France-Allemagne : Quand les milieux populaires sont exclus du pouvoir

 France-Allemagne : Quand les milieux populaires sont exclus du pouvoir

Selon un rapport du Collectif Démocratiser la politique (DLP), la présence des classes populaires et moyennes dans les instances politiques européennes a drastiquement diminué en vingt ans. Cette sous-représentation concerne aussi les Africains naturalisés, dont l’accès aux mandats électoraux reste marginal. À l’occasion de la publication de cette étude, Éric Topona reçoit quatre intervenants pour analyser les causes et les solutions possibles à ce déficit démocratique. 

Le rapport de DLP révèle que les élus issus des milieux ouvriers ou employés sont devenus une exception en Europe. En France, par exemple, moins de 3 % des députés viennent de ces catégories, alors qu’elles représentent près de 50 % de la population active. Dieynaba Sy, conseillère municipale et co-chercheuse du collectif, souligne : « Les partis politiques reproduisent les élites économiques et sociales. Les personnes issues de l’immigration ou des quartiers populaires sont doublement discriminées : par leur origine et leur milieu social. »

Les obstacles spécifiques aux Africains naturalisés 

En Allemagne et en France, malgré une présence démographique significative, les personnes d’origine africaine restent sous-représentées dans les parlements.  Nelli Foumba Soumaoro, membre des Verts allemands, explique : « Les partis hésitent à investir des candidats perçus comme ‘trop éloignés’ des électeurs traditionnels. Pourtant, leur légitimité n’est pas moindre, mais les préjugés persistent. »  Patrick Mboyo Bakambo, chercheur en droit public, ajoute : « Le système électoral favorise les notables. Les modes de scrutin uninominal, comme en France, avantagent ceux qui ont des réseaux et des moyens financiers. » 

Face à ce constat, les invités proposent des solutions.  Dieynaba Sy défend l’idée de quotas pour les classes populaires, à l’image des lois sur la parité. Pour Ayodele Ikuesan, maire-adjointe à Paris, « les campagnes devraient être mieux financées pour permettre à des candidats moins fortunés de se lancer. » Elle ajoute « les campagnes devraient être mieux financées pour permettre à des candidats moins fortunés de se lancer. »Qquant à Nelli Foumba Soumaoro plaide pour des écoles politiques accessibles aux minorités. 

 La démocratie européenne se veut inclusive, mais elle peine encore à refléter sa diversité sociale et ethnique. Comme le résume Patrick Mboyo Bakambo : « Sans représentativité réelle, la politique reste un cercle fermé. Or, une démocratie vivante doit donner la parole à tous, pas seulement aux héritiers. »

La question reste ouverte : les partis politiques sont-ils prêts à rompre avec cette logique d’entre-soi ? 

Etienne YEMADJE

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