Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Famille et destinée, une mission partagée »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Famille et destinée, une mission partagée »

Dans cette réflexion inspirée, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè invite à redécouvrir la famille comme bien plus qu’une simple parenté. Il la présente comme un sanctuaire sacré où chaque membre, du père à l’enfant en passant par les grandsparents, incarne une lumière et une fonction précises. À travers des exemples concrets et une sagesse ancestrale, il rappelle que la famille est le creuset de notre équilibre intérieur et le lien vivant avec nos ancêtres. Une vision profonde pour nourrir notre humanité et guider nos pas sur la terre.

« La famille, dans son essence la plus pure, est un espace de lumière. Cette lumière n’est pas seulement celle qui éclaire le regard, mais celle qui guide l’être intérieur. Lorsque chacun trouve sa juste place, le père, la mère et l’enfant deviennent des piliers d’harmonie. Le père reçoit la lumière de la création, il est le pilier qui ancre la maison dans la stabilité. La mère incarne la tranquillité et la paix, elle est le cœur battant qui apaise les tempêtes. L’enfant, lui, est l’énergie vive de la joie, celle qui renouvelle sans cesse le foyer par ses découvertes et ses rires. Quant aux grands‑parents, ils veillent comme des étoiles fixes : la grand‑mère guide avec constance, le grand‑père observe l’horizon et protège. Cette structure n’est pas le fruit du hasard ; elle est le miroir d’un ordre cosmique où chaque être connaît sa fonction pour le bien de tous.

Prenons un exemple concret dans la vie quotidienne. Dans un village du Bénin, j’ai vu une famille où le grand‑père rassemblait chaque soir ses petits‑enfants autour du feu pour raconter les histoires des ancêtres. Ces récits n’étaient pas de simples divertissements ; ils transmettaient des valeurs, des avertissements et une fierté d’appartenance. Les enfants grandissaient avec le sentiment d’être les maillons d’une chaîne ininterrompue. Aujourd’hui, dans nos villes, ce rituel se perd. Les écrans remplacent les veillées, et l’on oublie que ces moments partagés sont la colle qui soude la famille. Pourtant, quand un enfant sait d’où il vient, il sait mieux où il va.

Il est aussi nécessaire de distinguer la famille humaine de la famille animale. Les animaux forment des groupes par instinct, pour la survie. Ils ne choisissent pas leur incarnation. L’homme, en revanche, a le privilège de choisir, au moins en partie, sa venue et sa mission. Certaines âmes viennent au monde avec une tâche précise : guider un peuple, fonder une communauté, ou même diriger une nation. Ces missions ne sont pas des honneurs mais des charges. J’ai connu un chef de village qui portait le poids de sa fonction avec humilité. Il me disait souvent : « Ma charge n’est pas un trône, c’est une croix. » Chaque décision qu’il prenait devait respecter l’équilibre de sa communauté, et il savait que ses ancêtres veillaient sur ses choix. Refuser une telle mission, c’est accepter une vie plus difficile, car on tourne le dos à sa propre lumière. Accepter, c’est s’engager sur un chemin étroit mais soutenu par les forces invisibles.

Les ancêtres, justement, sont ces gardiens silencieux qui accompagnent la famille. Dans nos traditions africaines, on leur rend un culte qui n’est pas de l’idolâtrie, mais une reconnaissance. Ils forment une communauté spirituelle, ce que certains appellent l’égrégore, où Dieu a établi un ordre. Lorsque nous honorons nos ancêtres, nous nous relions à une source de sagesse et de protection. Prenons l’exemple d’une famille qui, avant de semer ses champs, offre une petite offrande et prononce des paroles de gratitude. Ce geste simple n’est pas une superstition ; il ancre la famille dans le temps long, il lui rappelle qu’elle est héritière d’un savoir et qu’elle doit le transmettre. Cette pratique se retrouve sous d’autres formes chez les peuples du monde entier, car elle répond à un besoin universel de continuité.

Malheureusement, dans certaines régions du monde occidental, la famille est reléguée au second plan. On privilégie la réussite individuelle, la carrière, les biens matériels. Les repas en commun deviennent rares, les échanges profonds cèdent la place aux messages rapides. On croit gagner en liberté, mais on perd en enracinement. Un ami d’Europe me confiait que ses enfants ne connaissaient même pas le nom de leurs arrière‑grands‑parents. Cette perte de mémoire affaiblit l’identité et laisse l’individu flotter sans boussole. Pourtant, la lumière extérieure peut encore éclairer si l’on sait cultiver en soi l’essence des racines. Il ne s’agit pas de rejeter la modernité, mais de l’intégrer sans oublier ce qui fait la force intérieure.

Que dire de ceux qui n’ont pas fondé de famille ? Ils ne sont pas exclus du chemin. Chaque être a des racines, qu’il le sache ou non. Un célibataire dévoué à son art, un religieux consacré à sa communauté, tous participent à la grande famille humaine. L’essentiel est de reconnaître que nous sommes tous reliés dans l’être, que nous ayons ou non des enfants. La famille ne se limite pas au foyer ; elle s’étend à la tribu, au peuple, à l’humanité entière.

En définitive, la famille est le premier creuset de la conscience supérieure. C’est en son sein que l’on apprend le respect, le partage et le pardon. C’est là que l’on reçoit les premières leçons d’amour inconditionnel. Et quand les difficultés surviennent, comme elles surviennent toujours, c’est encore la famille qui offre le refuge et la force de rebondir. Je me souviens d’une mère qui, malgré la pauvreté, réunissait ses enfants chaque matin pour une prière et un repas pris en commun. Ces enfants, devenus grands, ont tous réussi dans leur vie, non pas par hasard, mais parce qu’ils portaient en eux cette lumière de l’unité.

Je vous invite donc à regarder votre famille avec des yeux neufs. Voyez en elle le reflet de l’ordre divin, le sanctuaire où la paix intérieure peut germer. Honorez vos ancêtres, non par des rites vides, mais par une vie digne de leur héritage. Et surtout, transmettez ce feu à ceux qui viennent, car nous sommes tous les racines de demain. Que la force de la paix vous inspire, mes enfants de la vérité, et que la lumière de la famille éclaire chacun de vos pas. »

Une réflexion de Dadah Bokpè Houézrèhouèkè

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