Abdoulaye Wade : L’insatiable bâtisseur

 Abdoulaye Wade : L’insatiable bâtisseur

Le 29 mai 2026 restera une date mémorable pour le Sénégal et pour l’Afrique tout entière. Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal, a soufflé ses cent bougies. Un siècle d’existence, mais surtout un siècle d’engagement, de luttes et de passions au service de son peuple. Peu d’hommes sur le continent peuvent se targuer d’avoir traversé autant d’époques, de régimes et de combats. Lui, il a tout connu : la colonisation, l’indépendance, l’oppression politique, la prison, les défaites électorales, et enfin la victoire suprême. Son parcours est un véritable roman dont chaque page mérite d’être lue avec attention.

Abdoulaye Wade est né en 1926 à Kébémer, une petite ville du nord du Sénégal. Très tôt, son intelligence et sa soif d’apprentissage ont frappé son entourage. Il intègre l’école William Ponty de Sébikotane, non loin de Dakar, cette célèbre école qui a formé toute une génération d’élites africaines. C’est là qu’il acquiert les bases d’une rigueur intellectuelle qui ne le quittera jamais. En 1947, une bourse d’études lui ouvre les portes de la France. Le jeune homme quitte son pays pour poursuivre un cursus supérieur dans l’ancienne métropole.

Il commence par étudier les mathématiques au prestigieux lycée Condorcet à Paris entre 1951 et 1952. Mais son appétit pour le savoir est insatiable. Il s’inscrit ensuite à l’université de Besançon où il reste de 1952 à 1955, avant de rejoindre celle de Grenoble de 1958 à 1959. Étudiant brillant là où d’autres se seraient contentés d’une seule discipline, Abdoulaye Wade accumule les diplômes dans des domaines aussi variés que le droit, l’économie, la philosophie, la psychologie et la sociologie. Cette formation exceptionnelle fera de lui plus tard un orateur hors pair et un tacticien politique redoutable.

L’année 1960 est un tournant décisif. Le Sénégal obtient son indépendance. Il décide de rentrer au pays. Il ne veut pas rester en France, car son cœur bat pour l’Afrique. Il devient enseignant à l’université de Dakar, qui portera plus tard le nom de Cheikh Anta Diop. Il y donne des cours de droit tout en ouvrant son propre cabinet d’avocat. Il prête serment et devient membre du barreau de Dakar. Très vite, son nom commence à circuler dans les milieux politiques et judiciaires. Il défend notamment Mamadou Dia, le président du conseil, lors du fameux procès qui a suivi la crise politique de décembre 1962. Ce procès marque les esprits et fait entrer Abdoulaye Wade dans l’histoire politique du Sénégal.

Cependant, sa véritable aventure politique commence le 31 juillet 1974. Ce jour-là, il fonde le Parti démocratique sénégalais, le PDS. Ce parti deviendra l’instrument principal de sa conquête du pouvoir. À ce jour, il en conserve toujours la présidence, preuve de son attachement indéfectible à cette formation qu’il a portée sur les fonts baptismaux. Rapidement, le PDS s’impose comme le premier parti d’opposition face à l’Union progressiste sénégalaise, devenue Parti socialiste en 1976. Le combat est inégal, car le pouvoir en place dispose de tous les moyens. Mais Abdoulaye Wade ne recule jamais.

Deux ans après la création de son parti, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle. C’est en 1978. Face à lui, Léopold Sédar Senghor, le président poète, vénéré par la nation. La défaite est logique, mais elle n’entame en rien la détermination du candidat. Senghor quitte volontairement le pouvoir en 1980 et cède sa place à son premier ministre, Abdou Diouf. Pour Abdoulaye Wade, le combat continue. Il se représente en 1983, puis en 1988, et encore en 1993. Chaque fois, il échoue. Chaque fois, il se relève. Ses adversaires le surnomment affectueusement Ndiombor, ce qui signifie lièvre futé en wolof. Ce surnom lui a été donné par Senghor lui-même, en reconnaissance de son agilité intellectuelle et de sa persévérance.

Mais la route est semée d’embûches. Abdoulaye Wade connaît aussi la prison. Il sera incarcéré au moins trois fois au cours de sa vie. Les geôles ne l’effraient pas. Il en sort chaque fois plus déterminé à en découdre avec un système qu’il juge trop verrouillé. Il a été ministre à plusieurs reprises sous Abdou Diouf, mais ces passages au gouvernement ne lui ont jamais fait oublier son objectif ultime : la magistrature suprême.

L’année 2000 est enfin celle de la délivrance. Après plus de vingt ans d’opposition, Abdoulaye Wade bat Abdou Diouf lors de l’élection présidentielle. Diouf avait dirigé le Sénégal pendant dix-neuf ans. La victoire du candidat du PDS est accueillie par une immense vague de joie dans tout le pays. Les Sénégalais voient en lui l’homme du changement. Il devient président de la République et le restera jusqu’en 2012, date à laquelle il s’inclinera face à Macky Sall.

En dehors des victoires et des défaites, ce qui frappe chez Abdoulaye Wade, c’est cette incroyable longévité politique. Cent ans, c’est plus qu’une vie. C’est un siècle de combats pour la démocratie en Afrique. Il a commencé sa carrière à une époque où les partis uniques régnaient en maîtres. Il a contribué à ouvrir l’espace politique, à faire accepter l’idée d’une alternance pacifique et civilisée. Beaucoup lui reprochent certaines décisions de sa présidence. Mais personne ne peut nier son rôle de pionnier dans l’établissement d’un véritable jeu démocratique au Sénégal.

Aujourd’hui, le vieux lièvre futé observe le monde depuis sa retraite. Il voit un Sénégal qui a continué d’évoluer, parfois dans le calme, parfois dans la tempête. Son héritage est complexe, comme celui de tous les grands hommes. Mais une chose est sûre : sans Abdoulaye Wade, l’histoire politique du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest ne serait pas la même. Son centenaire est l’occasion de saluer la mémoire d’un combattant, d’un intellectuel et d’un bâtisseur. Puissent les jeunes générations s’inspirer de son courage et de sa foi inébranlable en l’avenir du continent.LA REDACTION

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