Sur Tiktok au Bénin et dans le monde : Claoss Dine, archiviste des cultes béninois
Dans le tumulte des tendances éphémères qui rythment les réseaux sociaux, une voix singulière s’élève du Bénin pour rappeler que le numérique peut aussi être un refuge pour l’âme des peuples. Dédéwanou Din Kamarou, alias Claoss Dine, s’est imposé en quelques saisons comme un pont entre les mondes : celui des ancêtres et celui des écrans. Sur TikTok, Instagram, Facebook et YouTube, il filme, raconte, explique et transmet ce que beaucoup n’ont jamais vu ou ont oubli. Il s’agit des rituels Vodoun, les danses masquées des Egungun, les veillées zangbéto, les initiations secrètes et les fêtes de village qui tissent la trame spirituelle du Bénin profond.
Loin du simple spectacle, Claoss Dine pratique un journalisme visuel de l’intime. Caméra au poing, il obtient des accès rares, négociés avec les dignitaires et les gardiens de couvents, pour capturer des instants sacrés que les non-initiés ne pourraient approcher. Il ne se contente pas de filmer : il contextualise, nomme les divinités, décrypte les symboles, traduit les chants en langue locale. Ses vidéos, souvent courtes mais denses, sont de véritables mini-documentaires qui éduquent tout en émouvant. Sa communauté près de 200 000 abonnés sur TikTok ne se lasse pas de ces plongées au cœur d’une spiritualité encore vivace, trop souvent réduite à des clichés ou à un folklore commercial.
Mais cette popularité a un prix. Claoss Dine assume une responsabilité délicate : respecter le caractère confidentiel de certains rites tout en répondant à la soif de découverte d’un public mondial. Il opère un équilibre constant entre révélation et discrétion, soucieux de ne pas trahir la confiance des communautés qui l’accueillent. « Je ne suis pas un voyeur, je suis un passeur », confie-t-il dans une interview récente. « Mon but est que mon fils, et les fils de mon pays, sachent d’où ils viennent avant de choisir où ils vont. » Cette approche lui vaut le respect des sages comme des jeunes, et ses vidéos sont désormais utilisées dans des cours d’histoire et d’anthropologie à l’Université d’Abomey-Calavi.
Outre la simple sauvegarde, son travail participe d’une réappropriation identitaire chez la diaspora béninoise. Les commentaires affluent depuis Paris, New York ou Libreville : des Béninois de l’étranger retrouvent des fragments de leur enfance, des couleurs, des sons, des prières qu’ils n’avaient plus entendues. Claoss Dine devient alors un lien affectif, un médiateur qui réconcilie les exilés avec leur héritage. Il collabore également avec des influenceurs culturels d’autres pays d’Afrique de l’Ouest pour créer des ponts entre les cultes vodoun du Togo, du Ghana et du Nigeria, montrant que ces traditions sont un patrimoine commun.
Pourtant, l’aventure n’est pas sans embûches. La modération des plateformes censure parfois ses images, jugées trop « sensibles » ou « violentes » un malentendu qui l’oblige à batailler pour rétablir la portée éducative de ses contenus. Il développe alors des formats alternatifs, des lives commentés, des séries thématiques, et prépare un projet de web-série documentaire pour toucher un public encore plus large. Son ambition : créer une bibliothèque numérique accessible gratuitement, où chaque rituel, chaque chant, chaque symbole serait référencé et expliqué par des spécialistes.
En quelques années, Claoss Dine est devenu une figure incontournable de la promotion culturelle béninoise. Il ne se voit pas comme une star, mais comme un maillon d’une chaîne séculaire. À l’heure où les jeunes générations se tournent vers les contenus occidentaux, il leur offre un miroir où se reconnaître avec fierté. Son pari est audacieux : prouver que la tradition n’est pas poussiéreuse, mais vibrante, et qu’elle peut danser au rythme des algorithmes sans perdre son âme. Grâce à lui, le Vodoun, les Egungun et les Zangbéto ne sont plus des reliques muséales, ils sont des sujets vivants, commentés, partagés, aimés et surtout, transmis. Et c’est peut-être là la plus belle des révolutions silencieuses.
Patrice ADJAHO


