Entre fierté et exigence : Le plaidoyer de Julien Minavoa
Le président du Comité National Olympique et Sportif du Bénin, Julien Minavoa, a animé le vendredi 16 janvier 2026 à Cotonou, une conférence de presse marquante au sortir de la première réunion mensuelle du bureau exécutif. L’occasion pour lui de présenter ses vœux à la presse et de partager des annonces historiques, des analyses sur le sport béninois et des messages forts à l’adresse de la classe politique.
L’événement central de cette conférence a été sans conteste la qualification historique du Bénin pour les Jeux Olympiques d’Hiver de Milano-Cortina en février 2026. Pour la première fois, le drapeau béninois flottera dans le ciel italien, faisant entrer le pays dans le cercle très restreint des nations tropicales ayant relevé ce défi. Julien Minavoa a retracé le parcours semé d’embûches qui a conduit à cette prouesse, incarnée par le skieur Nathan Tchibozo.
L’odyssée a débuté par une idée en 2021, accueillie avec scepticisme, y compris au sein de l’administration sportive. Le porteur du projet, Jean-Luc Tchibozo, et son fils Nathan, avaient alors failli voir leur rêve s’éteindre, poussant ce dernier à concourir sous les couleurs d’un pays voisin. Le vent a tourné en 2024 avec la création de l’Association Sportive de Ski d’Abomey-Calavi, rapidement reconnue par le ministère des Sports puis par le CNOS BEN en mai 2025. L’affiliation du Bénin à la Fédération Internationale de Ski en juin 2025 a ouvert la voie décisive.
La bataille la plus ardue a été celle du changement de nationalité sportive de Nathan. Face aux blocages du pays voisin, il a fallu l’intervention de la Commission Exécutive du Comité International Olympique en décembre 2025 pour confirmer le transfert au profit du Bénin, avec une exemption exceptionnelle de la règle d’inactivité de trois ans. Parallèlement, Nathan et son staff ont dû multiplier les stages et les compétitions pour compenser l’annulation de ses points précédents et finalement décrocher sa qualification. Julien Minavoa a adressé ses vives félicitations à l’athlète, à sa famille, à ses encadreurs et aux dirigeants de l’association, tout en remerciant la FIS et le CIO pour leur professionnalisme.
Cette réussite s’inscrit, selon le président du CNOS-BEN, dans une dynamique positive pour le sport national. Il a salué la politique des autorités béninoises qui, par la construction d’infrastructures et des subventions régulières, a boosté les performances. Il a cité en exemple les prestations honorables des Guépards du Bénin à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, ainsi que les participations remarquées aux grands rendez-vous continentaux récents, des Jeux Africains du Ghana 2024 aux Jeux Africains de la Jeunesse en Angola 2025. L’amélioration des relations entre le CNOS-BEN et le ministère des Sports, et la vitalité des initiatives fédérales sont également des signes encourageants.
Cependant, « cette embellie ne doit pas masquer des préoccupations profondes », a martelé Julien Minavoa. S’adressant directement à la classe politique en ces temps de consultations électorales, il a exprimé une vive déception. La campagne pour les législatives et municipales du 11 janvier 2026 a, selon lui, presque totalement ignoré la question sportive. « Cette absence est d’autant plus criante que le secteur souffre d’un cadre juridique désuet ou inexistant » a-t-il souligné.
Le Mouvement Sportif Béninois, a-t-il expliqué, attend avec impatience le vote de textes fondamentaux : une Charte Nationale des Sports révisée, une politique nationale du sport et de la jeunesse, une loi sur le financement du sport. Il a déploré que le sport soit le « cadet des soucis » dans la gestion des collectivités territoriales et appelé à un sursaut avec l’entrée en fonction des nouveaux élus locaux.

Alors que se profilent déjà l’élection présidentielle, Julien Minavoa a lancé un appel solennel aux futurs candidats. Il les a exhortés à considérer le sport comme un pilier fondamental de la nation et a énuméré une feuille de route exigeante : « voter les lois cadres, élaborer un plan stratégique de développement, définir une diplomatie sportive crédible, doter les athlètes d’élite de passeports de service, moderniser la prise en charge médicale, ressusciter le Fonds National pour le Développement du Sport, soutenir les anciennes gloires et, enfin, ériger le CNOS BEN en corps constitué de la nation ».
Entre la fierté d’une première olympique en sports d’hiver et l’appel à une reconnaissance politique plus tangible, Julien Minavoa a dressé le portrait d’un sport béninois ambitieux, en pleine croissance, mais impatient de voir ses fondations consolidées pour un avenir encore plus radieux.
Damien TOLOMISSI