Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La méfiance, ce poison tranquille »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La méfiance, ce poison tranquille »

Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, dont le cœur a traversé plusieurs saisons, met en garde contre un mal discret mais très dangereux. Il dit que la méfiance ronge les relations comme l’eau finit par creuser la pierre. Née d’une blessure ou d’une promesse trahie, elle transforme la prudence en prison. Elle détruit la famille, le village et la nation. Pourtant, les ancêtres ont légué une confiance simple et intelligente. Face aux rumeurs modernes, il invite à distinguer sans condamner. La méfiance est une réaction. La confiance est une décision. Il propose de saluer, de féliciter, de tenir ses promesses pour reconstruire doucement l’estime.

« Écoutez-moi bien, vous qui êtes venus chercher une parole vraie. Dans ma longue marche sur cette terre, j’ai observé les hommes et les femmes, leurs joies, leurs colères, leurs espoirs et aussi leurs peurs. Aujourd’hui, je veux vous parler d’un mal discret mais très dangereux. Ce mal s’appelle la méfiance. Il ne fait pas de bruit au début, mais il ronge les relations comme l’eau qui tombe goutte à goutte finit par creuser la pierre.

La méfiance naît souvent d’une blessure. Un jour, quelqu’un vous a trompé. Un autre jour, on vous a promis quelque chose que l’on ne vous a jamais donné. Peu à peu, votre regard change. Vous cessez de croire les paroles aimables. Vous doutez des sourires. Vous cherchez toujours le défaut caché derrière chaque geste. Ce n’est pas de votre faute, bien sûr. La vie vous a appris à être prudent. Mais attention, car la prudence devient parfois une prison.

Lorsque la méfiance s’installe dans une famille, les frères et sœurs ne se parlent plus vraiment. Ils échangent des phrases polies, mais leurs cœurs restent fermés. Lorsqu’elle s’installe dans un village, les voisins s’observent sans se saluer. Les regards se croisent sans chaleur. Et lorsqu’elle s’installe dans une nation, les citoyens ne croient plus en leurs chefs, les chefs ne croient plus en leurs conseillers, et chacun vit dans sa petite forteresse. C’est ainsi que le lien social se défait, comme un tissu dont on aurait tiré sur un fil.

Pourtant, nos ancêtres nous ont légué une sagesse précieuse. Ils disaient que la vie en communauté repose sur une confiance simple. Quand vous prêtez votre pilon à votre voisine, vous savez qu’elle vous le rendra. Quand vous confiez votre enfant à votre frère, vous savez qu’il veillera sur lui. Cette confiance n’est pas naïve. Elle est intelligente. Elle reconnaît que les hommes peuvent faire des erreurs, mais elle croit aussi qu’ils peuvent se rattraper. La méfiance, elle, ne laisse aucune chance à l’autre. Elle condamne avant même d’avoir jugé.

Je sais que le monde d’aujourd’hui n’est pas celui de mon enfance. Les rumeurs courent plus vite que le vent grâce aux petites machines que vous tenez dans la main. On vous raconte des histoires fausses. On vous montre des images trompeuses. On veut vous faire peur pour mieux vous contrôler. Dans ce tourbillon, il est facile de perdre ses repères. Beaucoup d’entre vous se disent qu’il vaut mieux ne faire confiance à personne. Ils pensent ainsi se protéger. Mais je vous le demande, que protégez-vous exactement ? Votre corps peut être en sécurité, mais votre âme, elle, devient solitaire.

Une société où tout le monde se méfie de tout le monde est une société malade. Les projets n’avancent pas, car personne n’ose s’associer à un autre de peur d’être trahi. Les paroles restent coincées dans les gorges, car on craint qu’elles ne soient utilisées contre nous. Les mains ne se tendent plus, car on imagine un piège dans chaque poignée de main. Regardez autour de vous. Combien de belles idées sont mortes simplement parce que les hommes ne se faisaient pas assez confiance ?

Que faire alors ?

Doit-on tout accepter les yeux fermés ? Certainement pas. La sagesse ne consiste pas à croire n’importe qui ni n’importe quoi. Elle consiste à distinguer ce qui mérite confiance de ce qui ne la mérite pas. Elle consiste à donner sa chance à l’autre tout en gardant l’œil ouvert. Elle consiste à tendre la main tout en sachant que l’on peut parfois la retirer. La confiance n’est pas un abandon. C’est un choix libre et éclairé.

Je vous propose une petite pratique, vous qui voulez guérir de la méfiance. Commencez par un geste très simple. Demain matin, saluez une personne que vous croisez sans la connaître. Dites-lui juste bonjour avec un vrai sourire, sans rien attendre en retour. Le lendemain, félicitez sincèrement quelqu’un pour son travail. Le surlendemain, tenez une promesse que vous aviez faite, même petite. Peu à peu, vous verrez que la confiance revient comme l’herbe après la pluie. Elle ne pousse pas en un jour, mais elle finit par couvrir toute la terre.

N’oubliez jamais que la méfiance est une réaction, tandis que la confiance est une décision. La réaction vous subit. La décision vous engage. Les grandes familles, les grandes communautés et les grandes nations ne se sont pas construites sur le doute, mais sur l’estime réciproque. Nos aînés le savaient. C’est pourquoi ils disaient que la parole donnée vaut plus que l’or. On pouvait traverser le royaume la nuit sans crainte, parce que la confiance veillait.

Je ne vous demande pas d’oublier vos blessures. Je vous demande seulement de ne pas laisser ces blessures dicter toutes vos actions. Gardez la mémoire, mais n’en faites pas une prison. Ouvrez une petite fenêtre dans le mur de vos doutes. Laissez entrer un peu d’air nouveau. Vous verrez que la plupart des hommes ne cherchent pas à vous nuire. Ils sont comme vous, parfois fatigués, parfois inquiets, mais au fond, ils veulent simplement vivre en paix et être respectés.

Que la sagesse de nos ancêtres vous accompagne. Que vos cœurs retrouvent le chemin de l’estime. Et que la méfiance cède doucement sa place à une confiance éclairée, parce que c’est ainsi que l’on bâtit des lendemains solides, ensemble, main dans la main, le regard clair et l’âme tranquille. »

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE 

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