Menstruation et politiques publiques : Un colloque pour changer de paradigme
Le Colloque national scientifique sur les enjeux publics de la gestion menstruelle a refermé ses portes, vendredi 19 décembre à Cotonou, après quatre jours d’échanges denses et engagés. Ouvert le 16 décembre, ce rendez-vous inédit a placé au cœur du débat national une question longtemps confinée au silence : la menstruation, désormais reconnue comme un enjeu majeur de santé publique, de justice sociale, de dignité humaine et d’égalité de genre.
La première édition du Colloque national scientifique sur les enjeux publics de la gestion menstruelle (COSDIM), organisée par l’Ong Filles en Actions en partenariat avec l’Institut national de la femme (INF), a rassemblé chercheurs, responsables institutionnels, acteurs de la société civile et partenaires techniques autour d’une approche résolument transversale. Santé, droit, éducation, économie, sociologie, environnement, culture et technologies ont ainsi été mobilisés pour analyser les multiples dimensions de la justice menstruelle et ses implications sur le développement humain. Au fil des communications et des débats, un consensus s’est dégagé : l’absence de politiques publiques structurées en matière de gestion menstruelle constitue un frein à l’égalité des chances. Parmi les recommandations phares issues des travaux figurent la conduite d’une étude nationale destinée à évaluer les coûts directs et indirects liés à la menstruation, ainsi que leur intégration dans les cadres de planification budgétaire. Les participants ont également plaidé pour un accès subventionné, voire gratuit, aux produits menstruels, afin de réduire les inégalités sociales et territoriales.
L’impact de la menstruation sur la scolarité des filles et la productivité en milieu professionnel a été largement documenté, tout comme la nécessité de reconnaître la dignité menstruelle comme un droit fondamental, susceptible de protection juridique. La documentation systématique des violations de ce droit a été recommandée, en vue d’alimenter les réformes normatives et de soutenir les mécanismes de redevabilité.
A la clôture des travaux, la présidente de l’INF, Huguette Bokpè Gnacadja, a insisté sur le rôle stratégique des leaders communautaires et religieux, des éducateurs et des agents de santé de proximité, appelés à déconstruire les tabous persistants et à favoriser l’appropriation sociale des droits liés à la menstruation. La secrétaire générale adjointe du ministère des Affaires sociales et de la Microfinance, Sakinatou Gambari Imorou Adégoutè, a pour sa part salué une initiative qui a permis de « briser le silence » et de poser les jalons d’une justice menstruelle inclusive, réaffirmant l’engagement de l’État à travers des programmes ciblés en faveur des filles et des femmes vulnérables.
Patrice ADJAHO