Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La détresse, cette visiteuse discrète »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La détresse, cette visiteuse discrète »

Dadah Bokpè Houézrèhouèkè ouvre son cœur avec une gravité douce. Il confie que la détresse ne fait jamais de bruit. Elle ne frappe pas à la porte comme un visiteur poli. Elle se glisse doucement, semblable à une ombre que l’on ne perçoit pas tout de suite. Elle s’installe dans un coin de la poitrine, entre deux battements de cœur, et elle demeure là sans demander la permission. Le sage observe que l’être humain continue de sourire alors qu’à l’intérieur quelque chose se fissure. Il donne une leçon précieuse sur la vulnérabilité cachée. Lisez plutôt !!!

 Voilà une chose que les humains oublient trop souvent. La détresse ne fait pas de bruit. Elle n’envoie pas de messager pour annoncer son arrivée. Elle ne frappe pas à la porte comme un visiteur poli. Non, elle se glisse doucement, comme une ombre que l’on ne voit pas tout de suite. Elle s’assoit dans un coin de la poitrine, entre deux battements de cœur, et elle reste là. Elle ne demande pas la permission. Et le pire dans tout cela, c’est que celui qui la porte continue de sourire. Il continue d’aller au marché, de serrer des mains, de demander des nouvelles du voisin. Il fait tout ce qu’un homme ou une femme doit faire. Mais à l’intérieur, quelque chose se fissure. J’ai vu cela tellement de fois. J’ai vu des gens solides comme des baobabs se vider de leur sève sans que personne ne remarque rien.

Dans notre Afrique profonde, nous avons une manière particulière de regarder la souffrance. Nous disons souvent « Ça va aller » ou « Confie-toi aux ancêtres ou au Seigneur ». Ces paroles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Elles portent même une certaine douceur. Mais parfois, elles servent de voile pour cacher ce qui ne va pas. On évite de nommer la tristesse parce qu’on a peur de la rendre réelle. On préfère tourner autour comme autour d’un feu qui brûle encore. Pourtant, la détresse ne disparaît pas parce qu’on ferme les yeux. Elle se nourrit du silence. Elle grandit dans l’ombre que nous lui offrons. Et un jour, sans prévenir, elle explose. Ou pire, elle éteint complètement la personne qui la portait.

L’homme moderne court après beaucoup de choses. Il court après l’argent, après la réussite, après ce que les autres pensent de lui. Il remplit ses journées de bruits et d’agitations. Il veut montrer qu’il est fort, qu’il tient debout, qu’il n’a besoin de personne. Mais la force que le monde admire n’est pas toujours la vraie force. J’ai vu des rois pleurer dans leur palais sans oser le dire. J’ai vu des guerriers trembler la nuit dans leur lit. Et je n’ai jamais pensé qu’ils étaient faibles. J’ai pensé qu’ils étaient humains, simplement humains. La véritable force, c’est de reconnaître que l’ombre existe. C’est de tendre la main quand le poids devient trop lourd. Ce n’est pas une honte d’avoir besoin d’une parole douce ou d’un regard qui ne juge pas.

Ce qui rend la détresse dangereuse, c’est son visage trompeur. Elle ne se montre pas toujours comme une douleur aiguë. Parfois, elle se déguise en fatigue ordinaire. L’homme dit « Je dors mal en ce moment ». La femme dit « Je suis un peu fatiguée ». L’enfant dit « Je n’ai pas faim ». Et tout le monde accepte ces mots sans creuser plus loin. On propose un remède pour le corps, rarement un remède pour l’âme. Pourtant, l’âme aussi a ses maladies. L’âme aussi peut se blesser. Et quand l’âme saigne, le corps finit toujours par faiblir, quoi qu’on fasse par ailleurs. Nos ancêtres le savaient bien. Ils avaient des rites pour apaiser les cœurs troublés. Ils s’asseyaient en cercle et ils parlaient. Ils écoutaient ceux qui souffrent sans les interrompre. Ils ne disaient pas « Dépêche-toi d’aller mieux ». Ils donnaient au temps le temps qu’il mérite.

Aujourd’hui, nous avons perdu un peu de cette sagesse. Nous vivons pressés, même dans nos douleurs. Nous voulons guérir vite, trop vite, comme on répare une machine. Mais un être humain n’est pas une machine. Il a besoin de silence, de présence, de cette chose invisible qu’on appelle la compassion. Quand quelqu’un vient à moi avec son chagrin, je ne cherche pas d’abord à lui donner une solution. Je cherche d’abord à l’accueillir. J’ouvre grandement ma porte intérieure. Je lui dis « Je suis là. Tu n’es plus seul. » Parfois, cela suffit. Parfois, la simple certitude de ne pas porter sa croix tout seul allège déjà le fardeau. La détresse a horreur de la présence aimante. Elle s’évanouit quand on la regarde en face, sans peur et sans honte.

Je lance donc une invitation, comme on lance un caillou dans l’eau pour voir les cercles s’élargir. Apprenons à regarder au-delà des apparences. Derrière le collègue qui sourit toujours, il y a peut-être un cœur qui crie. Derrière la voisine qui donne tant d’elle-même, il y a peut-être une âme vide. Ne fuyons pas ces signes. Ne disons pas trop vite « Il n’a rien, il va bien ». Osons poser la vraie question : « Comment vas-tu vraiment ? » Et osons rester pour entendre la réponse. Le plus grand cadeau que l’on puisse offrir, ce n’est ni l’argent ni les conseils. C’est le temps. C’est l’oreille. C’est ce regard doux qui dit sans parler : « Ta douleur a le droit d’exister. » Quand la détresse fait ombre, la moindre lumière devient un trésor. Soyons cette lumière les uns pour les autres. Nos ancêtres nous regardent et ils espèrent. Ne les décevons pas.

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE 

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