Le Bénin déclare la guerre au refus des billets froissés, pièces usées : Les habitudes vont-elles vraiment changer ?  

 Le Bénin déclare la guerre au refus des billets froissés, pièces usées : Les habitudes vont-elles vraiment changer ?  

L’Assemblée nationale du Bénin a franchi un pas important dans la protection de la monnaie ayant cours légal. À travers la loi n°2026-07 adoptée le 22 mai 2026, les députés ont décidé de sanctionner sévèrement toute personne qui refuse de recevoir un billet ou une pièce de monnaie en circulation au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), même lorsque ceux-ci sont usés, froissés, tachés ou légèrement détériorés.

Désormais, le refus d’accepter une monnaie ayant cours légal peut coûter cher. Très cher même. L’article 15 de la nouvelle loi prévoit une amende comprise entre 100 000 et 500 000 francs CFA pour toute personne reconnue coupable de cette pratique devenue courante dans les marchés, boutiques, taxis, stations-service et autres lieux d’échanges commerciaux.

Une pratique profondément ancrée dans le quotidien

Au Bénin, rares sont les citoyens qui n’ont jamais été confrontés à la situation. Un client tend un billet de 1 000 FCFA légèrement déchiré ; le commerçant le rejette immédiatement. Une vendeuse refuse une pièce de 500 FCFA devenue lisse à force d’avoir circulé. Un conducteur de taxi-moto exige un autre billet sous prétexte que celui présenté est trop froissé. Ces scènes, banales en apparence, sont pourtant contraires aux règles monétaires en vigueur depuis plusieurs années.

Déjà en septembre 2020, le Ministère de l’Économie et des Finances avait attiré l’attention des populations sur le fait que les billets et pièces émis par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) demeurent valables tant qu’ils n’ont pas été officiellement retirés de la circulation. Mais dans la pratique, les habitudes ont souvent pris le dessus sur la réglementation.

Une mesure pour protéger la confiance dans la monnaie

Derrière cette disposition légale se cache un enjeu économique majeur : préserver la confiance dans la monnaie commune. En effet, lorsqu’une partie de la population commence à sélectionner les billets qu’elle accepte ou refuse, c’est tout le système monétaire qui risque d’être perturbé. Un billet de banque n’est pas censé perdre sa valeur parce qu’il est froissé. Sa valeur repose sur la garantie de l’institution émettrice et non sur son apparence physique. En imposant des sanctions, le législateur entend rappeler un principe fondamental : un billet de 1 000 FCFA vaut toujours 1 000 FCFA, qu’il soit neuf ou usé.

Le défi de l’application

La question qui se pose désormais est celle de l’application effective de la loi. Comment constater un refus ? Qui portera plainte ? Quels agents seront habilités à contrôler et à sanctionner les contrevenants ? Dans les marchés populaires, où les échanges sont rapides et souvent informels, la mise en œuvre de cette disposition pourrait s’avérer complexe. Beaucoup d’observateurs estiment que la sensibilisation devra précéder la répression. Car il ne suffit pas de voter une loi pour transformer instantanément des comportements ancrés depuis plusieurs décennies.

Le Béninois peut-il réellement abandonner cette habitude ?

La réponse est nuancée. Sur le plan juridique, le citoyen béninois n’a désormais plus le choix : la loi est claire et le refus de la monnaie légale est passible de sanctions. Mais sur le plan sociologique, le changement risque d’être progressif. Depuis longtemps, de nombreux commerçants craignent de se retrouver avec des billets qu’ils auront eux-mêmes du mal à utiliser ou à déposer auprès de certains partenaires commerciaux. Le refus est devenu une forme de protection informelle face à une chaîne de méfiance qui se transmet d’un acteur économique à l’autre. Pour rompre ce cercle vicieux, il faudra non seulement informer les populations, mais également renforcer les mécanismes d’échange des billets détériorés auprès des banques et des guichets agréés.

Vers une nouvelle culture monétaire ?

Cette réforme pourrait marquer le début d’un changement profond dans les habitudes financières des Béninois. À travers cette disposition, l’État envoie un message fort : la monnaie nationale ne se juge pas à son apparence mais à sa valeur légale. Toutefois, entre la rigueur du texte et les réalités du terrain, le chemin reste long. Les prochains mois permettront de savoir si cette nouvelle loi réussira à transformer une pratique devenue presque culturelle ou si les vieux réflexes continueront à dominer les échanges quotidiens. A partir de maintenant, refuser un billet froissé ou une pièce usée pourrait coûter beaucoup plus cher que de simplement l’accepter.

LA REDACTION

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