Une rentrée en mode transformation : Les lycées techniques passent à l’action
l’enseignement technique et professionnel. Le vendredi 30 janvier 2026, la ministre Véronique Tognifodé a donné le coup d’envoi de cette révolution en parcourant plusieurs lycées techniques.
La tournée ministérielle a débuté au Lycée Technique Agricole (LTA) d’Adja-Ouèrè, un lieu symbolique où se joue une part de l’avenir agricole du pays. Accompagnée de ses cadres, la ministre Véronique Tognifodé a arpenté les salles de classe, inspecté les ateliers et les parcelles d’expérimentation. Mais au-delà des murs et des équipements, l’enjeu crucial observé était humain : la formation accélérée des enseignants eux-mêmes. Dans les salles, des formateurs se formaient, plongés dans les nouveaux référentiels pédagogiques. « La réforme ne se décrète pas seulement, elle s’approprie », a pu constater la ministre lors d’échanges directs. Ces professeurs sont les pionniers chargés d’incarner, dès lundi, un enseignement repensé, plus pratique, plus connecté aux réalités économiques.
Le rythme a été soutenu, signe de l’urgence et de l’importance du moment. Direction ensuite le Lycée Technique Professionnel (LTP) de Pobè, puis ceux de Porto-Novo et de Kpondéhou à Cotonou. À chaque étape, le même mantra : l’excellence opérationnelle. La ministre a donné des consignes précises pour améliorer les conditions d’apprentissage, car on ne forge pas un soudeur de haut niveau ou un technicien en énergie solaire dans un atelier sous-équipé. Certains constats appellent des actions rapides, déjà prises en charge par le ministère et l’Agence pour le Développement de l’Enseignement Technique (ADET). Il s’agit d’un ajustement fin, au plus près du terrain, pour que la théorie des réformes rencontre la pratique des ateliers.
Car au cœur de cette transformation, il y a une promesse forte. Il s’agit de l’adéquation formation-emploi. Les nouveaux curricula ne sont pas conçus dans l’abstrait. Ils répondent à une stratégie nationale. Les LTA, par exemple, sont explicitement désignés pour devenir des « piliers de la souveraineté alimentaire ». On n’y apprendra plus seulement l’agriculture traditionnelle, mais l’agro-écologie, la gestion numérique d’exploitation, la transformation des produits locaux. De même, les LTP ouvriront des filières dans des secteurs porteurs comme les énergies renouvelables, la maintenance industrielle, le numérique ou l’artisanat d’art de haute précision. L’idée est claire : chaque diplôme doit ouvrir une perspective tangible, un emploi ou une capacité à créer sa propre activité.

Cette ambition nécessite des fondations solides. À Adja-Ouèrè, la construction d’un nouveau LTA sur un site dédié est imminente, l’entreprise étant déjà recrutée. C’est le signe que cette réforme est structurelle : elle passe par la pierre et le béton, par des ateliers modernes, des laboratoires numériques et des fermes-écoles performantes. L’infrastructure est le premier outil pédagogique. Comment motiver un jeune à se former à la mécanique de pointe si les machines datent d’une autre époque ? Le gouvernement en est conscient et agit sur les deux tableaux : le contenu des formations et les contenants, les lieux où elles se déroulent.
Au terme de cette journée marathon, le message de la ministre à ses collaborateurs a été sans équivoque : l’alignement et l’engagement total sont requis. « Le succès de cette métamorphose repose sur la responsabilité de chaque acteur », a-t-elle insisté. Car derrière les nouveaux référentiels et les bâtiments neufs, c’est bien une culture qui doit évoluer. Une culture de l’excellence pratique, de la fierté du geste technique maîtrisé, du professionnalisme dès les bancs de l’école. Il s’agit de redonner ses lettres de noblesse à la voie technique, trop longtemps considérée comme une orientation par défaut. Désormais, elle doit être perçue pour ce qu’elle est vraiment : une voie d’excellence et d’avenir, un passeport direct vers l’autonomie et la contribution au développement économique.
La rentrée scolaire de lundi n’est donc pas une rentrée comme les autres. C’est le jour J d’une stratégie de long terme. Dans les ateliers rénovés, face à des machines modernes, guidés par des enseignants fraîchement formés, des milliers de jeunes Béninois vont entamer un parcours qui, l’État l’espère, fera d’eux les artisans compétents d’un Bénin innovant et productif. La visite ministérielle de ce vendredi était la dernière répétition générale avant la grande première. Le rideau se lève maintenant sur l’enseignement technique de demain. Et les premiers acteurs de cette réussite, ce sont les élèves qui, le cœur plein d’espoir et les mains prêtes à l’ouvrage, franchiront les portes de ces lycées transformés. L’avenir se construit ici, maintenant, dans le concret des salles de classe et le crépitement des postes à souder.
Etienne YEMADJE