Campagne cotonnière 2025-2026 : L’or blanc béninois brille malgré la crise régionale

 Campagne cotonnière 2025-2026 : L’or blanc béninois brille malgré la crise régionale

Le Bénin a officiellement pris la tête des pays producteurs de coton de la zone CFA. Cette performance est le résultat de la campagne agricole 2025-2026 qui s’est achevée avec une récolte de 533 590 tonnes. Ce chiffre place le pays devant le Mali, son principal rival historique, qui a connu une chute importante de sa production.

Cette position de premier plan n’est pas une surprise pour les observateurs avertis. Le Bénin avait déjà amorcé sa montée en puissance lors de la campagne 2018-2019, moment où il avait détrôné le Mali pour la première fois. Depuis, les acteurs de la filière ont su construire une organisation solide et structurée qui leur permet aujourd’hui de résister aux aléas climatiques et économiques. Cette constance dans l’effort et la rigueur dans la gestion ont porté leurs fruits, offrant au pays une visibilité nouvelle sur la scène cotonnière internationale.

Le contexte régional n’a pourtant pas été favorable à une embellie généralisée. L’ensemble des huit pays de la zone CFA a connu une baisse significative de sa production. Les données compilées par le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique révèlent un recul global de 14,2 % par rapport à l’année précédente. La récolte totale est ainsi passée de 2,31 millions de tonnes à environ 1,98 million de tonnes. Cette dégradation s’explique principalement par les irrégularités pluviométriques qui ont perturbé le cycle de culture dans la majorité des bassins agricoles.

Le Mali, qui caracolait en tête du classement l’année dernière, a subi la plus forte chute. Sa production s’est effondrée de 39,5 % pour atteindre seulement 397 540 tonnes. Les jassides, ces insectes ravageurs qui s’attaquent aux plants de coton, ont aggravé une situation déjà fragilisée par le manque d’eau. Ce double coup dur a fait perdre au Mali sa couronne régionale, laissant le champ libre au Bénin qui a su mieux gérer ces mêmes difficultés.

Le Burkina Faso a pour sa part réalisé une performance honorable en augmentant sa récolte de 7 %, avec 313 042 tonnes. Cette progression lui permet de dépasser la Côte d’Ivoire et le Cameroun pour se hisser à la troisième place du classement régional. La Côte d’Ivoire a limité les dégâts avec une baisse de seulement 0,4 % et une production de 310 407 tonnes. Le Cameroun, malgré son rendement élevé de 1268 kilos par hectare, a vu sa production diminuer de 11,9 % pour s’établir à 250 722 tonnes.

Les disparités entre les pays restent frappantes en matière de rendement à l’hectare. Le Cameroun se distingue avec le meilleur ratio de la zone, suivi par le Sénégal et la Côte d’Ivoire. A l’opposé, le Tchad et le Mali peinent à dépasser les 750 kilos par hectare, ce qui révèle des écarts technologiques et des conditions agricoles très inégales. Ces différences structurelles pèsent sur la compétitivité de la filière et expliquent en partie les performances contrastées des différentes nations productrices.

Les petits pays de la zone ont connu des hausses notables, même si leur poids reste marginal dans l’équilibre régional. Le Sénégal a bondi de 62,2 % avec 25 166 tonnes récoltées. Le Togo et le Tchad affichent tous deux une progression de 30,3 %, avec respectivement 78 706 et 75 268 tonnes. Ces bons résultats ne suffisent toutefois pas à compenser les pertes massives enregistrées chez les grands producteurs, et l’ensemble de la région reste marqué par une tendance baissière.

La zone CFA conserve néanmoins son statut de deuxième exportateur mondial de coton. Ce rang, déjà ébranlé entre 2022 et 2023 par les attaques de jassides, avait connu un rebond en 2023-2024 avant de subir deux années consécutives de contraction. La filière doit désormais faire face à des aléas climatiques qui semblent s’intensifier et menacent la régularité des récoltes. Dans ce contexte, le leadership béninois représente un motif d’espoir pour l’ensemble de la région.

Le Bénin prouve qu’il est possible de conjuguer qualité et quantité

L’exploit du Bénin ne doit pas occulter les difficultés persistantes. La baisse de 16,3 % de sa propre production rappelle que le pays n’est pas épargné par les problèmes qui frappent ses voisins. Si le recul est moins sévère qu’ailleurs, il n’en demeure pas moins préoccupant pour une économie qui repose en grande partie sur les revenus du coton. Les autorités béninoises et les acteurs de la filière sont donc appelés à poursuivre leurs efforts pour améliorer les rendements et stabiliser la production sur le long terme.

L’enjeu est de taille pour ce pays d’Afrique de l’Ouest qui a su transformer son secteur cotonnier en un véritable moteur de développement. La performance réalisée cette année confirme la pertinence des choix stratégiques opérés depuis plusieurs années. Le Bénin prouve qu’il est possible de conjuguer qualité et quantité, tout en résistant aux chocs extérieurs qui fragilisent ses concurrents. Cette leçon mérite d’être méditée par l’ensemble des pays de la zone, qui cherchent tous à renforcer leur souveraineté agricole et à sécuriser les revenus de leurs agriculteurs.

Outre les chiffres et des classements, ce qui se joue à travers cette compétition cotonnière, c’est la capacité de la région à nourrir ses populations et à générer des devises pour financer son développement. Le Bénin, en montrant la voie, porte désormais un espoir plus large. Sa réussite pourrait inspirer d’autres pays à suivre son exemple, en misant sur l’innovation, la formation des producteurs et l’amélioration des pratiques culturales. Le chemin est encore long, mais l’élan est lancé et le Bénin semble bien parti pour conserver son rang de premier producteur de la zone.

Pierre MATCHOUDO

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