Abdoulaye Ouzérou : « On va continuer à travailler »

 Abdoulaye Ouzérou : « On va continuer à travailler »

Le sélectionneur des Amazones U20, Abdoulaye Ouzérou, était sur Bénin TV. Il a parlé de la Coupe du Monde Féminine U20 de la FIFA, Pologne 2026. Il a raconté un parcours exceptionnel. Ses mots montrent la fierté, la lucidité et l’ambition. Voici ses propos.

Le technicien béninois a d’abord tenu à saluer la performance de ses joueuses : « C’est vrai, ce n’est déjà pas mal de sortir parmi les 54 pays africains, de terminer quatrième et de se qualifier pour la Coupe du Monde. Mais nous avons quand même été confrontés à un niveau très, très élevé. » Il savait que la tâche serait rude. « Je m’y attendais. Je connais quand même ce football depuis quelques années, parce qu’on a joué contre des professionnelles. Pendant ce temps, j’ai encore sept filles qui sont au collège, en classe de troisième. Quand vous êtes en troisième, que vous vous entraînez deux fois par semaine et que vous jouez contre des filles qui ont sept séances par semaine et un match à haute intensité toutes les fins de semaine, c’est compliqué. » Malgré cet écart, Abdoulaye Ouzérou garde confiance : « Mais je pense sincèrement qu’on a une carte à jouer, parce qu’on a quand même fait de belles choses sur le continent et qu’aujourd’hui, on se positionne très, très bien. Il va falloir simplement renouveler ce genre de participation. » Il prend l’exemple du Mexique pour mesurer le chemin à parcourir : « Quand je prends le Mexique, contre qui on a joué et fait deux buts partout, c’était leur onzième participation consécutive. Cela représente 22 ans de haut niveau. 22 ans, ce n’est pas rien. »

Le jeune sélectionneur rappelle ensuite les débuts difficiles de cette équipe : « Il y a cinq ans, je l’ai dit, l’équipe n’existait pas. Je l’ai menée au Niger pour son premier match officiel. Donc, en cinq ans, arriver à une Coupe du Monde. Je le répète, peut être que parfois certains ne mesurent pas la grandeur de la chose, mais c’est extraordinaire. Parce qu’il y a encore trois ans, on n’arrivait pas à aligner deux passes. Aujourd’hui, on est à une Coupe du Monde, on fait rêver les gens. » L’homme rend hommage à ses joueuses : « Donc moi, j’ai juste envie de remercier ces filles là, parce qu’elles ont beaucoup progressé. Il me reste beaucoup à faire. Le niveau est vraiment très, très élevé, tactiquement, techniquement et même physiquement, où nous étions en difficulté. »

Il dénonce aussi certains préjugés. « Pourtant, les stéréotypes voudraient que les Africains soient toujours automatiquement, dès qu’on voit un Africain, beaucoup plus forts physiquement qu’un Blanc. C’est un stéréotype qui a été bafoué, parce que même physiquement, les plus coriaces, comme Germaine ou Romaine, ont eu des difficultés. Elles n’ont jamais connu le travail en salle de musculation, alors que c’est une exigence au niveau du football féminin international, avec trois séances de musculation par semaine. Donc vous voyez un peu là où on s’est situé. Et je pense qu’on va y arriver, parce qu’on travaille très dur. », a-t-il confié. Sur le plan personnel, le sélectionneur parle d’une vraie croissance : « Forcément, humainement déjà, j’ai grandi, parce que j’ai passé quand même sept semaines à peu près avec ces filles. J’ai vécu des choses exceptionnelles. Exceptionnelles. Une vraie vie de famille. Et après ça, techniquement, oui. Parce que quand vous vous confrontez à ce genre d’équipe, que vous voyez autour de vous le comportement des staffs adverses, du sélectionneur adverse, et que vous voyez le niveau d’exigence sur le terrain, forcément, vous vous imprégnez de tout cela. »

Il se projette déjà : « On va continuer à travailler. Moi, je suis du genre à toujours vouloir travailler, à aller vers les autres et essayer de savoir comment ça se fait. Parce que quoi qu’on me dise, je suis un jeune coach. Je suis très, très jeune dans le métier. J’ai commencé, je dirais, avec beaucoup de succès, parce qu’automatiquement les résultats sont arrivés. Donc c’est souvent difficile après, parce que quoi qu’il arrive, vous tomberez. Voilà, ça fait partie du métier et je m’attends à cela. Aujourd’hui, j’aspire à aller encore faire des stages, beaucoup de stages en immersion en Europe, et aussi à finir ma formation au niveau de la Licence CAF A dans les plus brefs délais. »

L’ambition reste intacte. « Je pense que l’histoire ne fait que commencer. Germaine l’a dit, on ne va pas travailler en secret. On a toujours été pleins d’ambition. Il y a cinq ans, je disais qu’on pouvait aller à une Coupe du Monde U20. Beaucoup ont rigolé. Aujourd’hui, c’est fait. Il y a cinq ans aussi, je disais que j’avais envie de former ces filles là, parce que je les ai prises à quinze seize ans, pour qu’on puisse avoir une équipe A de très, très haut niveau dans les prochaines années. Nous n’en sommes pas loin. L’objectif, aujourd’hui, ce sera de se qualifier pour la Coupe d’Afrique des Nations chez les A et aussi, pourquoi pas, pour une Coupe du Monde chez les A. Je sais que nous pouvons le faire. Nous pouvons le faire et je sais qu’on a de braves filles qui vont nous permettre d’arriver à ce niveau. », a-t-il souligné.

Interrogé sur son avenir, il reste prudent : « Difficile de le dire. Personnellement, je sais ce que j’ai envie de faire, c’est vrai, mais il faudrait quand même que j’aie une forme de discussion avec mon administration et qu’on en discute clairement. Vous savez, il y a beaucoup de jeunes de mon âge, entraîneurs de football, qui ont envie de faire ce métier et qui ont envie d’être à cette place là. Donc, si demain je n’étais plus là, je serais bien content d’avoir quand même hissé cette équipe à ce niveau. Et si je dois aller sur d’autres terrains, il n’y a pas de problème. Pour moi, en fait, la porte est ouverte. Il faudra quand même que ce soit confirmé d’abord, après une discussion avec mon administration, pour savoir si j’ai encore ma place là ou pas. »

R. AKLOZO

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