Affaire Pierre Urbain Dangnivo : Le procès renvoyé au 15 juillet
(Retour sur les moments forts de l’audience du 8 juillet 2026)
Le procès de l’assassinat de Pierre Urbain Dangnivo a connu une audience mouvementée le mercredi 8 juillet 2026 devant le tribunal de Cotonou. Le frère de la victime, Grégoire Dangnivo, a brisé le silence à la barre, dénonçant un assassinat politique et réclamant la vérité. Entre accusations de falsification, absence d’acte de décès et demandes de mise en liberté, la Cour a finalement renvoyé le dossier au 15 juillet 2026. Retour sur les moments forts de cette audience où la quête de justice reste entière.
À la barre, Grégoire Dangnivo s’est exprimé avec émotion sur les circonstances de la disparition de son grand frère. Il a affirmé que Pierre Urbain Dangnivo a été victime d’un assassinat politique. Selon lui, son frère était sous surveillance et sa mort a été planifiée en fonction de ses problèmes personnels. Le représentant de la famille a également tenu à mettre fin à ce qu’il considère comme une stigmatisation injuste. Il a souhaité que l’on cesse de jeter l’opprobre sur sa famille, en rappelant que certaines autorités sous le régime de l’ancien président Yayi auraient laissé entendre que cette disparition relevait d’une affaire propre à leur famille. Grégoire Dangnivo a lancé un appel solennel aux auteurs du crime. Il a demandé que ces derniers assument pleinement leurs responsabilités et avouent publiquement leur acte. Ce témoignage poignant a marqué les esprits dans une salle d’audience attentive.
Profitant de ce temps de parole, Grégoire Dangnivo est également revenu sur les déclarations de l’ancien Directeur général de la police nationale, Louis Philippe Houndégnon. Il a estimé que l’ex-patron des flics a commis une faute morale en ne révélant pas ce qu’il savait depuis 2010 sur la disparition de son frère. Pour Grégoire, ces révélations auraient permis d’éviter à Alofa et Amoussou de passer seize ans en prison. Il a soutenu devant les juges que ces deux hommes ne sont pas mêlés à la disparition et à l’assassinat de son grand frère. Il affirme l’avoir su dès le premier jour où il a rencontré Alofa, à qui il avait demandé s’il connaissait Pierre Urbain Dangnivo. La réponse négative de Alofa l’a convaincu de son innocence, a-t-il martelé.
Après cette intervention, la Cour a procédé à la lecture des pièces du dossier. Les procès-verbaux d’enquête de moralité concernant l’accusé Alofa ont été lus. Le chef quartier de Womè-Sodo à l’époque a déclaré le connaître comme locataire, le décrivant comme un charlatan fréquenté par les jeunes de sa génération. Un voisin, Joseph Blenon, a indiqué que Alofa avait loué une maison en face de la sienne et qu’il avait appris qu’il était Hounon, sans toutefois le fréquenter. Le rapport psychologique, quant à lui, a conclu que sa conscience est claire, que son raisonnement est logique et qu’il présente un contact facile.
La lecture des procès-verbaux a suscité des réactions de la part de la défense. Me Zinflou a fait observer que le procès-verbal du 28 août 2010, attribué à l’inspecteur Gandogoudo Barnabé, ne présente pas la même écriture que celui du 25 août 2010, pourtant rédigé par le même inspecteur. Selon lui, cette différence d’écriture est un indice de falsification. Il a précisé que la différence entre les procès-verbaux des 24 et 25 août est normale, ceux-ci ayant été rédigés respectivement par les inspecteurs M’Po Kouagou Valentin et Gandogoudo Barnabé.
L’audience a ensuite été suspendue à 12h36. Le motif de cette suspension était l’absence d’acte de décès dans le dossier. Lorsque l’audience a repris à 12h54, l’acte de décès a été mis à la disposition de la défense. Me Zinflou a estimé que s’il était possible de poursuivre le ministère public, celui-ci aurait dû l’être pour dissimulation de pièce. De son côté, Me Olga Anassidé a dénoncé l’absence de lecture de l’acte de décès dans le cadre de ce procès criminel.
Me Akplogan a indiqué avoir reçu un acte de décès établissant le décès légal de la victime en janvier 2025. Puisque le décès n’a été officiellement constaté que récemment, il a estimé qu’il n’y a pas lieu de maintenir ses clients en détention. Il a rappelé que ces derniers sont détenus depuis seize ans et a demandé des explications au ministère public.
L’audience a repris à 14h04. La défense a demandé le renvoi du dossier pour préparer ses réquisitions. Le président de la Cour a décidé de renvoyer l’affaire au mercredi 15 juillet 2026 à 9 heures. Cette décision permettra aux avocats de faire comparaître leur client absent et de procéder à de nouvelles convocations dans le cadre de la procédure. L’audience a été levée, laissant planer encore de nombreuses interrogations sur cette affaire qui dure depuis seize ans.
LA REDACTION


