Célestin Topona Mocnga Winga : « Le plus important, c’est l’avenir de notre pays »
Célestin Topona Mocnga Winga a récemment été désigné secrétaire exécutif national de l’Union Nationale pour le Développement et le Renouveau (UNDR). Il succède à l’ancien Premier ministre Saleh Kebzabo à la tête de ce parti politique tchadien. Dans un entretien accordé à Wakat Séra, il revient sur son parcours, les défis qui l’attendent et les perspectives de son parti.
L’élection de Célestin Topona Winga à la tête de l’UNDR s’est faite à l’unanimité lors du septième congrès ordinaire du parti en décembre 2025. Cet homme politique, qui a toujours été dans l’ombre de Saleh Kebzabo, sort aujourd’hui de sa réserve pour prendre les rênes d’une formation politique majeure du Tchad. Il affirme avoir été plébiscité sans même avoir posé sa candidature, ce qu’il interprète comme un signe de maturité des militants. Ces derniers, selon lui, ont « refusé un saut dans l’inconnu » en lui accordant leur confiance.
Son parcours est atypique. Avant de se lancer en politique, le secrétaire exécutif national de l’UNDR était journaliste. Il a travaillé à la radio nationale puis à la télévision qu’il a contribué à lancer en 1987. Il pensait alors faire une carrière classique de fonctionnaire des médias. Mais en 1992, il a pris une décision qui a changé le cours de sa vie. Il a choisi de dessiner une autre carte, celle de l’engagement politique. Aujourd’hui, il estime que cette expérience journalistique lui a été utile pour comprendre les rouages de la société tchadienne et pour aborder la politique avec un regard différent.
L’UNDR est un parti qui a vu le jour dans un contexte particulier. En effet, au début des années 1990, le Tchad sortait d’une période sombre marquée par les guerres civiles et le régime autoritaire de Hissène Habré. L’arrivée au pouvoir du colonel Idriss Déby en décembre 1990 avait ouvert une ère de libéralisme politique. C’est dans ce climat d’espoir que l’UNDR a été créée. Aujourd’hui, après trente-quatre ans de lutte politique, le parti peut se targuer d’avoir survécu à toutes les secousses. Il est présent à l’Assemblée nationale de manière ininterrompue et participe aux institutions du pays.
Il insiste sur le caractère collégial de son parti. Contrairement à ce que beaucoup pensent, affirme-t-il, aucune décision importante n’est prise par un seul homme. « Aucune décision politique n’est prise par le président Saleh Kebzabo seul », précise-t-il. L’UNDR a une culture managériale basée sur la discipline et le débat interne. Ce fonctionnement collectif a permis au parti de traverser les épreuves sans se déchirer. Le nouveau secrétaire exécutif national entend poursuivre dans cette voie et renforcer l’unité des militants.
Les relations entre l’UNDR et le Mouvement patriotique du salut, le parti au pouvoir, ont connu des hauts et des bas. Pendant vingt ans, ces deux formations politiques se sont affrontées dans le cadre du jeu démocratique. « Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi », reconnaît Célestin Topona Winga. Il y a eu des rapprochements en 1996 et 1997, puis une rupture brutale en 2001. Mais la transition politique ouverte après le décès du maréchal Idriss Déby en avril 2021 a changé la donne. Les deux partis se sont retrouvés pour gérer ensemble la période de transition.
Aujourd’hui, une nouvelle dynamique est en marche. Les relations s’apaisent et les deux partis semblent avoir mûri. Il espère que cette collaboration pourra se formaliser et se poursuivre. Il est convaincu que les enjeux qui attendent le Tchad nécessitent une réorientation des stratégies. « Le plus important, c’est l’avenir de notre pays », martèle-t-il tout en ajoutant : Le secrétaire général du MPS, Aziz Mahamat Saleh, a d’ailleurs assisté à l’ouverture du congrès de l’UNDR, ce qui témoigne d’une volonté de normalisation des rapports. »
Certaines rumeurs évoquent une fronde au sein du parti. L’ancien homme des médias balaie ces informations d’un revers de la main. Il reconnaît que des différences peuvent s’exprimer, comme dans toute organisation. Mais il tire sa légitimité du congrès, qui est l’organe suprême de l’UNDR. Les résolutions et motions adoptées par les délégués des vingt-trois provinces du Tchad seront appliquées intégralement. « Aucun sectarisme ne me fera reculer », affirme-t-il avec fermeté. Il n’a jamais animé de fronde pendant le magistère de Saleh Kebzabo et entend rester fidèle à cette ligne de conduite.
L’UNDR est aujourd’hui représentée au gouvernement, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Le parti est donc pleinement impliqué dans la vie politique du pays. Il estime que les perspectives de la coalition au pouvoir ne sont pas mauvaises. Les défis pour le redressement du Tchad sont nombreux, mais son parti entend apporter sa contribution et rester solidaire de l’action gouvernementale. Il croit en un partenariat renforcé avec le MPS, notamment pour poursuivre le travail entamé pendant la transition.
Sur le plan international, la question des relations entre le Tchad et la France a été évoquée. Après une période de tensions liée au départ des soldats français, on assiste à un réchauffement. Il ne croit pas qu’il y ait eu une véritable fraîcheur entre les deux pays. Il parle plutôt d’une clarification des rapports séculaires : « L’UNDR estime que la souveraineté du Tchad doit être affirmée dans ses relations avec tous les pays. Mais le poids de l’histoire avec la France ne doit pas être négligé. Un partenariat gagnant-gagnant est vivement souhaité par son parti. »

L’affaire de l’opposant Succès Masra, condamné à vingt ans de prison, préoccupe également l’UNDR. Sans se réjouir de l’incarcération d’un homologue, Célestin Topona Winga estime que le dialogue politique doit être privilégié : « Les actes judiciaires pourraient être repris autrement, par exemple par une clémence du président de la République. Les diatribes de certains courants sont contre-productives. Il faut négocier pour trouver une solution politique et permettre aux personnalités arrêtées de retrouver la liberté. »
Enfin, la recrudescence des conflits entre agriculteurs et éleveurs ou entre communautés inquiète l’UNDR. Ce phénomène met en danger l’unité du pays et la cohabitation pacifique entre les communautés tchadiennes. Il exhorte le gouvernement à anticiper et à préserver la paix. Les auteurs de ces violences, souvent identifiés, doivent être sévèrement punis. La justice doit agir pour sauver le vivre-ensemble.
Pour conclure, Célestin Topona Winga évoque la signification du logo de l’UNDR. Ce logo porte la mention « L’ESPOIR ». Pour lui, cet espoir est le moteur de l’engagement politique. Sans espoir, on cesse de vivre. L’avenir doit offrir des perspectives pour le renforcement de la démocratie au Tchad. Le nouveau secrétaire exécutif de l’UNDR croit fermement en cette lutte politique qu’il mène depuis plus de trente ans. Il entend poursuivre ce combat avec détermination, en restant fidèle aux valeurs qui ont fondé son parti et en travaillant pour un Tchad plus uni et plus prospère.LA REDACTION


