Contentieux stratégique : Les OSC outillées pour renforcer l’accès à la justice des femmes victimes de VBG
Faire du droit un bouclier pour les survivantes de violences basées sur le genre. C’est l’ambition qui a réuni, pendant trois jours à Bohicon, une cinquantaine d’acteurs de premier plan : avocates, journalistes, militantes et partenaires institutionnels. Portée par le Réseau Ouest-Africain des Jeunes Femmes Leaders du Bénin et l’ONG Famille Nutrition et Développement, cette formation au contentieux stratégique s’inscrit dans la deuxième phase du projet « Féministes en Action ». Un levier puissant pour transformer l’accès à la justice en réalité tangible.
Sidicatou Anawé, coordonnatrice du projet et chargée de plaidoyer au ROAJELF Bénin, a situé l’enjeu avec une clarté remarquable. Elle a expliqué que le contentieux stratégique déployé lors de cet atelier ciblait les blocages systémiques qui freinent l’accès des survivantes aux décisions de justice, avec l’ambition de donner aux acteurs de terrain les moyens de convertir les obstacles structurels en opportunités de justice inclusive. Cette approche novatrice vise à transformer les failles du système en leviers d’action pour une protection plus efficace des droits des femmes.
Les travaux se sont appuyés sur un état des lieux des violences basées sur le genre au Bénin couvrant la période 2020-2024. Les chiffres tirés de la plateforme SIDOFE NG ont été sans appel. Ils ont révélé que 44 pour cent des cas recensés relevaient des violences basées sur le genre, et que les femmes en constituaient 90 pour cent des victimes. L’atelier a mis en lumière une compréhension encore insuffisante de certaines formes de violence, la violence psychologique progressant nettement, ainsi que des failles persistantes dans le parcours de prise en charge. Huit départements sur douze restaient dépourvus de Centre Intégré de Prise en charge, l’offre de services spécialisés demeurant concentrée dans le Littoral, le Zou, le Borgou et les Collines. Le cloisonnement entre les secteurs de la santé, de la justice et de la protection sociale aggravait cette fragilité.
Le juriste Fréjus Attindoglo, formateur de la session, a appuyé ce constat sur les données d’Afrobaromètre et des services de prise en charge. Il a souligné que le déficit de coordination institutionnelle continuait de fragiliser les femmes, la question du certificat médical demeurant à ses yeux l’un des principaux obstacles à la judiciarisation des dossiers. Pour répondre à ces difficultés, les participants se sont penchés sur la documentation des cas et l’élaboration d’actions ciblées, structurées autour de trois priorités essentielles. La première concernait l’application rigoureuse de l’arrêté interministériel encadrant le certificat médical des survivantes, afin de garantir la fiabilité des preuves médicales dans les procédures judiciaires. La deuxième priorité portait sur le renforcement de la réponse pénale contre les violences sexuelles faites aux mineures, pour que les auteurs de ces crimes soient effectivement poursuivis et condamnés. La troisième visait la préservation du droit à la scolarisation des filles mères, afin de leur permettre de poursuivre leur éducation malgré les épreuves subies.
Quant aux attentes vis à vis de l’État, la coordonnatrice du projet a été directe et sans détour. Elle a affirmé qu’il s’agissait avant tout de simplifier la logistique et la chaîne procédurale de la prise en charge des victimes. Cette simplification permettrait de réduire les délais et les lourdeurs administratives qui découragent souvent les survivantes dans leur quête de justice. En articulant contentieux stratégique, plaidoyer institutionnel et synergies entre acteurs engagés, le ROAJELF Bénin entend insuffler une dynamique durable, capable de garantir une protection effective à l’ensemble des survivantes de violences basées sur le genre. Cette approche holistique, qui combine l’outil juridique, le plaidoyer politique et la coordination des acteurs, offre une perspective prometteuse pour faire reculer l’impunité et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes victimes de violences au Bénin.
Patrice ADJAHO


