Assemblée nationale, 10e législature : Le perchoir, un test politique pour la majorité

 Assemblée nationale, 10e législature : Le perchoir, un test politique pour la majorité

Les résultats définitifs des élections législatives du 11 janvier 2026 au Bénin sont tombés depuis quelques jours. L’Union Progressiste le Renouveau, désormais détentrice d’une majorité absolue de soixante députés, se retrouve dans une position de force. La bataille pour la présidence de l’Assemblée nationale, le « perchoir », se dessine désormais en son sein. Loin d’être une simple formalité, cette élection interne est une épreuve politique révélatrice des équilibres, des stratégies et de la vision que le parti majoritaire entend imprimer à la législature.

En toute logique, l’UPR semble maîtresse du jeu. Cette confortable majorité lui offre la latitude de choisir son candidat sans négociation obligatoire avec le Bloc Républicain. Pour autant, cette liberté est un piège en puissance. Un mauvais choix, perçu comme imposé ou négligeant certains équilibres, pourrait fissurer la cohésion du groupe parlementaire dès son démarrage. La désignation du futur président est donc un premier test de maturité et de sagesse collective pour la majorité.

Plusieurs options s’offrent aux élus de l’UPR, chacune portant une signification politique distincte. La première serait de privilégier l’expérience et la continuité en reconduisant le président sortant, Louis Vlavonou. Cette option présenterait des avantages indéniables. Membre du bureau politique de l’UPR, Vlavonou connaît parfaitement les arcanes de l’institution et a déjà fait ses preuves dans la gestion des débats et la relation avec le gouvernement. Sa réélection assurerait une transition fluide et une stabilité procédurale immédiate. Elle consacrerait également une figure historique, puisqu’il deviendrait l’un des très rares présidents à diriger l’Assemblée sur trois législatures consécutives, marquant de son empreinte l’histoire parlementaire du Bénin. Ce choix enverrait un signal de prudence, valorisant la mémoire institutionnelle.

La seconde option serait de se tourner vers d’autres figures expérimentées du parti, dotées d’un fort capital technique et parlementaire. Des noms émergent naturellement. Orden Alladatin, président de la commission des lois lors de la législature précédente, s’est imposé comme un homme fort de l’hémicycle. Réputé pour son activité, son sens de la stratégie et sa proximité avec les cercles décisionnels, il incarne une certaine rigueur dans le traitement des textes législatifs. Son élection signifierait une volonté de placer le Parlement sous le signe de l’expertise juridique et d’un contrôle législatif plus technique.

Un autre profil de poids est celui de Gérard Gbénonchi, ancien président de la commission des finances. Sa maîtrise des questions budgétaires et économiques en fait un très bon interlocuteur, notamment lors de l’examen crucial du projet de loi de finances. Le porter à la présidence serait un acte fort, montrant la détermination de la majorité à exercer un contrôle serré sur la dépense publique et la politique économique de l’exécutif. Ce choix indiquerait une législature centrée sur l’économie et la rigueur financière.

Une troisième voie, plus audacieuse, consisterait à opter pour une logique d’inclusion et d’équilibre territorial, comme l’a souligné le quotidien Fraternité à travers la plume de Vadim Quirin. L’histoire parlementaire du Bénin montre que la présidence de l’Assemblée nationale a rarement été confiée à un élu du nord du pays. Porter à ce poste une personnalité comme Amadou Djibril Labiou, actuel premier questeur et élu du septentrion, aurait une portée symbolique considérable. Cette décision renforcerait le discours sur l’unité nationale, l’équilibre géopolitique et l’inclusion de toutes les régions dans la direction des plus hautes institutions. Elle répondrait à une attente diffuse et inscrirait l’action de l’UPR dans une dynamique d’apaisement et de représentation nationale intégrale. Ce choix serait toutefois soumis à d’autres critères : la personnalité pressentie possède-t-elle l’envergure, l’expérience et l’autorité nécessaires pour présider aux débats de toute une nation ? La réponse à cette question pèsera lourd dans la balance.

La décision de l’UPR dépassera la simple personne. Elle révélera la priorité du parti pour cette mandature. S’agit-il avant tout de stabilité et de continuité ? Le choix de Vlavonou l’indiquerait. Privilégie-t-on un Parlement actif, fort de ses compétences techniques, prêt à un dialogue exigeant avec le gouvernement, malgré le fait qu’il soit composé uniquement de députés de la mouvance présidentielle ? Les candidatures d’Alladatin ou de Gbénonchi iraient dans ce sens. Ou bien l’UPR entend-elle marquer son empreinte par un geste politique fort, tourné vers la symbolique républicaine et l’unité du territoire ? Dans ce cas, la voie de l’inclusion géographique pourrait être explorée.

Scénario inattendu : Djogbénou au perchoir ?

Et si, contre toute attente, Joseph Djogbénou, l’option imprévue pour présider l’Assemblée Nationale. Ancien président de la Cour constitutionnelle, Joseph Djogbénou incarne l’autorité juridique, l’intégrité et une stature institutionnelle reconnue. Son élection enverrait un signal fort de renouvellement et de rigueur, plaçant la légitimité constitutionnelle et l’indépendance des institutions au cœur du mandat parlementaire. Elle pourrait aussi rééquilibrer les pouvoirs au sein de l’exécutif, en opposant à l’administration un président d’assemblée au profil de juriste chevronné, moins lié aux logiques politiciennes traditionnelles. Il peut toutefois fait le choix d’aller siéger au Sénat (Le Sénat, dont les membres seront appelés sénateurs, se voit confier une mission de régulation de la vie politique nationale. L’article 113.1 lui assigne pour objectif la sauvegarde et le renforcement des acquis de l’unité nationale, du développement, de la sécurité et de la démocratie. Les lois votées par l’Assemblée Nationale lui seront transmises simultanément avec le Président de la République, ce qui en fait un acteur central du processus législatif)

Ce qui est sûr, c’est que la campagne pour le perchoir, discrète mais réelle, a déjà commencé. Les tractations, les alliances et les équilibres internes à la majorité vont se préciser dans les prochains jours. Le résultat de ce scrutin interne sera le premier acte politique majeur de la nouvelle Assemblée. Il déterminera non seulement le visage de son président, mais aussi le ton et l’orientation des sept années à venir. Le Bénin attend de voir si sa majorité parlementaire saura faire de ce choix stratégique une démonstration de cohésion et de vision, ou si des fractures internes apparaîtront dès ce premier test. La bataille pour le perchoir est bien plus qu’une élection à un poste. C’est la première pierre de l’édifice législatif. De toute façon, aucune décision ne sera prise sans l’aval du chef de la mouvance présidentielle.

Damien TOLOMISSI

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