Démocratie en Afrique : Un bilan contrasté

 Démocratie en Afrique : Un bilan contrasté

La démocratie en Afrique traverse une période de fortes tensions, marquée par des avancées encourageantes dans certains pays et des reculs préoccupants dans d’autres. Pour aborder cette problématique complexe, Éric Topona a reçu trois invités de renom dans l’un des studios de la Deutsche Welle à Bonn. Tolojanahary Ndrasana de Transparency International, Abdou Coly de CorpsAfrica Sénégal et Aissatou Ndeye Camara de la Fondation allemande Friedrich-Ebert à Dakar ont partagé leurs analyses sur l’état de la démocratie sur le continent. Ce débat, enregistré début juillet, s’inscrivait dans le cadre d’une visite organisée par l’Institut allemand du développement et de la durabilité.

Le paysage politique africain offre aujourd’hui un visage très diversifié. D’un côté, les coups d’État, l’autoritarisme et les restrictions politiques fragilisent certains acquis démocratiques. De l’autre, la demande populaire de démocratie, l’engagement citoyen et plusieurs expériences d’alternance pacifique montrent que les aspirations démocratiques demeurent bien vivantes. Tolojanahary Ndrasana de Transparency International a souligné cette dualité en déclarant : « La démocratie africaine ne peut pas être résumée à un simple déclin. Nous observons à la fois des reculs inquiétants et des signes de résilience prometteurs. Ce qui est frappant, c’est que les citoyens, eux, continuent de croire en la démocratie. » Abdou Coly de CorpsAfrica Sénégal a renchéri en affirmant : « La jeunesse africaine est aujourd’hui le moteur de ce renouveau démocratique. Elle ne se contente plus d’attendre des changements, elle les réclame avec force et intelligence. »

Les analyses publiées en 2025 et 2026 soulignent effectivement une tendance au recul démocratique dans diverses régions. Les principaux défis identifiés sont nombreux. La multiplication ou la consolidation des régimes militaires au Sahel, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, constitue une préoccupation majeure. A cela s’ajoutent le report ou la contestation d’élections dans certains pays, les restrictions imposées à l’opposition politique, aux médias et à la société civile, ainsi que les modifications constitutionnelles permettant le maintien prolongé au pouvoir de certains dirigeants.

Selon plusieurs observateurs, les élections continuent d’être organisées dans de nombreux États, mais leur compétitivité et leur crédibilité sont parfois remises en cause. Aissatou Ndeye Camara de la Fondation Friedrich-Ebert a apporté un éclairage nuancé : « Il ne faut pas généraliser. Certains pays comme le Sénégal, le Cap-Vert ou le Ghana restent des modèles de pluralisme politique. Mais nous devons rester vigilants car les menaces sur les libertés sont réelles et grandissantes. »

Malgré ces difficultés, la démocratie africaine ne se résume donc pas à un déclin généralisé. Des pays comme le Sénégal, le Cap-Vert, le Botswana, les Seychelles ou encore le Ghana continuent d’être souvent cités comme des exemples de pluralisme politique et d’alternance pacifique. Plusieurs élections récentes ont montré que les citoyens peuvent encore sanctionner les gouvernements par les urnes. Les enquêtes d’opinion d’Afrobarometer confirment cet attachement populaire à la démocratie. Elles montrent que les Africains demeurent largement attachés aux principes démocratiques et souhaitent davantage de participation citoyenne, de transparence et de redevabilité des gouvernants. Tolojanahary Ndrasana a insisté sur ce point : « Les populations ne sont pas passives. Elles continuent de revendiquer leur droit à la démocratie et à la bonne gouvernance. C’est un signal fort que les dirigeants ne peuvent ignorer. »

La jeunesse africaine constitue aujourd’hui un acteur majeur de cette vie démocratique. Dans de nombreux pays, les mouvements de jeunes réclament plus de transparence électorale, la lutte contre la corruption, une meilleure gouvernance et des opportunités économiques et sociales. Abdou Coly a illustré cet engagement : « Les jeunes ne sont plus seulement des spectateurs. Ils s’organisent, ils proposent des solutions et ils exigent des comptes. C’est une véritable révolution citoyenne qui est en marche. » Aissatou Ndeye Camara a ajouté : « La Fondation Friedrich-Ebert accompagne ces dynamiques car nous croyons fermement que la démocratie se renforce par le bas, par l’engagement des citoyens et des organisations de la société civile. » Les trois invités se sont accordés sur les principaux enjeux pour les années à venir. Il s’agit notamment du retour à l’ordre constitutionnel dans les pays dirigés par des juntes militaires, de l’indépendance des institutions électorales et judiciaires, du respect des limitations des mandats présidentiels, de la protection des libertés publiques et de la réponse aux attentes socio-économiques des populations, en particulier des jeunes.

Pierre MATCHOUDO

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