ECO ou CFA : Ce qui changerait vraiment selon Dr Boris Houénou
L’ECO sera-t-il lancé en 2027 comme promis par les chefs d’État ouest-africains réunis à Freetown ? Seuls les pays respectant les critères de convergence pourront y participer dans un premier temps. Docteur Boris Houénou, économiste et observateur avisé, avait déjà apporté un éclairage précieux dans une interview accordée à votre journal en 2024 sur les enjeux réels de cette réforme monétaire. Entre espoirs souverainistes et réalités économiques, il avait livré une analyse sans complaisance sur l’avenir de cette monnaie unique.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avance pas à pas vers la création de sa monnaie unique. Réunis le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, les douze chefs d’État et de gouvernement ont réaffirmé leur ferme engagement à lancer l’ECO en 2027. Cette déclaration solennelle s’inscrit dans une dynamique d’intégration régionale plus large. Selon le communiqué final du sommet, l’ECO représente un instrument essentiel pour approfondir l’intégration économique et promouvoir une croissance durable, résiliente et inclusive au sein de l’espace communautaire.
Toutefois, une nuance importante a été apportée. Tous les pays ne participeront pas dès le début à cette aventure monétaire. L’approche retenue est progressive. Seuls les États qui satisfont pleinement aux critères de convergence économique fixés par la CEDEAO seront admis dans la première phase de mise en circulation. Les autres bénéficieront d’un accompagnement technique et financier pour remplir ces exigences et rejoindre le projet à une étape ultérieure.
Cette prudence est dictée par l’expérience. Les tentatives passées d’intégration monétaire ont échoué en raison des disparités économiques entre les pays membres. L’inflation, l’endettement public, le déficit budgétaire et la balance des paiements sont autant d’indicateurs qui doivent être maîtrisés avant de partager une même monnaie. Les dirigeants ouest-africains ont donc choisi la voie réaliste, même si elle déçoit ceux qui espéraient un lancement rapide et unifié.
En attendant, les préparatifs s’intensifient. La CEDEAO indique que des consultations de haut niveau se poursuivent avec les gouverneurs des banques centrales des États membres. L’objectif est de trouver un consensus sur les questions techniques et institutionnelles encore en suspens. La protection de la marque ECO est également en cours. Les dirigeants se sont félicités de son enregistrement auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle et ont demandé à la Commission de la CEDEAO d’engager des démarches similaires auprès d’autres organismes régionaux et internationaux.
Les interrogations d’un économiste averti
Face à ces annonces officielles, une question demeure. L’ECO deviendra-t-il un jour la monnaie de toute l’Afrique de l’Ouest ou ne restera-t-il qu’un simple avatar du franc CFA ? Pour éclairer ce débat, Docteur Boris Houénou, économiste reconnu et observateur des dynamiques politiques et économiques du continent, avait livré une analyse nuancée.
Interrogé en février 2024, il commence par rappeler les fondamentaux de la monnaie. Selon lui, les performances de la zone en ce qui concerne le mandat de la BCEAO devraient perdurer. « La maîtrise de l’inflation est un paramètre dans lequel le CFA se comporte plutôt bien en comparaison avec le reste de la sous-région », souligne-t-il. Il ajoute que la stabilité du cadre économique est assurée grâce à la parité fixe avec l’euro. Dans un contexte inflationniste comme celui observé au Ghana ou au Nigeria, le CFA se positionne comme une valeur refuge. Cet atout n’est pas négligeable. Mais il ne se limite pas à ces aspects positifs. Il reconnaît que les inconvénients du système sont bien connus et largement débattus. Sans entrer dans le détail, il rappelle que la monnaie revêt aussi une dimension identitaire et de souveraineté. Les critiques passionnées sur ce sujet ne manquent pas. Il préfère renvoyer ceux qui veulent en savoir plus aux débats publics qui animent régulièrement l’espace ouest-africain.

Sur l’avenir de l’ECO, il se montre réservé mais lucide. Il rappelle qu’il a fallu attendre 46 ans pour voir une révision de l’accord de 1973 liant les pays de l’UMOA à la France. Il ne sait pas quand aura lieu la prochaine révision, mais il n’exclut pas qu’elle intervienne plus tôt que prévu, surtout si les critiques ne sont pas apaisées. « L’avenir de la monnaie dépend des dynamiques internes de l’UMOA, mais aussi au sein de la CEDEAO, sans oublier la France », précise-t-il. Cependant, il insiste sur le fait qu’il s’agit avant tout d’une décision politique, difficile à prédire. Personne n’aurait imaginé, par exemple, que les critiques contre l’accord de 1973 puissent conduire à l’accord révisé du 21 décembre 2019.
Il conclut par un vœu empreint de sagesse. « Je conclurai par un vœu : celui de voir un jour une monnaie qui reflète véritablement la volonté des populations, dans le cadre d’une réforme attentive et à l’écoute de leurs besoins et de leurs aspirations. » Cette déclaration résume bien l’enjeu fondamental. La monnaie n’est pas seulement un outil économique. Elle est aussi le reflet de l’identité et des choix politiques d’une région.
Le chemin vers l’ECO est encore semé d’embûches. Les annonces de Freetown montrent une volonté politique affirmée. Mais les conditions posées, les consultations en cours et les analyses d’économistes comme Docteur Boris Houénou rappellent que la prudence reste de mise. Les peuples ouest-africains attendent des avancées concrètes. Ils espèrent que l’ECO, s’il voit le jour, sera véritablement au service de leur développement et non un simple habillage du passé.
Damien TOLOMISSI


