Romuald Wadagni au Rwanda : La diplomatie du concret
Il y a des voyages qui se racontent en une phrase. Celui de Romuald Wadagni au Rwanda mérite mieux. Le président béninois est arrivé à Kigali le mercredi 16 septembre 2026 pour deux jours de travaux, de souvenirs et de signatures. C’est sa première visite officielle dans ce pays depuis son installation au pouvoir en mai dernier. Paul Kagame l’a accueilli lui même. Une foule nombreuse est venue saluer ce moment.
Romuald Wadagni n’est pas un homme d’Etat qui se contente d’un sourire de circonstance. Depuis le 24 mai, date de sa prise de fonction, il avance avec une méthode simple : ne rien laisser au hasard. Son passage à Kigali en dit long sur cette manière de faire. Là où certains se contenteraient d’une poignée de main et d’une photo, lui veut laisser une trace. Sa main passe et repasse sur chaque dossier. Le premier dossier est celui du souvenir. Le chef de l’État béninois se rend au Mémorial du génocide de Kigali, à Gisozi. Ce lieu ouvert en 2004 garde la mémoire de plus de 250 000 victimes du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. On y trouve des expositions, des archives, les récits des survivants et des jardins du recueillement. S’y incliner n’est jamais un geste vide. C’est une manière de dire que le Bénin comprend la douleur d’un peuple et respecte son histoire.
Mais le voyage ne s’arrête pas aux fleurs déposées. Romuald Wadagni est un homme de dossiers. Après l’hommage vient le travail. Les délégations des deux pays se retrouvent autour d’une table. Des accords seront signés au terme des échanges. On parle de commerce, d’investissements, de tourisme, de transport aérien, de textile et de lutte contre le terrorisme. Autant de chantiers qui touchent directement la vie des citoyens.
L’histoire entre Cotonou et Kigali ne date pas d’hier. En avril 2023, Paul Kagame avait fait le déplacement du Bénin à l’invitation de Patrice Talon. Dix instruments de coopération avaient été paraphés. On y trouvait un accord pour éviter la double imposition, des accords de coopération générale et des services aériens. La machine était lancée. Elle n’a jamais vraiment ralenti.
Il faut remonter plus loin pour comprendre. Les 29 et 30 septembre 2017, les deux pays tenaient à Rubavu la première session de leur Grande commission mixte de coopération. Les technologies de l’information et de la communication, le cadastre, l’environnement et le développement durable figuraient déjà parmi les priorités. Huit ans plus tard, le chantier reste ouvert. Romuald Wadagni vient y poser sa pierre.

Sa méthode saute aux yeux. Quand il est arrivé au pouvoir, il n’a pas attendu pour regarder du côté de Kigali. En mai 2026, lors de sa cérémonie d’investiture, le Premier ministre rwandais Justin Nsengiyumva était à Cotonou pour représenter Paul Kagame. Kigali avait présenté cette présence comme un signe fort. Quatre mois plus tard, le président béninois rend la politesse en personne. Rien n’est laissé au hasard. Cette manière de faire rappelle celle d’un artisan. Il ne se contente pas de poser la première brique. Il vérifie le ciment, l’alignement, la solidité de l’ensemble. Sur le plan diplomatique, cela se traduit par une présence constante. Le Bénin veut être là où se décident les choses. Il veut parler à ceux qui comptent. Il veut signer, écouter, apprendre et proposer.
Le Rwanda, de son côté, n’est pas un partenaire ordinaire. C’est un pays qui a reconstruit son économie avec discipline. Il attire les investisseurs, développe ses services et soigne son image. Pour Cotonou, s’en rapprocher, c’est ouvrir une porte vers de nouvelles opportunités. Pour Kigali, tendre la main au Bénin, c’est élargir son réseau en Afrique de l’Ouest. Les deux hommes ont eu un entretien à huis clos. Aucun détail n’a filtré. Mais les gestes parlent. Un accueil à l’aéroport, une délégation fournie, une visite au mémorial, une séance de signatures. Tout cela dessine une diplomatie active, concrète, sans geste inutile. Romuald Wadagni ne voyage pas pour remplir un agenda. Il voyage pour construire. Le Bénin veut compter. Il veut être présent sur les grands sujets du continent. Il veut travailler avec ceux qui avancent. Et pour cela, il faut du temps, des voyages, des conversations et de la patience. Le chef de l’Etat béninois semble avoir compris cette leçon. Il avance pas à pas, sans bruit, mais sans reculer.
Quand il repartira de Kigali, il laissera derrière lui des accords signés et un souvenir respectueux. Mais il laissera surtout une impression : celle d’un dirigeant qui ne veut rien laisser au hasard. Partout où sa main peut passer et repasser, elle passera. C’est peut-être cela, la vraie diplomatie.
Damien TOLOMISSI


