Thomas Sankara, 38 ans après : Une étoile filante qui brille encore
Il y a trente-huit ans, le 15 octobre 1987, Thomas Sankara était assassiné. Sa vie a été courte, comme une étoile filante. Mais sa lumière continue d’éclairer les consciences, au Burkina Faso et bien au-delà des frontières africaines.
Qui était cet homme, dont le simple nom évoque autant d’admiration que de controverses ? Pourquoi, près de quatre décennies après sa disparition, reste-t-il si présent dans la mémoire collective ?
Le Capitaine qui a changé le destin d’un pays
En 1983, à 33 ans, Thomas Sankara arrive au pouvoir en Haute-Volta. Ce jeune capitaine, charismatique et idéaliste, porte en lui un projet de société radical. Son premier geste fort est symbolique : il renomme son pays. La Haute-Volta, un nom hérité de la colonisation, devient le Burkina Faso, ce qui signifie « le pays des hommes intègres ». Ce changement de nom n’est pas anodin. Il résume toute l’ambition de Sankara : redonner sa fierté à un peuple et construire une nation nouvelle, débarrassée des influences extérieures. Il ne se contente pas de beaux discours. Il lance une révolution aux résultats concrets, souvent spectaculaires.
L’émancipation des femmes, une priorité
Sankara fait de la condition féminine une cause nationale. Il est l’un des premiers chefs d’État africains à lutter ouvertement contre les pratiques sexistes. Il interdit l’excision et la polygamie. Il favorise la scolarisation des filles. Il nomme des femmes à des postes ministériels importants. Il lance des campagnes de planning familial et reconnaît le droit à l’avortement. Pour lui, libérer l’Afrique passait nécessairement par la libération des femmes.
L’autosuffisance, un combat quotidien
«Produisons ce que nous consommons, et consommons ce que nous produisons. » Cette phrase est devenue célèbre. Sankara applique ce principe avec détermination. Il encourage l’agriculture locale pour nourrir la population et réduire les importations coûteuses. Il promeut la consommation de produits « made in Burkina », comme le « faso dan fani », un tissu traditionnel qu’il porte lui-même régulièrement. Son objectif: que son pays ne dépende plus de l’aide étrangère, source selon lui de domination.

Une gouvernance sobre et intègre
Thomas Sankara incarne une forme d’austérité vertueuse. Il réduit ses propres privilèges et ceux des hauts fonctionnaires. Il vend la flotte de voitures de luxe de l’État et choisit une Renault 5, une petite voiture économique, comme véhicule officiel. Il baisse son salaire et ceux des ministres. Il refuse de faire installer la climatisation dans son bureau, estimant que c’était un luxe que le peuple burkinabè ne pouvait pas s’offrir. Cette intégrité personnelle, rare parmi les dirigeants, a profondément marqué les esprits.
L’éducation et l’unanimité
Son gouvernement investit massivement dans les secteurs sociaux. Une grande campagne de vaccination sauve des milliers d’enfants de la rougeole, de la méningite et de la fièvre jaune. Plus de deux millions et demi d’enfants sont vaccinés en quelques semaines. Il lance également une immense campagne de construction d’écoles et de centres de santé.
Malgré ces réalisations, le parcours de Thomas Sankara ne fait pas l’unanimité. Sa révolution était aussi marquée par un certain autoritarisme. La liberté de la presse était restreinte, les opposants politiques étaient emprisonnés et les syndicats muselés. Ses méthodes radicales et son refus de compromis ont créé des tensions, y compris au sein de son propre camp. C’est d’ailleurs celui qui était son frère d’armes, Blaise Compaoré, qui l’a fait assassiner lors d’un coup d’État. Cette trahison ajoute une dimension tragique à son histoire.
Pourquoi Sankara reste-t-il si présent ?
Alors, pourquoi, 38 ans après, Thomas Sankara est-il plus qu’un simple souvenir ? Pourquoi est-il une icône pour la jeunesse africaine et les altermondialistes ? Dans un continent souvent miné par la corruption, Sankara représente la probité, le dévouement au service public et l’humilité du pouvoir. Son image contraste fortement avec celle de nombreux dirigeants. Il a montré qu’un petit pays pauvre pouvait se tenir debout, dire « non » aux puissances étrangères et prendre son destin en main. Son discours panafricain et anti-impérialiste résonne encore aujourd’hui. Ses combats pour l’environnement (il a lancé une grande campagne de reboisement), pour les droits des femmes ou contre la dette africaine (qu’il avait refusé de payer) étaient en avance sur leur temps. Ils sont d’une brûlante actualité. La puissance du mythe. Son assassinat à 37 ans, en pleine force de l’âge, a figé son image en celle d’un héros romantique et martyr. Son rêve, inachevé, est devenu éternel.
Aujourd’hui, les fresques murales à son effigie, les chansons qui lui sont dédiées, les citations qui circulent sur les réseaux sociaux en sont la preuve : Thomas Sankara est sorti des livres d’histoire pour habiter le présent. Il n’est pas une relique du passé, mais une source d’inspiration pour tous ceux qui croient qu’un autre monde est possible. Son héritage, aussi contesté soit-il, continue de poser une question essentielle : comment construire une Afrique souveraine, juste et fière ? Trente-huit ans après sa mort, la flamme du Capitaine n’est pas éteinte.
Damien TOLOMISSI
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