Rentrée scolaire : Les fournitures attendent leurs acheteurs

 Rentrée scolaire : Les fournitures attendent leurs acheteurs

Dans les artères commerçantes de certaines villes, les devantures des boutiques de fournitures scolaires affichent leurs plus belles couleurs. Cahiers, stylos, sacs, uniformes, tout est en place, soigneusement aligné sur les étagères, comme pour accueillir une clientèle qui tarde à venir. Pourtant, la rentrée scolaire officielle est fixée au 14 septembre prochain, une date que tous les acteurs du secteur ont en tête.

Mais cette année, l’atmosphère est particulière. Derrière les sourires de circonstance des commerçants, il y a une inquiétude palpable. La morosité économique qui frappe les ménages béninois semble avoir assombri l’enthousiasme habituel des préparatifs. Les vendeurs de fournitures, eux, guettent le moindre client, espérant que les jours à venir seront plus cléments.

Dans une boutique du quartier à Tankpè dans la commune d’Abomey-Calavi, Agathe, vendeuse de fournitures depuis plus de 20 ans, observe avec un regard mi résigné, mi confiant le va-et-vient des passants. Elle confie, la voix teintée d’une légère lassitude : « D’habitude, à cette période, les clients se bousculent. Les parents viennent acheter les cahiers et les stylos bien avant la rentrée, pour éviter la cohue. Mais cette année, c’est le calme plat. Les gens entrent, regardent, comparent les prix, et souvent repartent sans rien acheter. Ils disent qu’ils attendront le dernier moment, peut-être une baisse des prix ou une aide de la famille. » Son constat est partagé par bon nombre de ses collègues. Dans plusieurs boutiques ou points de vents sillonnés les étals regorgent de marchandises flambant neuves, mais les poches des clients sont vides ou presque.

Cette frilosité des acheteurs trouve son origine dans une réalité économique difficile. Le coût de la vie a augmenté et les priorités des familles se recentrent sur l’essentiel : la nourriture, le logement, la santé. Dans ce contexte, l’achat des fournitures scolaires devient un casse-tête pour de nombreux parents, qui doivent arbitrer entre le nécessaire et le superflu. Justin, père de trois enfants scolarisés, rencontré devant une librairie, exprime son désarroi : « J’ai deux garçons au collège et une fille au primaire. La liste des fournitures demandée par les écoles est longue, et chaque année, le coût total augmente. Cette année, je vais devoir faire des choix. C’est vraiment compliqué » Ce témoignage, poignant de vérité, résonne comme un écho aux difficultés que traversent des milliers de familles béninoises.

Face à ce constat, les vendeurs tentent de s’adapter. Certains proposent des remises, d’autres des packs familiaux ou des facilités de paiement. « Nous comprenons les difficultés des parents, nous sommes nous-mêmes parents. Alors nous faisons des efforts. Parfois, nous accordons des délais de paiement ou nous baissons nos marges. Mais notre marge est déjà très faible, alors nous ne pouvons pas faire de miracles », explique  Agathe, le regard tourné vers ses étagères bien garnies. Elle ajoute, avec une pointe d’espoir : « Je crois que les affaires vont reprendre. Dès que les parents auront reçu leur salaire ou qu’ils auront eu une aide, ils viendront. La rentrée, c’est sacré, personne ne veut que ses enfants restent à la maison. »

De leur côté, les parents d’élèves, conscients des enjeux, tentent de s’organiser. Certaines Organisations Non Gouvernementales ou personnes de bonne volonté multiplient les initiatives d’entraide, comme la distribution des fournitures scolaires aux enfants dans quelques localités.

Alors que le 14 septembre approche à grands pas, le climat reste incertain. Les vendeurs espèrent un sursaut d’activité dans les prochains jours, tandis que les parents comptent leurs économies et repoussent l’échéance. Une chose est certaine, la rentrée scolaire demeure un moment crucial dans la vie des familles, un moment où les sacrifices sont de mise. La rentrée est une fête, disent certains, et malgré les difficultés, rien ne saurait l’assombrir. Comme le rappelle Agathe, avec une note d’optimisme : « Les enfants sont notre avenir. Nous ferons tout pour qu’ils aient de quoi étudier, même si cela signifie se serrer la ceinture. La rentrée, c’est le début d’une nouvelle aventure, et nous voulons y croire. »

LA REDACTION

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