Vacances chez l’oncle du village ou la grand-mère : Pratique révolue ?
Rares sont les personnes de plus de 50 ans qui n’ont pas fait l’expérience des vacances chez untel ou untel. Tantôt chez le grand oncle dans une métropole tantôt chez la grand-mère ou un parent du village. Aujourd’hui, cette pratique autrefois prisée par les apprenants, tant à déserter le forum. Presque personne ne veut envoyer son enfant chez un parent.
Passer les vacances chez les parents n’est plus monnaie courante. La pratique semble passer de mode. Plus personne ne veut quitter ses parents, sa zone de confort. Les premières raisons sont liées aux jeunes élèves eux-mêmes. Ils ne trouvent l’importance de quitter ni la ville ni leurs parents. « Moi, aller en vacances au village? Pour aller faire quoi là-bas ? Jamais », s’exclame un jeune. « J’ai déjà tout ici. Mes parents, mes frères et mes amis. Il y a quoi là-bas ? », renchérit son camarade. C’est une question de génération. Celle d’aujourd’hui, des portables Android ne connait pas les vacances chez d’autres ou au village. Ils sont soutenus par des parents dans leur logique. « Je suis convaincue que lorsque les enfants sont avec nous, ils sont sous une couverture spirituelle certaine. Dans une atmosphère certaine. En allant ailleurs, ils seront plus exposés » souligne une quadragénaire, mère de trois enfants.
L’occidentalisation accrue des ménages
Nombre de personnes sont nées en ville, même leurs parents. Conséquences, les petits-enfants n’ont aucun lien avec leurs villages, ils ne connaissent rien des réalités et richesses de leur village d’origine. C’est le cas de ce jeune. « Mes parents sont nés en ville et n’ont presque jamais mis pieds au village donc c’est difficile pour moi d’aller là-bas » explique Jules. « C’est déjà notre maman qui n’aime pas nous envoyer en vacances car elle craint un mauvais traitement. Elle se dit qu’en allant chez un parent, ils peuvent ne pas nous mettre à l’aise comme elle le fait. »
« Autrefois, il n’y avait pas de cours de vacances. Dès que les vacances arrivent, on te demande tu vas chez l’oncle, la tante ou la grand-mère ? », renseigne Sessinou Valère Houndjenoukon. De nos jours, presque tout a changé. Avec l’avènement de la technologie, les téléphones Android deviennent une échappatoire. « Aujourd’hui, les parents achètent des tablettes avec connexion aux enfants et ils ne sortent plus, ça ne fait plus pas du bien ni aux enfants ni à leur évolution sociale. Cela pose un problème de socialisation des enfants » s’offusque le Conseiller honoraire de la ville de Cotonou

Des réalités socio-économiques
Deux raisons peuvent expliquer ce qui s’observe. Le premier est lié au logement. Beaucoup vivent à l’étroit. « Vous constaterez aujourd’hui que des gens vivent, par exemple, dans une chambre un salon avec 5 ou 7 enfants. Déjà pour se coucher, il faut ranger les chaises et le canapé d’un côté du salon, s’ils doivent accueillir l’enfant d’un frère ou d’un parent, ça devient compliqué » explique Guy Mahougnon Ahimandjè, un agent retraité de la Sonapra.
Le deuxième facteur est lié au pouvoir d’achat des ménages. Quoique résident en ville, plusieurs personnes vivent dans la précarité ambiante. Difficile pour eux de recevoir d’autres charges en des leurs. « Avec ce qui se passe où le panier de la ménagère est ce qu’il est, je vois peu de personnes prendre ce risque-là. Eux-mêmes ne mangent pas à leur faim et vous demandez que je leur envoie encore mes enfants » fait savoir dame Akofa.
Les bienfaits d’aller en vacances ailleurs
Et pourtant, passer les vacances ailleurs est très bénéfique. Cela permet de changer d’air et de mentalité. Ceux qui ont fait l’expérience en dire assez de bien. »Le jeune qui a parcouru 100 villages est l’égal du vieillard qui a cent ans » disait Seydou Badian. Ceci pour dire qu’aller en vacances loin de sa contrée est toujours bénéfique. On y découvre d’autres réalités qui enrichissent les parcours forgent les mentalités et ouvrent les esprits sur des horizons autrefois méconnus. « Alors que j’ai découvert la canne à pêche dans Mamadou et Binéta, c’est au village que j’ai appris à pêcher avec mes oncles » apprend Guy Mahougnon Ahimandjè, un agent retraité de la Sonapra en ajoutan « C’est également là-bas que j’ai appris à nager. Mon oncle me jetait dans la lagune, pas dans une piscine en étant mon maître-nageur » raconte-t-il avant de dire qu’il y a assez davantage à passer les vacances dans une contrée différente de là où l’on vit. « Je garde de très bons souvenirs des vacances. A l’époque avec les prêtres, on allait cueillir du haricot dans les champs. Vraiment c’était passionnant » dit avec nostalgie Sessinou Valère Houndjenoukon.
A écouter les nostalgiques, passer les vacances loin des parents fait du bien pour les enfants. Mais aujourd’hui, les réalités socio-économiques et culturelles ont changé les donnes. Et vu les arguments qui s’opposent, le retour en arrière n’est pas pour demain. Mais toujours est-il qu’il faut un mécanisme pour permettre aux apprenants de se frotter à d’autres réalités.
Arnaud ACAKPO (Coll)


