Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Quand faire du mal à l’autre devient une obsession »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Quand faire du mal à l’autre devient une obsession »

Il y a une leçon que Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, sage parmi les sages, ne cessait de répéter à qui voulait l’entendre : la haine que l’on porte à son prochain est un fardeau bien plus lourd pour celui qui la porte que pour celui qui la subit. Selon lui, lorsque l’esprit s’enivre de vengeance et que l’on passe ses nuits à ruminer le mal que l’on pourrait faire, on finit par perdre sa propre lumière. Il comparait cette obsession à un miroir brisé où l’on ne voit plus que des éclats de sa propre souffrance. Dans sa sagesse, il nous invitait à regarder en nous pour y dénicher la source de cette amertume, car personne ne naît mauvais, mais la douleur mal comprise peut transformer le cœur le plus pur en terreau fertile pour le poison.

« Il y a des heures où l’âme humaine semble oublier sa lumière. Dans ces moments de faiblesse, une pensée sombre peut germer, s’enraciner et grandir jusqu’à couvrir le ciel intérieur. Cette pensée, c’est celle du mal que l’on veut faire à l’autre. Elle commence souvent comme une simple mouche qui bourdonne, une irritation passagère, une blessure qui ne veut pas cicatriser. Mais avec le temps, si l’on n’y prend garde, elle se transforme en un compagnon assidu, en une voix qui chuchote sans cesse des conseils empoisonnés. Faire du mal à son prochain devient alors une obsession, un moteur qui tourne à vide dans la nuit de l’esprit. Et cette obsession est une prison bien plus terrible que celle que l’on pourrait construire pour autrui.

Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord accepter de regarder en soi. Personne ne naît avec la haine chevillée au corps. La haine est une réponse, une réaction à une douleur que l’on n’a pas su nommer. Un enfant que l’on a humilié, un ami qui a trahi, un amour qui s’est brisé, un espoir qui s’est évanoui. Toutes ces blessures laissent une marque. Et lorsque la marque est trop profonde, l’esprit cherche un exutoire. Il cherche un coupable, un visage sur lequel déverser le fiel qui monte. La personne en face de nous devient alors le réceptacle de toute notre souffrance. Elle n’est plus un être humain avec ses joies et ses peines, elle est devenue le symbole de notre propre échec ou de notre propre impuissance. Cette projection est le premier pas vers l’obsession. Car dès lors que l’on confond l’autre avec notre douleur, on ne peut plus le voir tel qu’il est. On ne voit plus que le reflet de notre propre tourment.

L’obsession du mal ne se manifeste pas toujours par des actes violents. Elle peut être sournoise, silencieuse, presque invisible. Elle se niche dans une parole assassine lancée avec un sourire, dans un regard chargé de mépris, dans une indifférence calculée. Elle peut aussi prendre la forme d’une rumination mentale interminable. On repasse la scène encore et encore, on imagine des représailles, on élabore des plans pour faire chuter l’autre. Le cerveau s’enivre de ces scénarios où l’on a enfin le dernier mot, où l’on est le vainqueur, où l’autre est terrassé. Ces pensées procurent une étrange satisfaction, un bref soulagement. Mais ce soulagement est trompeur, car il est comme une eau saumâtre qui augmente la soif au lieu de l’éteindre. Plus on se nourrit de ces fantasmes de vengeance, plus on en a besoin. Et l’on devient dépendant de ce poison que l’on croit administrer à l’autre, alors qu’on l’ingurgite soi-même à chaque gorgée.

Cette dynamique est profondément destructrice, et elle l’est d’abord pour celui qui la porte. L’obsession du mal ronge le cœur. Elle le rend dur, sec, insensible à la beauté du monde. La joie simple d’un instant, la douceur d’un sourire, l’éclat d’un paysage, tout cela devient inaccessible. L’esprit est trop occupé à nourrir sa rancœur. Le corps lui-même en subit les conséquences. Le sommeil se trouble, le cœur s’emballe, les muscles se tendent. La vie se rétrécit, elle ne tourne plus qu’autour de cette unique idée fixe. On cesse d’être vivant, on devient un automate de la haine. Et pendant ce temps, la personne que l’on haït, elle, continue sa route. Elle n’est peut-être même pas consciente de la tempête qu’elle a déclenchée. Elle vit, elle aime, elle rit, elle oublie. Et l’obsédé, lui, reste figé, prisonnier d’un conflit qui n’existe peut-être que dans sa propre tête. C’est là le grand paradoxe de l’obsession malveillante. Elle est un boomerang qui revient toujours frapper celui qui l’a lancé.

Parfois, cette obsession dépasse les simples pensées et s’incarne dans des actes. On cherche alors à nuire concrètement. On colporte des rumeurs, on sabote un travail, on brise une relation, on use de son influence pour isoler ou humilier. Ces actes apportent un sentiment de puissance éphémère. On a l’impression de rétablir une justice, de remettre l’autre à sa place. Mais cette puissance est une illusion. En réalité, en faisant le mal, on s’abaisse. On devient l’auteur de sa propre déchéance. Car tout acte mauvais est une blessure que l’on inflige d’abord à sa propre conscience. Même si on l’étouffe, même si on la justifie, la conscience sait. Elle sait que ce que l’on a fait est une trahison de ce qu’il y a de meilleur en nous. Et cette connaissance, tôt ou tard, pèse lourd. Elle crée un sentiment de culpabilité qui, souvent, pour être supporté, se transforme en une haine plus forte encore. On hait d’autant plus l’autre qu’on lui a fait du mal, pour ne pas avoir à se haïr soi-même. L’engrenage est infernal.

Mais il est une sagesse ancienne qui nous dit que l’on peut sortir de ce cercle. La première clé de la délivrance, c’est le regard. Il faut apprendre à regarder l’autre comme un être distinct de la douleur qu’il a causée. Il est un homme ou une femme, avec son histoire, ses propres failles, ses propres souffrances. Peut-être qu’il a agi par ignorance, par peur, par maladresse. Cela n’excuse pas son acte, mais cela permet de le comprendre. Et la compréhension est le contraire de l’obsession. L’obsession enferme, la compréhension ouvre. La deuxième clé, c’est le pardon. Le pardon n’est pas un oubli, ni une faiblesse. Il n’est pas un adoubement du mal. Le pardon est un acte de libération. Il consiste à dire : « Je ne veux plus que cet événement ou cette personne ait un pouvoir sur moi. Je coupe le fil qui me retient prisonnier du passé. » Le pardon est un cadeau que l’on se fait à soi-même, un bain de lumière qui lave les plaies et permet de renaître.

La troisième clé, et la plus belle, c’est le retour à l’essentiel. L’être humain n’est pas fait pour la haine. Il est fait pour aimer, pour créer, pour partager. Lorsque l’on remplit son cœur de pensées bienveillantes, il n’y a plus de place pour le venin. Cela peut sembler une évidence fragile face à la violence des sentiments, mais c’est une vérité profonde. L’amour n’est pas une naïveté, c’est une force. Une force qui transforme celui qui la donne autant que celui qui la reçoit. Il faut peut-être commencer par des petits gestes, par un regard neuf porté sur les autres, par une parole douce, par un acte de générosité envers quelqu’un que l’on a détesté. Ces actes sont des ponts jetés par-dessus le fossé de la rancœur. Ils ne gomment pas le passé, mais ils ouvrent un chemin vers un avenir différent.

Alors, quand cette obsession du mal viendra frapper à la porte de votre esprit, souvenez-vous de ceci. Vous êtes plus grand que cette pensée. Vous avez en vous une lumière que rien ne peut éteindre, si ce n’est votre propre consentement. Ne donnez pas à l’autre le pouvoir de vous rendre mauvais. Il a peut-être abîmé votre vie, mais ne lui permettez pas de prendre le contrôle de votre âme. La vengeance la plus grande, la plus éclatante, ce n’est pas de faire souffrir celui qui vous a fait souffrir. C’est de vivre pleinement, de retrouver la paix, de goûter la joie, et de dépasser la douleur pour devenir une personne plus sage, plus forte, plus humaine. La haine est un puits sans fond où l’on jette ses forces. L’amour, au contraire, est une source qui ne tarit jamais. Choisissez la source.

Il est temps de poser ce fardeau. Il est temps de laisser la haine s’éteindre faute d’aliment. Il est temps d’ouvrir la fenêtre sur le vaste monde et de respirer l’air pur de la liberté. Car la liberté, c’est justement cela. Ce n’est pas le pouvoir de nuire, c’est la capacité de ne pas le faire. C’est la puissance de choisir le bien, même lorsque le mal est tentant. C’est la sagesse de comprendre que nous sommes tous liés dans un même tissu, que chaque fil est important, et que tirer sur le fil de l’autre, c’est aussi déchirer le nôtre. Alors, pour vous, pour l’autre, pour le monde, abandonnez l’obsession. Tournez votre regard vers l’horizon. Là-bas, le soleil se lève, neuf, brillant, et il vous attend. Il vous invite à renaître. Avancez vers lui, et vous verrez que l’ombre de la haine s’efface derrière vous. Vous êtes un être de lumière. Ne l’oubliez jamais. »

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