Isaac : L’Ami des tortues

 Isaac : L’Ami des tortues

Sur la plage de Enagnon, dans le quatrième arrondissement de Cotonou, existe un lieu unique où la nature et la dévotion se rencontrent. Il s’agit d’un sanctuaire dédié à la protection des tortues, en particulier des tortues marines. Dans cet espace, ces animaux majestueux, aussi appelés chéloniens, sont protégés et même vénérés par un homme au parcours extraordinaire, Isaac Adanmitondé. Depuis plus de vingt ans, sans jamais faiblir, il consacre son existence à cette mission. Son histoire est un exemple poignant d’engagement individuel pour la préservation de la biodiversité.

Isaac, souvent surnommé Monsieur Tortue, répond avec simplicité et gentillesse à ceux qui l’interpellent. Âgé d’une quarantaine d’années, il mesure environ un mètre soixante-quinze, son teint est bronzé par les heures passées au soleil et ses yeux, toujours mi-clos, semblent scruter l’horizon avec une sérénité particulière. Tout chez lui évoque une harmonie avec les éléments. Isaac est un éco gardien, forgé par la nature et porté par une conviction profonde. À ce jour, selon ses propres estimations, il a sauvé et réhabilité plus de quatre mille tortues. Ce chiffre impressionnant témoigne d’un dévouement absolu.

Le plus remarquable est que cet homme n’a suivi aucune formation académique pour accomplir ce travail. Il puise son inspiration et sa force dans une foi vivante. Un jour, il a eu une vision qui a orienté sa vie. Comme il aime à le raconter, c’est Dieu qui l’a inspiré et a conduit ses pas vers les tortues. Depuis cette révélation, Isaac, qui est un fidèle membre du christianisme céleste, une Église fondée par le prophète Samuel B. Joseph Oshoffa, avance avec la certitude d’accomplir une mission qui le dépasse. Sa foi et son action environnementale sont indissociables, formant un tout cohérent qui donne un sens à chaque geste.

Concrètement, sa mission consiste à protéger les tortues marines et à les réhabiliter le long des côtes béninoises. Son travail est multiple et exigeant. Pendant la saison des pontes, qui s’étend généralement de septembre à novembre, Isaac parcourt inlassablement la plage du Littoral, de Sèmè Podji à Fidjrossè. Il suit les traces laissées par les tortues pondeuses, repère les nids et récupère les œufs avec une infinie précaution. Le but est de les soustraire aux nombreux dangers qui les guettent : les prédateurs naturels, mais surtout les braconniers et certains collectionneurs peu scrupuleux attirés par ces animaux, les Testudines.

Une fois collectés, les œufs sont soigneusement placés dans des incubateurs aménagés à cet effet, à l’abri dans son sanctuaire. Après une période d’incubation nécessaire, les bébés tortues voient le jour sous sa surveillance attentive. Isaac veille alors à leur croissance et à leur préparation avant de les relâcher dans l’océan, moment d’émotion intense où la vie reprend son cours naturel. Son action ne se limite pas aux tortues marines. Il a également étendu son sacerdoce aux tortues d’eau douce des bas-fonds. On peut en observer dans des bacs spécialement installés sous un hangar érigé sur la plage, où elles reçoivent des soins adaptés.

Le défi quotidien d’Isaac

Le défi quotidien d’Isaac est de taille. Il doit constamment rester vigilant face au braconnage et à l’indifférence. Pourtant, son énergie ne fléchit pas. Son dévouement est reconnu localement et commence à attirer l’attention au-delà des frontières. Pour assurer la pérennité de son action, Isaac a développé une activité de visites guidées. Des touristes, nationaux ou étrangers, viennent lui rendre visite sur la plage de Enagnon pour découvrir son sanctuaire. Ces visites, parfois rémunérées, lui procurent des ressources modestes mais essentielles. Elles lui permettent de financer la nourriture et les soins pour les tortues, d’améliorer les installations et de subvenir à ses propres besoins quotidiens. Cet autofinancement ingénieux illustre sa débrouillardise et son profond attachement à sa mission.

L’histoire d’Isaac Adanmitondé est bien plus qu’un simple récit de protection animale. C’est une leçon d’humanité et de résilience. Elle montre comment une conviction personnelle, nourrie par la foi et l’amour de la nature, peut transformer un espace et avoir un impact tangible sur la préservation d’une espèce vulnérable. Dans un monde où la biodiversité est souvent menacée par l’activité humaine, des initiatives comme la sienne sont des lueurs d’espoir. Elles rappellent que chaque individu peut, à son échelle, devenir un gardien de la planète.

Arnaud ACAKPO (Coll)

Articles similaires