Extradition de Maduro : L’agonie du droit international

 Extradition de Maduro : L’agonie du droit international

« Rien de nouveau sous le soleil ». C’est le constat désabusé de certains analystes des relations internationales face aux concert de réactions indignées et scandalisées depuis la capture de ​Nicolas Maduro, et son extradition en mondovision par l’administration Trump pour être jugé aux Etats-Unis​. Le président déchu devra répondre de plusieurs chefs d’accusation.

En effet, Nicolas Maduro  devra répondre à quatre chefs d’accusation​: D’avoir conspiré avec des groupes ​narcoterroristes, comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie, le Cartel de Sinaloa ou encore Tren de Aragua, pour distribuer de la cocaïne ; D’avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne​ ; D’avoir utilisé, porté et encouragé le port de mitrailleuses et de « dispositifs destructeurs »; D’avoir conspiré afin d’obtenir des mitrailleuses et des « dispositifs destructeurs ».

Les ​États-Unis sont coutumiers du fait en Amérique latine qu’ils ont toujours considéré comme leur chasse gardée, jusqu’à ce que les peuples des dictatures sud-américaines vassales de Washington ne s’en défassent pour instaurer des Etats démocratiques.

Nous étions alors dans un contexte de guerre froide. Toute sympathie communiste ou socialiste, même apparente, s’exposait à l’hostilité violente des ​États-Unis, à l’instar du coup d’Etat des généraux chiliens en 1973 contre ​​Salvador Allende. Et au-delà de l’Amérique latine, les précédents du renversement de ​Saddam Hussein​ en avril 2003 sous des prétextes fallacieux et sans mandat de l’ONU, en dépit d’une vague de protestations planétaires, est encore vivace dans les mémoires.

Pérennisation de la doctrine Monroe

Toutefois, les seuls États où les Américains ont inculpé des dirigeants en fonction ou après leur départ et aux ​États-Unis, c’est en Amérique latine. Et il n’est pas superflu de le souligner, sous des présidences républicaines comme démocrate : Manuel Noriega du Panama sous Bush père, Juan Orlando Hernandez du Honduras sous Biden, et depuis quelques jours Nicolas Maduro du Venezuela. Ils ont en commun leur implication dans des trafics de drogue en direction des ​États-Unis. Leur capture comme leur extradition, jusqu’à leur présentation devant la justice américaine, a tout l’air de citoyens américains en cavale, qui se verraient attrait devant la justice de leur pays. Sur le plan de la symbolique géopolitique, ces trois exemples sont la preuve que la ​doctrine Monroe est profondément ancrée dans l’esprit des locataires de la Maison-Blanche quels qu’ils soient, notamment celle du big stick (le gros bâton).

Une troublante similarité

Toutefois, si tous les regards sont tous tournés actuellement vers le Venezuela  et s’interrogent sur l’avenir à court terme de ce​ pays, ils omettent de souligner que l’opération militaire américaine au Venezuela, intervient quelques jours seulement après des frappes militaires américaines au Nigeria, au motif de détruire les bases militaires de groupes djihadistes qui s’illustrent dans le kidnapping et le massacre des chrétiens dans ce pays. Si ces persécutions sont une réalité, cette intervention militaire a provoqué dans l’Afrique tout entière une sidération qui n’est toujours pas retombée, ce d’autant plus que le chef de l’Etat nigérian ​​Bola Ahmed Tinubu  et Nicolas Maduro du Vénézuéla ont en commun des démêlés avec la justice américaine pour des chefs d’accusation similaires. Autre similarité, l’un et l’autre appartiennent à de grands pays extrêmement riches en hydrocarbures.

Dans une étude intitulée L’Amérique latine et l’Afrique au prisme de la doctrine Monroe et de la françafrique : enjeux, mécanismes et résistance au système-monde, le chercheur Yacouba Coulibaly dresse un parallèle entre les prétentions hégémoniques des Etats-Unis en Amérique latine au prisme de la doctrine Monroe, et les survivances de la colonisation en Afrique : « Les États-Unis se donnent ainsi le droit d’intervenir militairement non seulement en Amérique latine mais partout dans le monde. Ce discours consacre une rupture dans le fond et dans la forme avec les intentions pacifistes antérieurement affichées. Quelques années plus tard, entre 1909 et 1913, la doctrine Monroe connaîtra une autre dimension avec le président Howard Taft qui initie la politique du dollar dont l’objectif majeur est de protéger les intérêts économiques. La doctrine Monroe est fondamentalement structurée autour de trois balises : la diplomatie, les interventions militaires et la défense des intérêts économiques ».

Ce qu’il y’a cependant de nouveau l’intervention militaire américaine au Venezuela et la violation de la souveraineté de ce pays, c’est la décision clairement affirmée du Président Trump de placer le Venezuela sous protectorat américain et de pre​ndre le contrôle direct de la gestion de ses richesses pétrolières.  Plus préoccupant, Trump a réaffirmé sa volonté d’annexer le Groenland, sous administration danoise, donc européenne.

Or, jusqu’à présent et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le droit international a uniquement été mis à mal dans les pays du sud, du Tiers-Monde, au Proche et au Moyen-Orient. Désormais et c’est inédit, même l’Europe, déjà déstabilisé par « l’opération spéciale » de Vladimir Poutine en Ukraine et là aussi au mépris du droit international, voit l’intégrité de l’un de ses Etats membres menacée.

C’est en ce sens que ce qu’il se passe actuellement au Venezuela est une agonie prolongée du droit international, lequel, espérons-nous, ne traverse qu’une parenthèse historique tragique, en dépit du scepticisme d’Henry Kissinger à qui Trump donne raison lorsque l’ancien secrétaire d’Etat américain et ancien conseiller à la sécurité nationale affirmait sans circonvolutions : « Le droit international n’a aucune valeur en dehors des amphithéâtres de droit ».

Éric TOPONA

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