Premier Réveillon de l’Eloignement : Les Voix du Bénin au Cœur de la CAN 2025
La nuit du 31 décembre 2025 a une saveur particulière au Maroc. Dans l’air frais de l’hiver nord-africain, mêlé aux effluves des cafés et aux rires lointains, une petite communauté vit une Saint Sylvestre inédite. Ils ne sont pas touristes, ni exilés. Ils sont les yeux et les voix du Bénin, une délégation de journalistes venus couvrir la Coupe d’Afrique des Nations 2025, très engagée dans le sillage de leurs héros nationaux, les Guépards. Loin des effusions familiales de Cotonou ou de Porto-Novo ou Calavi et autres, loin du tintement des bouteilles de bières partagées sur les terrasses, ils accueillent la nouvelle année dans une bulle professionnelle teintée de nostalgie et de patriotisme.
Parmi eux, Venance Agodokpessi, reporter radio à la voix habituellement tonitruante, observe le ciel étoilé de Rabat depuis son balcon d’hôtel. « À cette heure-ci, chez moi, les enfants crient, la musique de Zeynab monte dans le ciel et l’odeur de l’igname frit embaume toute la rue. Ici, le silence est presque assourdissant. C’est un contraste étrange », confie-t-il, le téléphone portable à la main, prêt à transmettre un message vocal à sa famille. Pour lui, ce réveillon solitaire est un sacrifice consenti, mais profondément senti. « On parle souvent des joueurs qui sacrifient leur confort, et c’est vrai. Mais nous aussi, nous sommes en mission. Notre famille comprend cette absence, mais le cœur, lui, a du mal à suivre le calendrier. Minuit sera moins une fête qu’un compte à rebours vers le prochain match, vers le prochain élément à monter. La mélancolie, on la transforme en carburant pour le travail. », renchérit Rodrigue Herman Amégan, de la télévision Nationale (Bénin Tv).

Cette alchimie des sentiments, Aron Lawani, photojournaliste, la vit à travers son objectif. Pour lui, la Saint Sylvestre se prépare dans les coulisses du camp des Guépards. « Capturer le dernier entraînement de l’année, les sourires un peu tendus des joueurs, les encouragements des staffs, c’est ma façon de célébrer. Je ne photographie pas la fête, je photographie l’histoire en train de s’écrire. Ce soir, quand j’appellerai mes sœurs, je ne leur parlerai pas du vide, mais de la fierté d’être ici, témoin de l’effort national. Leur joie à elles devient la mienne. C’est une communion différente, étirée sur des centaines de kilomètres, mais réelle. »
L’idée de communion est centrale. Dans l’hôtel pris pour la durée de la compétition, plusieurs sont-ils à organiser un modeste repas. Pas de grand festin, mais des plats simples, partagés. Pour Anselme Houénoukpo, de l’Evénement Précis « Vivre le réveillon loin de chez soi, c’est une épreuve pour l’âme. Mais regardez nous ce soir. Nous ne sommes pas seuls. Nous formons une famille de circonstance, une famille de passion et de devoir ». Abdul Fataï Sanni du quotidien du service public La Nation abonde dans le même sens : « Nos proches sont absents, mais le Bénin est présent. Il est dans nos conversations, dans nos analyses du match à venir, dans nos espoirs fous. Vivre cela, c’est comprendre que le patriotisme n’est pas qu’un mot des discours ». Dicorel Zohou de Radio de Cotonou ajoute : « C’est ce lien qui nous unit à des compatriotes autour d’un projet commun, même si vous êtes sur une terre étrangère. Les joueurs le vivent sur le terrain, nous le vivons en tribune de presse. »

Cette nuit de transition entre deux années devient ainsi une cérémonie intime de réaffirmation. Chacun, dans son fort intérieur, fait le bilan. Pour Pérez Lèkotan, patron du site Beninsport, c’est une première : « Pour la première fois depuis ma naissance, je célèbre les fêtes de fin d’année loin de mon pays, loin des miens, loin de mes repères. Ce n’est pas facile, mais c’est une étape, une expérience, un chemin que la vie m’invite à emprunter. Même à des kilomètres, mon cœur reste profondément attaché à ma terre, à ma culture, à ceux que j’aime ».
Hilary Christelle Tolo Kpadonou confie : « Mon premier réveillon sans ma mère. C’est dur. Mais quand je vois l’énergie que déploie notre équipe, la détermination des joueurs qui, eux aussi, sont loin des leurs, je me sens investie d’une responsabilité. Raconter leur parcours, c’est ma manière de contribuer à l’aventure. Alors oui, je suis triste, mais cette tristesse est noble. Elle a un sens. ». Roméo Aklozo, discret lâche en souriant : « Cette expérience mérite d’être vécue ». Bernol Djogbé, Cadreur à la télévision Nationale du Bénin, Fifaten Loic Kpipkpidi et Ange Gnacadja, photojournaliste, le recordman de la CAN, sirotent une bonne bière pour chanter les merveilles de Dieu. En cet instant, Karol Sékou (Le Matinal), Candide Hounhinto (Canal 3 Tv), Edmond Houéssikindé (La Voix de la Vallée), Achraf Aboubakar (Bénin Bouge), Diany Ben Kpossou (Carrefour Tv), Léonard Sonéhekpon (Bip Radio), Marc Agblo (Radio Tokpa), Prosper Vondjehounko (Capp FM) prenaient du plaisir à discuter autour des enjeux de lCette CAN 2025. Géraud Viwami de Bj Foot toujours serein contemple ses fiches de statistiques. Fidèle à lui-même et à sa foi, Bruno Souali, le pasteur formule cette prière à l’endroit de ses confrères et consœurs : « Chers confrères et sœurs avec qui j’ai partagé ce réveillon si spécial loin de notre terre natale, que cette prière du cœur nous unisse encore. Seigneur, je te rends grâce pour la fraternité vécue au Maroc, pour ces visages devenus famille le temps de cette CAN, protecteur de nos âmes et de nos missions. Garde nos pas et nos paroles, que notre travail ici, dans la ferveur du stade, soit toujours une offrande d’excellence et de vérité pour notre cher Bénin ».

Quelques minutes après, l’appel des familles, à l’heure du décompte, résonne comme un chœur dispersé. Les écrans des smartphones s’illuminent, les visages se radoucissent. Les « Bonne année ! » fusent, entrecoupés de rires un peu forcés pour cacher l’émotion. Puis, après les connexions coupées, le silence retombe. Mais il n’est plus le même. Il est chargé d’une nouvelle énergie. La nostalgie a été partagée, exorcisée en groupe.
Le 1er janvier à 12h30, le chasseur d’images, Mabrouck Gbadamassi, a organisé une séance photo à toute la presse béninoise présente à Casablanca : « Vous êtes ceux qui nous informent, vous devez aussi être à la lumière avec de belles images de vous »
Dès ce vendredi 2 janvier, les discussions tourneront autour de la tactique à adopter face au prochain adversaire, des dernières informations sur la forme d’un titulaire, du calendrier des conférences de presse. La vie normale, leur vie de reporter en tournoi majeur, aura repris ses droits. Mais ils garderont au fond d’eux la trace de cette nuit unique.
Ils sont les chroniqueurs discrets d’une aventure collective. Leur fête n’a pas eu de feux d’artifice mais elle a eu la flamme de l’engagement. Leur toast n’a pas été porté avec du champagne, mais avec l’espoir têtu d’un parcours héroïque des Guépards. Leur cadeau de nouvel an, à eux et à leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, est la promesse de récits authentiques, nés dans la chaleur des stades marocains et dans le creuset de l’éloignement assumé.
Damien TOLOMISSI