Législatives 2026 : L’impensable scénario

 Législatives 2026 : L’impensable scénario

Alors que le Bénin s’achemine vers des élections législatives cruciales en janvier 2026, un doute subsiste : y aurat-il de députés au terme de ce processus? Ce scrutin, censé consolider la réforme du cycle électoral national, s’annonce pourtant comme l’un des plus incertains de l’histoire politique récente du pays. En cause : un seuil électoral jugé objectivement impossible à atteindre pour la plupart des partis.

Depuis la révision du Code électoral, les formations politiques doivent obtenir un pourcentage minimal de voix pour accéder à la répartition des sièges à l’Assemblée nationale. En effet, la réforme du Code électoral a introduit une clause dont la rigueur mathématique dissimule à peine une portée politique redoutable : le seuil de représentativité de 20% par circonscription. Cette barrière, vertigineuse pour des partis sans ancrage territorial uniforme, fonctionne comme un filtre impitoyable, ne laissant passer que les forces les plus structurées, les plus richement dotées, les plus visibles.

Face à ce dispositif, le législateur a toutefois inséré une clause de sauvegarde : l’accord de gouvernance. Ce mécanisme autorise des partis à fusionner leurs scores nationaux. Il s’agit ni plus ni moins d’une invitation à la coalition, une incitation à penser au-delà des ego et des chapelles pour former des blocs cohérents. Une opportunité de survie pour les uns, de contre-pouvoir significatif pour les autres.

Ce seuil, vise officiellement à réduire la fragmentation politique et à encourager la consolidation des partis. Mais dans la pratique, il apparaît pour beaucoup comme un verrou dissuasif. Plusieurs experts estiment qu’aucun parti, pris isolément, ne peut raisonnablement espérer franchir cette barre dans le contexte actuel.

Conséquence directe : les accords de gouvernance deviennent indispensables. Les alliances électorales et les regroupements de partis seront la clé de toute réussite. En marge des préparatifs de l’élection présidentielle et certainement en vue des législatives, les deux principaux partis de la mouvance présidentielle ont conclu un accord de gouvernance avec la FCBE.

Et si, malgré tout, aucune alliance n’obtenait de députés ? La question n’est pas théorique car en face du pouvoir se trouve un parti d’opposition, Les Démocrates, qui est bien positionné pour empêcher la mouvance, fut-elle unie. Cela alors que rien ne garantit qu’il puisse lui-même franchir la barre.

Le scénario d’un Parlement vide n’est pas expressément prévu par la Constitution. Pourtant, il mettrait le pays face à une impasse institutionnelle sans précédent. Sans représentants élus, le pouvoir législatif ne pourrait pas fonctionner : ni vote de lois, ni contrôle de l’action gouvernementale, ni adoption du budget. Une telle situation ouvrirait la voie à une crise constitutionnelle majeure.

Dans ce cas, plusieurs options s’offriraient aux autorités. La plus probable serait la convocation d’élections partielles ou anticipées, après une révision d’urgence du Code électoral. Une autre hypothèse serait le maintien provisoire de l’actuelle législature, le temps de réorganiser le scrutin. Mais cette mesure serait politiquement risquée : elle pourrait être perçue comme un prolongement illégal du mandat des députés sortants.

Au-delà du risque juridique, le vide parlementaire aurait des conséquences profondes sur la stabilité du pays. Le gouvernement, privé de contre-pouvoir, fonctionnerait dans un cadre institutionnel affaibli. L’image internationale du Bénin, souvent cité comme modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, pourrait s’en trouver ternie.

Pierre MATCHOUDO

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