Législatives du 11 janvier 2026 : Comprendre la répartition des sièges de députés
Le dimanche 11 janvier 2026, les électeurs béninois ont vécu un moment historique en participant pour la première fois à un scrutin couplé, élisant simultanément leurs députés et leurs conseillers communaux. L’objectif est de renouveler les 109 membres de l’Assemblée nationale, qui entameront un mandat exceptionnellement de sept ans à la suite de la récente révision constitutionnelle. Mais comment ces sièges sont-ils attribués aux différentes forces politiques ? Le processus, régi par le code électoral, repose sur une mécanique précise mêlant représentativité proportionnelle, seuils à franchir et dispositions spécifiques pour renforcer la parité.
En effet, ces législatives 2026 ne sont pas tout à fait comme les autres. D’abord, elles sont organisées le même jour que les élections municipales, une première dans le pays. Ensuite, elles s’inscrivent dans le sillage d’une importante révision de la Constitution adoptée en novembre 2025. Ce changement allonge notamment le mandat présidentiel et, fait crucial pour les députés qui viennent d’être élus, porte le mandat parlementaire de cinq à sept ans. La 10e législature qui commence sera donc la première à durer sept ans.
Ce scrutin intervient également dans un paysage politique où la majorité présidentielle, constituée de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R) et du Bloc Républicain (BR), a largement dominé la dernière assemblée. L’opposition, représentée principalement par le parti Les Démocrates (LD), cherche à consolider ou à élargir sa représentation. D’autres formations, comme les Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE) ou le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (MOELE-BÉNIN), sont également en lice.
Le système électoral : proportionnel, seuils et circonscriptions
Le Bénin utilise un système de représentation proportionnelle de liste dans 24 circonscriptions électorales qui correspondent aux limites des départements. Voici comment cela fonctionne en détail :
La première clé : franchir le seuil électoral
Pour prétendre à un siège dans une circonscription, une liste doit y avoir recueilli au moins 20% des suffrages exprimés. Il existe cependant un aménagement important pour encourager les alliances. Dans ce cas, si des partis forment une coalition et déposent un accord avant le scrutin, le seuil est abaissé à 10% pour chacun d’eux au niveau national. Cela signifie que des partis plus petits peuvent se regrouper pour atteindre plus facilement ce pourcentage et avoir une chance d’obtenir des élus.
La répartition des sièges par circonscription
Le territoire est divisé en 24 circonscriptions, qui n’ont pas toutes le même poids. Le nombre de sièges attribués à chacune est défini par la loi, en fonction de critères démographiques et administratifs. Les plus petites circonscriptions comptent 2 ou 3 sièges à pourvoir. C’est le cas de Djougou (2 sièges), de Bassila–Copargo–Ouaké (2 sièges) ou d’Athiémé–Comè–Grand-Popo (2 sièges). Les circonscriptions moyennes en ont entre 4 et 6. La plus grande circonscription est la sixième, qui regroupe Abomey-Calavi, Sô-Ava et Zè, avec 7 sièges à pourvoir. Au total, ces 24 circonscriptions permettent de distribuer 85 des 109 sièges de l’Assemblée nationale.
Le calcul : quotient électoral et plus forte moyenne
La répartition précise des sièges dans chaque circonscription se fait en deux temps. D’abord, on calcule le quotient électoral en divisant le nombre total de votes valides dans la circonscription par le nombre de sièges à y pourvoir. Ensuite, le nombre de voix de chaque liste ayant franchi le seuil est divisé par ce quotient. La partie entière du résultat donne le nombre de sièges directement attribués à la liste. Si après cette opération, il reste des sièges non pourvus, ils sont distribués selon la règle de la plus forte moyenne, un mécanisme mathématique qui permet d’affiner la proportionnalité au bénéfice des listes les plus compétitives.
Un siège réservé aux femmes dans chaque circonscription
Après cette première attribution, une seconde répartition a lieu pour garantir une meilleure représentation des femmes. Conformément au code électoral, un siège supplémentaire est exclusivement réservé aux femmes dans chacune des 24 circonscriptions. Cela porte donc à 24 le nombre total de sièges garantis pour des députées, sur les 109 que compte l’hémicycle.
Ce siège « femme » revient à la liste éligible arrivée en tête dans la circonscription, qui doit l’attribuer à la candidate qu’elle avait désignée à cet effet. Cette disposition est cruciale. Lors des dernières élections de janvier 2023, elle a permis de faire passer le nombre de députées de 5 (sur 83) à 28 (sur 109). Les données de l’Union Interparlementaire indiquent qu’au début de la 9e législature, l’Assemblée nationale comptait 29 femmes, soit 26.6% des députés.
Cependant, une analyse des candidatures pour 2026 montre que cette avancée repose encore largement sur la contrainte légale. Une enquête des médias locaux révèle que dans les deux grands partis de la mouvance présidentielle (UP-R et BR), seulement 12,35% des candidatures présentées hors du quota obligatoire étaient des femmes. Sans la loi sur les sièges réservés, la représentation féminine serait donc considérablement plus faible.
La particularité du scrutin de 2026
Ce double scrutin législatif et communal du 11 janvier 2026 s’inscrit dans une volonté de rationaliser le calendrier électoral. Il fait suite à une législature de transition de trois ans (2023-2026), qui avait été raccourcie pour permettre cet alignement.
Les résultats détermineront la composition de la 10e Assemblée nationale. Ils influenceront également le paysage politique en vue de l’élection présidentielle prévue quelques mois plus tard, en avril 2026. Avec ses 109 sièges, dont 24 réservés aux femmes, et son mandat de sept ans, cette nouvelle assemblée marquera une étape importante dans l’évolution institutionnelle du Bénin, qui a également prévu dans sa nouvelle Constitution la création future d’un Sénat. Les électeurs ont donc voté pour des députés dont l’influence sera durable sur la vie politique et législative du pays.
LA REDACTION