Guinée dit non à l’Eco et garde son franc : Docteur Boris Houénou l’avait prédit

 Guinée dit non à l’Eco et garde son franc : Docteur Boris Houénou l’avait prédit

Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest s’active pour concrétiser le projet de monnaie unique, la Guinée a choisi de faire cavalier seul. Le pays a annoncé qu’il ne comptait pas adopter l’Eco dans l’immédiat, préférant conserver son franc national.

Cette décision a été officialisée jeudi 30 juillet 2026 par le porte-parole du gouvernement guinéen, le ministre de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique, Faya François Bourouno. Devant la presse à Conakry, il a déclaré que le président Mamadi Doumbouya ne compte pas mettre fin au Franc Guinéen, une monnaie utilisée depuis soixante-cinq ans sur la base d’une politique monétaire rigoureuse. Le chef de l’État guinéen estime que cette devise reste l’élément principal de la souveraineté économique du pays, capable d’assurer sa stratégie de développement.

Cette position de la Guinée n’est pas une surprise pour les observateurs avertis. Dès 2024, le Docteur Boris Houénou, économiste béninois de renom et observateur des dynamiques politiques et économiques du continent, avait livré une analyse nuancée sur les véritables enjeux de cette réforme monétaire. Interrogé sur l’avenir de l’Eco, il avait souligné que l’avenir de la monnaie dépend des dynamiques internes de l’Union monétaire ouest-africaine, mais aussi au sein de la CEDEAO, sans oublier le rôle de la France. Il avait appelé à une réforme sans écoute, mettant en garde contre les obstacles qui pourraient entraver la mise en œuvre du projet.

Les raisons de ce choix guinéen sont multiples. Sur le plan économique, les autorités estiment que le maintien du franc guinéen permet de mieux répondre aux besoins spécifiques du pays. Des économistes comme Bella Bah expliquent que la Guinée n’a pas intérêt à court terme à intégrer une zone monétaire, car elle doit d’abord travailler sur sa capacité de production et sa capacité économique. Intégrer une zone monétaire sans une production suffisante risquerait d’asphyxier son économie. D’autres experts soulignent que l’économie guinéenne reste peu tournée vers ses voisins ouest-africains, avec seulement seize pour cent de ses échanges avec eux, tandis que plus de quatre-vingts pour cent de ses exportations vont vers l’Asie et la Chine.

Le projet d’Eco, qui vise à terme à remplacer les monnaies nationales des douze pays membres de la CEDEAO, avance malgré tout. Lors du sommet du 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, les chefs d’État ont réaffirmé leur engagement à lancer l’Eco en 2027. Toutefois, une approche progressive a été retenue : seuls les pays satisfaisant aux critères de convergence économique pourront participer à la première phase.

March 1, 1960 to March 1, 2018. It’s been 58 years since the Guinean currency came into being. On this occasion, a ceremony hosted by the Central Bank of the Republic of Guinea gathered around the President of the Republic, the staff of the banking sector of the country, and the technical and financial partners.

La Guinée, bien qu’elle ne rejoigne pas l’Eco pour le moment, reste membre de la CEDEAO et continuera à participer aux discussions sur le projet. Elle n’exclut pas de revoir sa position à l’avenir si les conditions sont réunies. Mais pour l’heure, elle assume son choix souverain, confirmant les analyses du Docteur Boris Houénou qui, dès 2024, avait perçu les réticences et les réalités économiques qui pourraient freiner l’ambition d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest.

Damien TOLOMISSI

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