que d’autres qualifieraient d’archaïque, mais qui est pour lui la source d’un équilibre parfait. Convaincu que les divinités ancestrales guident son quotidien, il s’abandonne avec foi aux prévisions du Fâ, le messager de Dieu. Toute l’Afrique, avec sa spiritualité profonde et son lien intime avec l’invisible, est présente dans cette relation aux forces supérieures.

Récemment, écrit Dr Frantz Maria Izan, Sa Majesté Maheste, dont la pensée résonne avec celle de Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, observait que les dynasties comme les démocraties modernes sont « quelque peu boiteuses ». La raison à ses yeux est limpide : elles se sont éloignées des principes spirituels fondamentaux. « Il nous faut se référer à Dieu quand il s’agit de gouverner les hommes », affirme-t-il, pointant du doigt le « spectacle d’échec » qu’offre notre époque. Cette vision poursuit la même source trouve un écho saisissant dans l’actualité, comme en Haïti, un pays plongé dans le chaos où la gouvernance a perdu son cap. L’actuel président, Jovenel Moïse, était d’ailleurs confronté à une crise de légitimité si profonde que le pouvoir judiciaire de son propre pays avait acté la fin de son mandat avant son assassinat, le plongeant dans une tourmente dont il avait, dit-on, été averti.

Contrairement à ces dirigeants en perte de repères, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè semble avoir trouvé un ancrage inébranlable. Issu de la vieille lignée de Gaou Guinou, qui compte dans sa descendance le général Toussaint Louverture  le précurseur de l’indépendance haïtienne, Sa Majesté allie cet héritage historique à une formation d’ingénieur. Cette dualité entre la tradition et la modernité se reflète dans sa personnalité : c’est un sage qui ne hausse jamais le ton, dont la sérénité semble provenir d’une « terre de certitudes », à l’abri des valses hésitations qui caractérisent souvent le monde occidental.

La prophétie et la raison : la force de la vision

La justesse de son intuition confie Dr Frantz Maria Izan a parfois déconcerté les esprits les plus cartésiens. On raconte ainsi qu’un président béninois, en visite officielle à Berlin, avait prophétisé la chute du Mur devant des officiels allemands qui avaient ri sous cape. L’histoire, impitoyable avec les sceptiques, leur a donné tort. Peu de temps après, la jeunesse allemande traversait la frontière en courant, dans un moment de joie pure et de libération, confirmant la vision du visiteur africain. De même, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè avait prédit que le président haïtien Jovenel Moïse ne terminerait pas son mandat. La réalité a une fois de plus rattrapé la prophétie : Jovenel Moïse a été assassiné en juillet 2021, laissant son pays dans un état d’instabilité chronique où « les choses sont loin d’être stables », comme le pressentait le sage.

Aujourd’hui, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè continue d’offrir ses consultations, déployant cette sagesse africaine qui constitue la richesse la plus précieuse du continent. C’est une sagesse qui refuse la dichotomie stérile entre tradition et modernité, où le costume-cravate peut alterner avec le boubou et le pagne sans conflit identitaire. Cette philosophie de vie s’incarne particulièrement dans sa pratique d’un « vodou écologiste ».

Le vodou, un ciment culturel et écologique

Adepte de cette spiritualité, il voyage souvent à Ouidah, haut lieu du vaudou béninois. Loin des clichés tenaces, le vaudou souligne Dr Frantz Maria Izan est ici une religion et une culture qui organise les équilibres. Comme l’explique l’anthropologue Philippe Charlier, il s’agit d’un « ciment » qui assure une double harmonie : « une première entre les humains et la nature (…) et une seconde entre les hommes et les ancêtres ». La nature y est divinisée, et chaque élément une source, une forêt  est perçu comme habité par une force surnaturelle, imposant un profond respect. Ce « vodou écologiste » est donc une philosophie pratique de respect et d’équilibre.

Rien n’illustre mieux cette symbiose entre le spirituel, le naturel et le quotidien que le Temple des Pythons à Ouidah. Ce site sacré, où des dizaines de pythons royaux (inoffensifs pour l’homme) évoluent librement, est un symbole vivant de cette relation. Les serpents y sont vénérés comme des êtres sacrés, et les visiteurs peuvent même les tenir. Selon une légende locale, leur présence remonte à un roi sauvé par ces animaux durant une guerre ; en leur honneur, le temple fut érigé. Il est fascinant d’observer que ces reptiles, souvent craints ailleurs, sont ici si intégrés à la vie sociale qu’il n’est pas rare de les voir s’inviter dans les maisons avoisinantes pour y chasser les rongeurs, avant de retourner d’eux-mêmes à leur sanctuaire. Ce rapport paisible et utilitaire avec l’animal est une leçon de coexistence.

Le Bénin, riche de sa culture, continue ainsi d’offrir le spectacle saisissant du python sacré que les touristes enroulent autour de leur cou, entre crainte et fascination. Cette image forte est le reflet d’une Afrique sacrée, qui avance avec la certitude que le monde visible et le monde invisible ne font qu’un. Dans le tumulte du monde contemporain, la voix calme et les certitudes de Sa Majesté Dadah Bokpè Houézrèhouèkè nous rappellent que le « souffle nouveau » tant attendu par le Bénin et le continent tout entier pourrait bien souffler depuis les forêts sacrées de Ouidah et la sagesse immémoriale de ses descendants.

Damien TOLOMISSI

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