Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La colère, ce virus silencieux »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La colère, ce virus silencieux »

La colère nous traverse tous un jour ou l’autre. Pourtant, rares sont ceux qui prennent le temps de comprendre son origine véritable. Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, observateur attentif de la vie intérieure et des héritages profonds que nous portons dans notre chair, livre ici une vision simple mais puissante. Selon lui, la colère n’est ni une faiblesse ni une fatalité. Elle ressemble plutôt à une infection silencieuse, une énergie ancienne déposée en nous bien avant que la situation présente ne vienne la réveiller. Loin des discours savants, il nous invite à ne plus réprimer cette force, mais à la transformer par la reconnaissance et le retour aux ancêtres. Voici sa parole, aussi claire qu’un conseil de sagesse.

« Je souhaite partager avec vous une vision de la colère. Non pas une vision savante ou compliquée, mais une vision simple, celle que j’ai construite en observant la vie, les hommes et les femmes autour de moi, ainsi que mes propres tempêtes intérieures. Nous pouvons considérer la colère comme une infection. Oui, exactement comme un microbe que l’on attraperait sans le savoir. Au début, il est discret. Puis un jour, sous l’effet d’une circonstance, il se réveille et fait des dégâts.

La colère est une énergie. Une énergie que l’être humain reçoit en lui, souvent très tôt dans sa vie, et qui demeure tapie dans un recoin de son corps et de son esprit. Elle ne disparaît pas d’elle-même. Elle attend. Elle attend qu’une situation se présente, qu’un événement vienne appuyer sur le bouton. À ce moment-là, cette énergie se manifeste brusquement. Elle peut même ressembler à une maladie qui grippe le bon fonctionnement de notre horloge intérieure. J’aime dire qu’elle agit comme une inflexion sur le tic-tac intérieur. Notre rythme se dérègle. Notre paix se brise.

Pour bien visualiser ce qu’est la colère, posons-nous une question très pratique. Que faire en général quand elle monte ? La réponse est simple à dire, mais difficile à appliquer. Il faut tout faire pour la transformer. Pas pour la cacher. Pas pour la nier. Pas pour l’exploser sur les autres. La transformer, voilà le travail.

Beaucoup de personnes pensent que réprimer la colère est une bonne solution. Elles serrent les dents, elles avalent leur rage, elles sourient à l’extérieur alors qu’à l’intérieur tout brûle. Je vous le dis clairement : vouloir réprimer la colère en soi même ne suffit pas. Cela ne suffit jamais. La colère ne doit pas être réprimée, elle doit être transformée. Pourquoi ? Parce qu’en la réprimant, elle ne meurt pas. Elle s’enfouit. Elle se cache plus profondément dans notre chair, dans notre mémoire, dans nos organes. Et plus tard, bien plus tard, elle peut engendrer quelque chose de plus grave. Une maladie du corps, une dépression de l’esprit, ou bien des situations tellement confuses que l’on ne pourra plus les relier à ce qui s’est passé à l’origine. La colère refoulée devient un poison lent.

Je compare souvent la colère à un virus. Celui qui entre en colère croit toujours avoir raison. C’est le mécanisme normal de cette énergie. Il se retrouve face à une personne ou un événement, et il dit : j’ai raison d’être en colère, regardez ce qu’on m’a fait. Mais allons plus loin que les apparences. Allons au-delà du temps et de l’espace immédiat. La véritable cause de la colère n’est presque jamais la situation présente. La colère est quelque chose qui a d’abord été installée en vous bien avant. Elle a été jetée en soi même, parfois pendant l’enfance, parfois lors d’une blessure ancienne, parfois même héritée du chemin de vos ancêtres. Le moment où elle se déclenche n’est que l’étincelle. La poudre, elle, était déjà là.

Alors comment transformer la colère ?

Je vous donne la première clé, celle qui me semble la plus importante. Il faut reconnaître que cette énergie était déjà en vous. Elle ne vient pas seulement de la personne qui vous a offensé. Cette personne n’est pas obligatoirement la cause première. Elle est une cause secondaire, un simple révélateur. La cause première est souvent très loin de la situation et de la circonstance. Elle se trouve dans votre propre histoire, dans votre propre corps. Dès que vous admettez cela, quelque chose bouge. La transformation commence au moment précis où vous vous arrêtez et vous dites : cette colère vient de moi avant de venir de l’autre.

Cette reconnaissance n’est pas une faiblesse. C’est au contraire une force immense. Quand l’homme reste dans cette attitude de reconnaissance, il se voit lui-même. Il observe la colère comme on observe un nuage passer dans le ciel. Et peu à peu, la colère disparaît. Non pas parce qu’on l’a écrasée, mais parce qu’on l’a regardée en face et qu’on a compris son origine.

Je vais plus loin. Une fois que vous avez reconnu que cette énergie est en vous, une seconde position s’offre à vous. Imaginez que Dieu, ou la vie, ou la nature selon ce que vous croyez, ne donne jamais à quelqu’un une chose qu’il ne peut supporter. Ce n’est pas une citation religieuse, c’est une simple observation de l’existence. Vous êtes capable de traverser ce qui vous arrive. Vous êtes capable de supporter cette situation. Dites-vous bien que tout ce qui vous arrive, vous pouvez le supporter. Ce n’est pas une invitation à subir en silence, mais une invitation à retrouver votre puissance intérieure.

Quand vous reconnaissez cela, alors l’énergie de colère commence à se déployer. Elle se déploie comme un souffle. Et ce souffle remonte parfois de très loin, de tes ancêtres. Oui, nos ancêtres ont connu des colères, des révoltes, des injustices. Et tout cela circule encore dans notre sang. En acceptant cette vérité, on revient doucement à soi, à son centre. Et doucement, on peut se débarrasser de ce virus. Il ne disparaît pas en un claquement de doigts, mais il s’évacue, il se dissout, il se transforme en une énergie plus calme, plus utile.

Ce que je conseille d’autres au quotidien ?

 Cherchez la paix. La paix n’est pas l’absence de colère. La paix est la capacité de sentir la colère monter et de choisir de ne pas lui obéir. C’est un travail de tous les instants. Il ne faut pas avoir honte d’être en colère. Il faut simplement apprendre à ne pas laisser cette colère vous diriger. Vous êtes plus grand qu’elle.

Pour terminer, retenez ceci. La colère est une infection, oui, mais une infection que vous pouvez soigner. Le remède n’est pas dans une pilule. Il est dans votre regard sur vous-même. Il est dans la reconnaissance humble que cette énergie vous appartient, qu’elle ne vous a pas été donnée par l’autre. Et il est dans la confiance que vous pouvez traverser n’importe quelle tempête. Nous pensons que ces éléments suffisent pour que chacun puisse avancer sur ce chemin. La paix est possible. Elle commence par une simple observation : la colère n’est pas votre ennemie, elle est une force mal orientée. Redonnez-lui son vrai visage, celui d’une énergie qui vous appelle à guérir votre propre histoire. Alors seulement, vous deviendrez vraiment libre.

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE 

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