Paris sportifs chez les jeunes béninois : Un phénomène à encadrer pour éviter le désastre
Aujourd’hui au Bénin, le pari sportif n’est plus juste un jeu. C’est devenu un réflexe pour beaucoup de jeunes entre seize et trente ans. Dans les cours, dans les maquis, sur les groupes WhatsApp, on ne parle plus seulement de football, on parle de cotes, de paris combinés, de gains possibles. Entre espoir de gain rapide et risque d’addiction, cette activité divise profondément les familles et les consciences. Si elle apporte un peu de divertissement et parfois un peu d’argent, elle menace aussi l’avenir d’une génération entière.
Il faut reconnaître que les paris rendent les matchs plus palpitants. Dans les maquis et sur les réseaux sociaux, les jeunes débattent avec passion des cotes, des équipes favorites, des surprises possibles. Cela crée du lien social autour du sport, une complicité entre amis, une animation dans les quartiers. Pour des étudiants ou des débrouillards, un petit gain permet parfois de payer le transport, les unités de téléphone, d’aider la famille pour une dépense urgente ou de faire la vie le temps d’un weekend. Autrement dit, cela représente une aide financière ponctuelle qui peut soulager au quotidien. Aïcha, vingt ans, étudiante, témoigne : « Je mets cinq cents francs de temps en temps. Quand ça passe, je m’achète des fournitures scolaires. Mais je me suis fixé une règle : jamais plus de deux mille francs par semaine. » Cette discipline est louable, mais elle est malheureusement rare.
Peu de jeunes respectent cette règle. La tentation est trop forte, l’illusion trop séduisante. Marc, vingt-quatre ans, à Cotonou, raconte avec honte : « J’ai vendu mon portable pour jouer. J’ai perdu. J’ai menti à ma mère pour avoir de l’argent. Aujourd’hui j’ai honte mais je n’arrive pas à arrêter. » Son histoire est malheureusement courante. Le pari crée une illusion dangereuse, celle de croire que l’on va gagner au prochain match. Cette croyance entraîne des dettes, des vols dans les familles, des arnaques entre amis, et parfois même le décrochage scolaire. Pourquoi faire trois ans de formation quand on pense pouvoir gagner deux cent mille francs en quatre-vingt-dix minutes ? Cette question, beaucoup de jeunes se la posent et abandonnent les études ou refusent les petits boulots jugés trop pénibles pour un salaire modeste. Les conséquences sociales sont énormes : des conflits familiaux violents, une dépression silencieuse, un isolement progressif, et une perte de repères. Et l’État, dans tout cela, perd une jeunesse moins productive, plus dépendante, moins engagée dans la construction nationale.
Quel est donc le rôle de l’État et des parents pour que les paris restent un loisir et non un piège ?
Il va falloir que l’État puisse agir à deux niveaux essentiels. D’abord, il doit pouvoir réguler et contrôler davantage le secteur, en imposant l’âge minimum de dix-huit ans strictement dans les agences de paris. Il doit fermer les sites illégaux qui pullulent sur internet et sanctionner fermement la publicité agressive qui cible les jeunes sur TikTok et Facebook avec des promesses de richesse facile. Ensuite, l’État doit organiser des campagnes de sensibilisation dans les écoles et universités pour dissuader les élèves et étudiants, en leur montrant les risques réels et les conséquences dramatiques. Mais réguler ne suffit pas. Il faut aussi faire des propositions alternatives. Financer des centres de formation professionnelle, organiser des concours d’entrepreneuriat jeunes, développer des compétitions sportives sans pari, par exemple. Si le jeune a un projet concret, il pensera moins au coupon. Une idée judicieuse serait d’utiliser une partie des taxes prélevées sur les sociétés de paris pour financer le sport scolaire et la prévention de l’addiction. Ainsi, ce fléau pourrait devenir une ressource pour le bien commun.
Au lieu d’interdire brutalement, ce qui serait inefficace, les parents doivent expliquer à leurs enfants les risques néfastes. Ils peuvent proposer d’autres activités comme le sport en club, l’apprentissage d’un métier manuel, l’aide dans le commerce familial. Car un jeune occupé et épanoui joue moins. Ils peuvent surveiller les dépenses d’argent de poche et les traces suspectes sur le téléphone. Et si l’addiction est déjà là, il faut chercher de l’aide, parler à un aîné respecté, ou consulter un psychologue. Mme Adjovi, mère de trois enfants, témoigne avec fierté : « J’ai vu que mon fils jouait. On s’est assis. Je lui ai dit : mets l’argent que tu veux perdre dans une tirelire pour ton projet de soudure. Quatre mois après, il a acheté ses outils. Il ne joue presque plus. » Cette sagesse parentale est une clé. La vraie solution est l’encadrement, la prévention et l’accompagnement. Les parents doivent écouter et guider avec bienveillance. Et le jeune doit apprendre une règle simple, parier pour s’amuser, pas pour vivre. Car le meilleur investissement, ce n’est pas un coupon à dix équipes. C’est sur soi-même, sur ses compétences, sur son avenir durable.
F. AKODODJA


