Elections communales du 11 janvier 2026 au Bénin : Comprendre la règle des deux fois 10%

 Elections communales du 11 janvier 2026 au Bénin : Comprendre la règle des deux fois 10%

Le 11 janvier 2026, les électeurs béninois ont voté pour choisir leurs députés et leurs conseillers communaux. Ces élections obéissent à des règles bien précises définies par le Code électoral de 2019. Un mécanisme en particulier, la double exigence de 10% des suffrages, constitue le cœur du système. Selon Franck Kinnivo, expert en communication et en décentralisation, il est essentiel de comprendre ce mécanisme pour saisir les enjeux de la vie politique locale au Bénin.

La loi qui régit aujourd’hui toutes les élections au Bénin est le Code électoral de 2019. Ce texte a profondément modifié l’organisation des scrutins, y compris les élections communales et municipales destinées à désigner les conseillers locaux dans les 77 communes du pays. L’objectif déclaré de cette réforme est de simplifier le paysage politique et de favoriser l’émergence de partis forts, disposant d’une assise nationale réelle.

Pour qu’un parti politique puisse obtenir des sièges au sein d’un conseil communal, il doit franchir non pas une, mais deux barrières électorales successives. La première barrière est le seuil national de 10%. Selon l’article 184 du Code électoral, seules les listes ayant obtenu au moins 10% des suffrages valablement exprimés à l’échelle du pays sont agréées et peuvent prétendre à des sièges. Un parti peut arriver en tête dans plusieurs villages ou arrondissements, mais s’il ne dépasse pas les 10% au niveau national, il n’aura aucun élu nulle part. Cela transforme les élections locales en un scrutin fortement nationalisé.

Pour les partis ayant franchi ce premier seuil national, un deuxième filtre s’applique dans chaque arrondissement, c’est-à-dire la circonscription de vote. L’article 187 du Code précise que seules les listes ayant obtenu au moins 10% des voix dans un arrondissement donné peuvent participer à la répartition des sièges locaux. Un parti peut donc être fort au niveau national mais trop faible dans un arrondissement précis pour y obtenir un siège. Ce double verrou signifie qu’un parti doit à la fois avoir une audience nationale significative et une implantation locale suffisamment solide dans chaque zone où il souhaite être représenté.

Une fois établie la liste des formations éligibles, celles ayant passé les deux seuils dans l’arrondissement, les sièges du conseil sont attribués selon des scénarios précis. Le premier scénario survient lorsqu’une liste agréée obtient une forte majorité. Si elle remporte la majorité absolue, soit plus de 50% des suffrages, ou à défaut plus de 40% dans l’arrondissement, elle reçoit d’office la majorité absolue des sièges à pourvoir. Les sièges restants sont ensuite répartis entre les autres listes éligibles.

Le deuxième scénario se produit lorsqu’aucune liste ne dépasse les 40% des voix. Dans ce cas, tous les sièges sont répartis proportionnellement entre toutes les listes éligibles, c’est-à-dire celles ayant obtenu plus de 10% des suffrages au niveau local. Il existe également un cas particulier pour les petits arrondissements où un seul conseiller est à élire. Le système y est plus simple : le candidat ayant obtenu le plus de voix et appartenant à une liste agréée au niveau national est automatiquement élu.

Ce mécanisme électoral influence profondément la stratégie des partis politiques et la représentation locale. Il encourage les formations à structurer leur action sur l’ensemble du territoire national tout en maintenant une présence effective dans chaque arrondissement. La double exigence de 10% vise à éviter une fragmentation excessive du paysage politique et à renforcer la stabilité des conseils communaux. Elle garantit que seuls les partis ayant une réelle assise et une visibilité nationale puissent accéder aux instances de gouvernance locale.

Toutefois, ce système peut aussi exclure des forces politiques émergentes ou très localisées, même si elles bénéficient d’un soutien important dans certaines zones. Il place la barre haute pour la représentation locale et nationalise en grande partie le débat lors des élections communales. Pour les électeurs, il s’agit de comprendre que leur vote local a une dimension nationale, et que le choix d’une liste doit tenir compte de sa capacité à franchir ces deux seuils.

Le Code électoral de 2019 et son dispositif de double seuil de 10% façonnent la démocratie locale béninoise. Ils reflètent une volonté de consolidation du système partisan et d’équilibre entre représentativité et gouvernabilité. La compréhension de ces règles est fondamentale pour appréhender les dynamiques politiques à l’œuvre dans les communes et pour saisir les enjeux des futurs scrutins locaux.

En attendant les résultats des élections communales et municipales du 11 janvier 2026, il faut noter qu’ils sont trois partis en lice : l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R), le Bloc Républicain (BR) et la Force Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE).

Pierre MATCHOUDO

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