Procès Dangnivo : Témoignages et renvoi au 8 juillet
L’audience du procès Dangnivo, tenue vendredi 3 juillet 2026 au tribunal de Cotonou, a été marquée par des témoignages troublants et des accusations croisées. L’ancien directeur général de la police a dénoncé une politisation de l’affaire, tandis que l’un des accusés a mis en cause la présidence de la République. La défense a réclamé la mise en liberté des deux prévenus, détenus depuis 16 ans. Le dossier a été renvoyé au 8 juillet pour la suite des débats. Voici l’essentiel de cette journée d’audience.
Dès 10h26, d’après Libre Express l’audience a débuté. Les deux accusés, Donatien Amoussou et Codjo Alofa, sont entrés dans la salle, accompagnés de l’ancien directeur général de la police nationale, Louis Philippe Houndégnon, qui comparaissait comme témoin. Le président du tribunal a rappelé que l’affaire avait été ajournée pour permettre la venue de plusieurs témoins importants. Le ministère public a fait savoir que les recherches pour retrouver madame Houndégla et monsieur Honfo sont restées sans résultat. Il a aussi précisé que le commissaire Boko est actuellement en déplacement pour une mission.
Le premier témoin entendu fut Louis Philippe Houndégnon. Après avoir prêté serment, il a répondu aux questions des avocats. Il a expliqué qu’en août 2010, il n’avait pas été associé aux enquêtes sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. Puis il a livré une révélation fracassante : selon lui, c’est un certain Isidore Akpon qui a tué Dangnivo. Il a affirmé tenir cette information d’un informateur professionnel nommé Aguiah Bernardin. Cet informateur aurait même permis de localiser Akpon à Lomé, au Togo. Houndégnon a déclaré avoir transmis ces renseignements à sa hiérarchie, mais celle-ci n’y a donné aucune suite. Il a même reçu une consigne implicite d’abandonner ses recherches. Il a dénoncé le fait que la politique a pris le pas sur la vérité dans ce dossier. Selon lui, Akpon Isidore avait déjà commis un triple meurtre et avait été libéré dans des conditions suspectes. Il a évoqué un cambriolage du Trésor public comme mobile possible du crime. Interrogé sur ses liens avec l’accusé Alofa, il a répondu ne pas le connaître. Il a aussi mentionné que Alofa s’était évadé de prison avec un téléphone portable, et que le président de la République avait ensuite réuni les forces de l’ordre pour le rechercher.
Un autre témoin, le colonel Enock Laourou, a été entendu brièvement. Il a déclaré avoir reçu un appel et s’être rendu à la caserne du camp Guézo. Puis ce fut le tour de Donatien Amoussou, l’un des accusés. Il a contesté son statut d’accusé. Il a affirmé que les faits reprochés se sont déroulés à la présidence de la République. Il s’est présenté comme un témoin, et non comme un coupable. Il a déclaré que ce sont monsieur Koumassegbo et Laourou qui devraient être devant le tribunal, mais ils sont libres, alors que lui est en prison depuis 16 ans. Il a raconté que son refus d’aller remettre le téléphone de Dangnivo à une radio locale a scellé son sort. Il a aussi dit s’être rendu plusieurs fois chez l’ex-commandant de la garde présidentielle, le colonel Séverin Koumassegbo, sur son invitation. Ce dernier a rejeté ces accusations.
Le témoin suivant fut Prince Alledji, contrôleur général de la police à la retraite. Il est revenu sur les circonstances de l’exhumation du corps. Il a nié avoir indiqué à Alofa l’emplacement du corps à Womey. Il a expliqué que des barrages avaient été installés pour empêcher la foule d’approcher. Il a décrit l’état du corps : des restes de chair étaient encore présents, et une main n’était pas totalement calcinée. Il a pensé qu’après le meurtre, les auteurs ont essayé de brûler le corps avec du bois. Il a rapporté que Alofa lui avait dit que le bûcher avait été fait sur la tombe.
Enfin, Codjo Alofa a été entendu. Il a affirmé avoir été conduit sur les lieux par d’autres personnes, sans en être à l’origine. Il a nié connaître Donatien Amoussou avant cette affaire. Il a accusé le commissaire Prince Alledji de l’avoir forcé à désigner Amoussou comme coaccusé. Le ministère public a indiqué que les parties peuvent convoquer elles-mêmes les témoins qu’elles jugent utiles. L’avocat de la partie civile a dit que la famille Dangnivo n’a jamais désigné Amoussou ni Alofa comme suspects.
L’avocat des accusés, Me Julien Togbadja, a rappelé que ses clients sont détenus depuis 16 ans, ce qui dépasse largement le délai légal. Il a demandé leur mise en liberté d’office. Le tribunal a ensuite renvoyé le dossier au mercredi 8 juillet pour la lecture des pièces, les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des avocats. Les parties doivent déposer la liste des pièces au plus tard le mardi 7 juillet. L’affaire suit donc son cours, avec des révélations qui pourraient encore faire évoluer le procès.
LA REDACTION


