Disparation du Ministère du Travail dans la réorganisation gouvernementale : Pourquoi la décision fait débat

 Disparation du Ministère du Travail dans la réorganisation gouvernementale : Pourquoi la décision fait débat

Plus de département ministériel exclusivement consacré au Travail et à la Fonction publique au Bénin. Du moins, c’est le constat avec la toute première équipe gouvernementale du magistère Romuald Wadagni. Une reconfiguration qui suscite beaucoup de réactions. Les unes pour dénoncer, les autres pour expliquer la démarche du tout nouvel exécutif béninois.

Avec Romuald Wadagni, le volet « travail » disparaît du registre gouvernemental et la Fonction publique est désormais greffée au ministère du Budget. Il n’en fallait pas plus pour faire monter la pression artérielle des syndicalistes. Le premier à dégainer est Nagnini Kassa Mampo, secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB). Invité à l’émission « Grand Angle » sur Crystal News, il n’y est pas allé par quatre chemins pour montrer que la disparition du ministère du Travail et de la Fonction publique est un mépris de la notion du travail et des ressources humaines. « L’heure est grave » et supprimer le Travail pour mettre la Fonction publique sous le ministère délégué chargé du Budget relève du mépris, à en croire le SG de la CSTB. « Ça veut dire qu’avant de régler les problèmes de la Fonction publique, il faut voir s’il y a assez de finances, ce qui est suffisamment grave », s’offusque Nagnini Kassa Mampo car, pour lui, le travail est un secteur important qui concerne autant les agents du public que ceux du privé. Dans son intervention, le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin craint le pire. « Le Budget va regarder d’abord ce que l’économie va lui accorder comme moyens et c’est après que les préoccupations de la Fonction publique seront prises en compte », alarme-t-il. Il en conclut que les ressources humaines et les hommes sont relégués au second plan. « Dans ces conditions, qu’est-ce que les hommes vont devenir ? », s’interroge le SG de la CSTB.

Avis d’expert et de politique

Pour un inspecteur du travail qui a requis l’anonymat, les inconvénients de cette reconfiguration seront multiformes. Le secteur du travail sera le plus touché car il est beaucoup plus ouvert sur le secteur privé et parapublic. « Ce secteur est essentiellement piloté par les services d’inspection du travail animés par des inspecteurs du travail et de la main-d’œuvre », explique le technicien avant d’ajouter que l’inspection du travail risque de « disparaître ou s’affaiblir complètement alors qu’elle est au centre de la protection sociale et de la paix sociale, gages du développement économique ».

« Non ! Le gouvernement ne s’éloigne pas des préoccupations des travailleurs », retorque sèchement Iréné Josias Agossa. Dans une publication sur sa page Facebook, le porte-parole de l’Union Progressiste Le Renouveau (UPR), parti ayant porté le président Wadagni au pouvoir, estime que « l’on ne défend pas le travail dans l’abstrait, on le défend en créant des emplois », s’adressant ainsi aux partenaires sociaux et aux syndicalistes. Le droit au travail ne prend tout son sens que lorsque l’accès à l’emploi devient une réalité concrète pour chaque Béninoise et chaque Béninois, explique le porte-parole de l’UPR.

Le point d’accord

Malgré la divergence des deux côtés, un consensus semble se dégager autour de la Fonction publique. L’inspecteur du travail analyse que la nouvelle configuration donnera plus de célérité. La mission de la Fonction publique étant le recrutement et la gestion des carrières des agents de l’État, son rattachement au ministère concerné permettra « une facilitation et une efficience dans la gestion des carrières des agents de l’État », confie-t-il. Il ajoute que si l’inspection du travail est également rattachée au Budget, elle aura les moyens nécessaires pour développer son volet économique. « Plus les entreprises sont bien accompagnées, plus elles vont produire des recettes pour l’État à travers certaines prestations », explique-t-il. Un argumentaire qui rejoint celui du porte-parole de l’UPR, pour qui il ne s’agit pas d’un déclassement mais d’un alignement stratégique. « En rattachant la Fonction publique et le Budget au cœur de l’Économie et des Finances, le président Romuald Wadagni fait un choix de cohérence. Doter la Fonction publique des moyens de ses ambitions », fait savoir Iréné Josias Agossa. Pour d’autres analystes, l’efficacité de la nouvelle architecture gouvernementale sera éprouvée dans les mois et les années à venir

Arnaud ACAKPO (Coll)

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