Steve Amoussou : « Nous n’avons aucun ressentiment »
L’air de la liberté a enfin caressé le visage de Steve Amoussou. Le jeudi 20 août 2026 restera gravé dans sa mémoire comme le jour où les portes de la prison se sont ouvertes devant lui. Après 24 mois passés derrière les barreaux, le cyberactiviste a retrouvé le monde des vivants libres, celui qui lui avait été si longtemps interdit. Son parcours judiciaire, marqué par des rebondissements et une condamnation à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, a tenu en haleine toute une nation. Aujourd’hui, c’est un homme apaisé qui s’avance vers l’avenir, le regard tourné vers l’horizon plutôt que vers le passé douloureux.
L’histoire de Steve Amoussou est celle d’un homme dont la voix s’est élevée dans l’ombre. Arrêté à Lomé au Togo, puis conduit à Cotonou, il a été accusé d’être le célèbre « Frère Hounvi », ce chroniqueur dont les audios et vidéos critiquaient l’ancien chef de l’État Patrice Talon et sa gouvernance. Pendant tout le procès, il n’a jamais reconnu être cet avatar qui a tant fait parler. Mais la justice en a décidé autrement, et la sentence est tombée : 24 mois de prison ferme. Un verdict qui a marqué un tournant dans sa vie, mais qui n’a pas eu raison de sa détermination.
A sa sortie, il a livré ses premières paroles d’homme libre au micro de RFI. La question qui brûlait toutes les lèvres était inévitable : est-il vraiment « Frère Hounvi » ? Sa réponse, empreinte de sagesse et de hauteur de vue, a surpris plus d’un observateur : « Ce qui préoccupe les Béninois en ce moment, ce n’est pas de savoir si je suis Frère Hounvi. Ce qui préoccupe les Béninois en ce moment, c’est de retrouver une nation où le consensus, le vivre-ensemble est privilégié. Les Béninois savent qui je suis. Je suis Amoussou Steve et c’est ça qui est important. » Par ces mots, il a déplacé le débat de sa propre personne vers l’intérêt collectif, montrant ainsi une maturité que les épreuves ont sans doute forgée.
Le sentiment qui domine chez lui, c’est d’abord et avant tout un immense soulagement. « C’est un ouf de soulagement. Je suis un citoyen libre, ça fait plaisir. Nous n’avons aucun ressentiment contre qui que ce soit. », a-t-il confié. Ces paroles, prononcées avec une sincérité désarmante, révèlent un homme qui n’a pas une once de rancoeur, pas une ombre d’amertume dans sa voix. Juste la joie pure et simple d’avoir retrouvé ce bien si précieux qu’est la liberté.
Interrogé sur les conditions de sa détention, il a fait preuve d’une honnêteté qui force le respect. « Dur, non pas du point de vue des conditions de détention », a-t-il précisé d’emblée, rendant hommage au professionnalisme du personnel carcéral. « J’ai passé deux ans à l’isolement. Cela demande un effort psychologique, un effort mental relativement poussé. » Ces mots dessinent le portrait d’un homme qui a traversé une épreuve intérieure autant que physique. L’isolement, cette mise à l’écart du monde, est une épreuve redoutable pour l’esprit humain. Elle confronte l’individu à lui-même, à ses pensées, à ses doutes, dans un silence que rien ne vient troubler. Steve Amoussou en est sorti grandi, mais il n’oublie pas ce que cet exercice de solitude lui a coûté. Quant à l’avenir, il n’a pas hésité un seul instant : « Je vais essayer de faire ce que j’ai toujours fait, c’est-à-dire observer, analyser, comprendre et expliquer. »
Parfait DOSSA


