Opportunités d’emplois : Quand le rêve d’être Agent permanent de l’Etat brouille la perception de la réalité
Gouverner peut être un rôle ingrat. En prêtant serment Le 24 mai 2026, le Président Romuald Wadagni a réitéré ses promesses sociales, notamment la création d’opportunités pour les jeunes. Comment mieux expliquer le sens « opportunité » dans un ex-Etat communiste où la notion d’emploi stable, majoritairement associé à la fonction publique, est souvent mal comprise ?
Nous avions plus de 7 millions d’électeurs aux urnes le 12 avril 2026. En excluant les personnes de plus de 60 ans, on peut compter plus de 5 millions de personnes en âge de travailler. L’Etat a-t-il autant de places pour recruter ne serait-ce que 2 millions de travailleurs ? NON.
Déminer la question de l’emploi pour ne pas se faire piéger
Le feu professeur Albert Tevoedjre, s’est fait moqué et railler quand il a annoncé 20.000 emplois par an au Bénin. Les statistiques ont pourtant prouvé qu’au Bénin, durant cette période, ces emplois ont été effectivement créés. Sur les chantiers des différentes routes construites. Mais ce qui est diffusé depuis le communisme entre 1972 et 1989, c’est que l’état doit trouver un emploi dans la fonction publique à tous les béninois ayant au moins le Cep. Du planton au ministre, tous doivent avoir un emploi. Peu importe s’ils travaillent réellement ou non. Après, tout, c’est le rôle de l’état. Cette conception erronée de l’emploi reste pourtant présente auprès d’une majorité de béninois.
Salariés de l’état, mais pas Agents permanents
La complexité de la question de l’emploi partout dans le monde, nous invite à un travail d’éducation et de sensibilisation.
Les échanges des aspirants au métier d’enseignant (AME) avec le Porte-parole du gouvernement sortant et aussi durant la campagne du Président Wadagni en est la preuve. Les AME, mieux traités financièrement et humainement que leurs aînés Vacataires et communautaires, ont décidé qu’ils ne seront heureux que lorsqu’ils auront un contrat d’agents permanents de l’Etat. C’est triste de ramener tout le débat à cela.
Il y a des salariés de l’Etat qui gagnent bien moins que des AME. Le deuxième exemple est celui des coaches sportifs employés depuis une dizaine d’années pour les classes sportives. Les chiffres changent d’année en année. Ils ont été 800 à suivre des recyclages il y a quelques années. Ces salariés gagnent 100.000 f par mois, en travaillant 4 heures par semaine pour les plus sérieux. Mais ils se sont convaincus qu’ils n’étaient pas heureux ou privilégiés, parce qu’ils ne sont pas agents permanents de l’Etat. Combien de salariés de l’Etat gagnent 100.000f par mois ?
Les emplois salariés du sport
Autre exemple, environ 2000 sportifs professionnels (staffs techniques inclus) exercent aujourd’hui au Bénin. Le temps de travail reste très attractif, même en y incluant des longs trajets concernant 1 matches sur 2. En inventant le mécanisme du 1 pour 1000 des chiffres d’affaires des entreprises pour financer le sport, le Bénin a indexé sa révolution sportive sur ses performances économiques. Et pourtant, tout cet écosystème continue de se définir comme vulnérable malgré des revenus réguliers depuis 8 ans. Les revenus sont entre 65.000 fcfa pour les footballeurs stagiaires et 1 million de francs pour les entraîneurs des équipes visant le haut du tableau de la Ligue pro.
Le salaire n’est pas donc la première cause du sentiment de vulnérabilité. C’est l’environnement créé et la perception que les salariés ont de leurs emplois. Et pourtant, à 90% ils feront une carrière de plus de 15 ans pour les plus jeunes. Ces emplois sont passés sous silence dans les statistiques. Ce sont des « niches » professionnelles.
Le rôle des caisses de retraite dans la compréhension de la question de l’emploi
Comment puis-je accéder à une retraite sans être agent de l’Etat ou d’une entreprise privée ? L’accès à une retraite ne se fait pas qu’en étant salarié de l’Etat ou de grandes entreprises. Que font la Caisse nationale de sécurité sociale, (CNSS), les compagnies d’assurances, les différentes associations et les services de l’état pour proposer des produits à ces profils de salariés ? La réponse à cette question aidera à baliser le terrain sur la question des emplois jugés « stables », « respectables » ou « sécurisant ». Tant qu’ils n’ont pas un contrat « à vie » d’agents permanents de l’Etat, plusieurs milliers de béninois ont décidé qu’ils n’étaient pas heureux.
Le vrai sens de ces ressentis restent l’éducation à la question de l’emploi jugé stable et le manque de clarté de l’Etat sur la définition même de l’emploi stable et l’environnement de protection à créer par les différentes parties prenantes. C’est bien là un des plus grands enjeux du septennat du Président Wadagni. Stabiliser les emplois existants pour montrer que l’Etat a toujours offert des opportunités aux jeunes et continuera d’offrir.
Par Rolland ZOHOUN,
Business Development Manager